REGIONALES : CRISPATIONS ET TAMBOUILLES

vendredi 25 décembre 2009
par  João Silveirinho
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Comme toujours, la perspective d’une échéance électorale entraîne un foisonnement d’activités dans les cénacles des organisations politiques. Comme souvent lors d’élections locales, ce ne sont pas, dans chaque camp, les programmes qui sont sources de clivages, mais deux questions majeures : l’une, non négligeable, concerne les alliances (avec qui prétendre diriger les régions ?), l’autre, moins noble mais inhérente à certains aspects de la nature humaine, concerne les places.

Ces dernières décennies, la question des alliances ne se posait guère : l’hégémonie, à droite, de l’UMP ou de ses prédécesseurs et, à gauche, du PS occupait l’essentiel du champ, laissant aux « extrêmes » soit la marginalité (à gauche surtout), soit, à droite, parfois un rôle d’arbitre, qui fit le miel du Front National (et subsidiairement celui du PS, principal bénéficiaire de l’arbitrage.

Si, à droite, le paysage n’a pas changé, l’UMP dominant largement ses étiques satellites et le FN se refaisant une petite santé en surfant sur les affaires de minarets et d’identité nationale, idée idiote du président mise en scène lamentablement par le pompier pyromane Besson la situation n’est plus la même à gauche. L’émergence, fragile au niveau local et dont la pérennité paraît liée à la personne de François Bayrou, d’un centre qui lorgne ouvertement vers la gauche (opportunisme ou sincérité, nous n’avons pas à en juger, ou alors, jugeons tout le monde), le jaillissement électoral d’une nébuleuse écologique au caractère attrape-tout, le commencement de début d’esquisse de rassemblement de la gauche de la gauche, via le Front de Gauche remettent en question l’hégémonie peinarde dont le PS a bénéficié pendant plus de deux décennies, après le magistral (tactiquement) étouffement du PCF par François Mitterrand, bien aidé, convenons-en, par l’aveuglement et l’immobilisme des dirigeants communistes eux-mêmes.

Voilà donc le PS, comme l’est l’UMP, flanqué de petits satellites, le PRG et le MRC, lui-même amputé d’une partie de sa petite troupe flirtant avec le Front de Gauche, et reconduisant une alliance avec le PCF dans quelques régions seulement. Les dirigeants du PS ne sont pas stupides, et sont en recherche d’alliances, seul moyen de conserver les régions conquises précédemment. Pas de Modem, dit la rue de Solférino. Plein de Modems, dit la madone de Poitou-Charentes. En tout cas au premier tour. Après, on verra, comme on verra avec les écologistes qui, eux sont à fond pour une alliance de deuxième tour, surtout s’ils arrivent à piquer une ou deux régions au PS.

Le Front de Gauche est lui aussi prêt à une alliance de second tour, prétexte choisi par le NPA d’Olivier Besancenot pour partir à la bataille, une fois de plus, tout seul, ce qui ne l’empêche pas de claironner que plus unitaire que le NPA, tu meurs.

Travaux pratiques régionaux

A droite et au FN, la constitution des listes se fait non sans douleur mais dans l’ordre : c’est Nicolas Sarkozy, pour l’UMP, et le tandem Le Pen père et fille, pour le FN, qui décident. Au Modem, où les sortants sont rares, on peut se permettre davantage de démocratie, mais Bonnie and Clyde, Bayrou et Marielle de Sarnez ne manquent pas de mettre la touche finale aux listes. Les écologistes bâtissent en petit comité de savants dosages antre Verts et non-Verts, parfois mis à mal localement par la base. A gauche, ce qu’un technocrate pourrait appeler un centralisme démocratique déconcentré est la règle. Tant au PS qu’au PCF, des « conventions » régionales ou départementales élaborent les listes, que les militants sont simplement appelés à ratifier, tâche passionnante qui peine à remplir les réunions de sections locales. On peine cependant à éviter les couacs. En voici quelques-uns.

La plus médiatisé est le cas du Languedoc-Roussillon, où les militants, contre l’avis de Solférino, ont plébiscité Georges Frèche, le président sortant, exclu depuis du PS pour la répétition de propos flirtant avec le racisme. Mais ce grand caractériel, qui avait évincé son prédécesseur de droite, Jacques Blanc, autre caractériel notoire a à son crédit des réalisations concrètes non négligeables, et un tissu relationnel encore moins négligeable. Au final, Solférino s’écrase. Qui plus est, l’un des leaders locaux du PCF, l’ancien ministre Jean-Claude Gayssot, contre l’avis des militants locaux en majorité favorables à une liste Front de Gauche, rejoint les listes de Georges Frèche. Place du Colonel Fabien, on tousse, mais pour le moment on s’écrase. Ajoutons que des rumeurs circulent comme quoi des communistes locaux voulaient de toutes façons faire la peau de Gayssot, ce qui n’est pas gentil entre camarades, et que ledit Gayssot est réputé proche de Robert Hue, qui vient de quitter le PCF. Que de drames !

En Poitou-Charentes, c’est la madone qui sème sa zone, exercice auquel elle a acquis une dextérité certaine, en offrant cinq places éligibles au Modem, bravitudant ainsi les consignes solfériniennes. Bayrou décline, et commente : Ségolène Royal fait des trucs rigolos. Adjectif bien choisi : ne pas confondre rigolo et sens de l’humour, qui n’est pas la qualité première de la dame du Poitou.

Un petit tour en Bretagne, l’une des régions où le PCF a choisi d’aller un premier tour avec le PS. On peut comprendre, sans l’approuver, que dans cette région où le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon est embryonnaire et où le vote communiste, à de rares exceptions locales près, n’a jamais été massif, notre ami Daniel Gilles, chef de file des communistes bretons au Conseil Régional et une majorité des militants aient fait ce choix. Moyen le plus sur de conserver de élus. Il n’empêche, sa lecture politique brouille un brin les pistes au niveau national. C’est vrai de la Bretagne comme des autres régions où cette option a été prise.

Et l’Ile de France pour terminer.A droite, rien à signaler. La grogne de quelques sortants virés n’ira pas jusqu’à la rébellion, et le mini esclandre de Rama Yade ne voulant pas aller dans le Val d’Oise (où elle aurait fait plus couleur locale, selon les propos attribués à Valérie Pécresse, c’est d’un délicat, ministre de la recherche, la dame, pas étonnant qu’elle ne trouve jamais rien) a fait long feu : on ne refuse pas grand’ chose a la petite princesse des sondages. A gauche, ou ailleurs car où classer Europe Ecologie, Cécile Duflot espère devancer Huchon, qui n’a pas l’air de s’en faire, Dray sera finalement à l’heure, ce qui n’est pas étonnant au su de ses passions, et conduira la liste PS dans l’Essonne. C’est dans la gauche de gauche que ça secoue sensiblement. Des élus PCF ont été charmés par les sirènes écologistes : de Jacques Perreux, conseiller général et ex directeur de campagne de José Bové aux présidentielles, ce n’est qu’une demi surprise. Que la vague (ou vaguelette ? ou verra bien) verte emporte aussi les maires de Sevran et d’Arcueil est plus inquiétant pour le PCF. De la banlieue rouge, qui vire de plus en plus au rose à chaque élection municipale, et qui se fait maintenant grignoter par le vert, que restera-t-il ? Et ce n’est pas le refus de l’offre de service de Patrick Braouzec, député, président de la Plaine Commune, deuxième collectivité locale de la région après Paris, de conduire la liste régionale au profit de Pierre Laurent, successeur plus que pressenti de Marie-George Buffet qui arrange les affaires. On prête à Pierre Laurent des qualités de finesse et d’écoute dont nous lui faisons volontiers crédit. Mais qui connaît Pierre Laurent hors la sphère communiste ? Comment le Front de Gauche (aux dernières nouvelles, il semble que la liste ne s’appellera même pas Front de Gauche, annulant ainsi le début de notoriété engrangé aux élections européennes) espère-t-il progresser dans ces conditions ? Décidément, « Fabien » ne va pas très bien. Jean-Luc Mélenchon s’est mis aussi sur les rangs pour conduire la liste, ce qui aurait, à notre avis une autre allure. A suivre.


Commentaires

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mercredi 27 janvier 2010 à 16h59 - par  bernard Trannoy

"Jean-Luc Mélenchon s’est mis aussi sur les rangs pour conduire la liste, ce qui aurait, à notre avis une autre allure. A suivre." - Les sauveurs ceux qui font don de leur personne beaucoup de communistes en font une overdose - A cela il convient d’ajouter que cette alliance est dépourvue de contenu transformateur. C’est une construction de sommet loin des gens et qui finira donc dans les poubelles de l’histoire - Nombreux sont ceux du PG qui n’ont que 2 objectifs 1- Plumer la volaille communiste 2 - Régler leurs comptes avec leurs anciens amis du PS

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jeudi 31 décembre 2009 à 11h33 - par  Section du Cap Corse du PCF

En Corse, l’aventure de vraie-fausse participation au pouvoir sarkozyste de Paul Giacobbi(PRG_mais que signifie "G" ?), n’empêche pas le PS local de marcher avec le président du CG de Haute-Corse aux prochaines élections territoriales. A gauche(non-communiste) comme à droite, les ambitions personnelles prennent le pas. Seul le PCF, n’en déplaise à certains, a pour motivation les Corses et la Corse. Nous laissons le combat des « ego » aux autres.

Section du Cap corse du PCF blog : http://pcfcapcorse.overblog.com

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