LES ROMS NE SONT PAS L’UNIQUE OBJET DE LEUR RESSENTIMENT

dimanche 5 septembre 2010
par  Jean-Luc Gonneau
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Les « gens du voyage », une catégorie administrative de citoyens administrativement discriminée (carnet de voyage obligatoire, droit de vote aléatoire…) ont été bien malgré eux les vedettes médiatiques de l’été, aux côtés, notamment, de la bande de chics copains Banier, Bettencourt and Woerth, autre grands voyageurs : Chamonix, le Bretagne, l’Espagne, les Seychelles…

Le président de tout et son porte-flingue préféré les ont pris dans leur collimateur, maniant avec dextérité de douteux amalgames, entre gens du voyage, roms, français, étrangers, oubliant commodément que les quatre cinquièmes des gens du voyage sont français, négligeant opportunément que de très nombreux membres de l’ethnie rom (rappelons ici qu’elle inclut entre autres tziganes, gitans, manouches…) ne sont pas ou plus « gens du voyage » mais citoyens sédentaires (pour eux, on dit, sédentarisés même si cela date de plusieurs générations.

Le terme de rom est de plus bien pratique : il se rapproche phonétiquement de romanichel, épouvantail traditionnel de nos campagnes, et de roumain, c’est-à-dire étranger et pauvre. Plus pratique en tout cas que tzigane (qui joue du violon dans des cabarets chics où vodka, champagne et caviar coulent à flots et à la louche), manouche (qui joue de la guitare jazz comme pas deux) ou gitan (qui chante djobi djoba et danse et chante le flamenco en faisant tap tap avec les talons). Si nous avons bien compris les diatribes de la clique présidentielle, ce sont surtout les roms étrangers (très majoritairement roumains, mais aussi bulgares ou originaires des pays de l’ex-Yougoslavie) qui sont visés. Nos roms à nous, nos traditionnels voleurs de poule, ne sont que des victimes collatérales.

Voilà donc désignés les souffre douleur du moment, dont on détruit les camps illégaux, puisque les camps légaux ne sont guère mis en place, qu’on renvoie par charter en ne se faisant aucune illusion sur le fait que beaucoup reviendront bien vite. Ils en ont d’ailleurs le droit en tant que citoyens européens.

Souffre douleur commodes, dont une large partie de la population se méfie, qui ne sont pas, ou peu, implantés dans nos cités, qui ne votent pas. Autre avantage, ils sont chrétiens, ce qui permet d’éviter toute accusation de discrimination contre, par exemple, des musulmans. Avantage relatif cependant : le président-chanoine du Latran s’est pris une baffe papalo-épiscopale qu’il n’attendait pas. Bien la peine d’avoir raconté que le prêtre était supérieur à l’instituteur, ces gens là n’ont vraiment aucune reconnaissance, enfin quoi, le renvoi d’ascenseur, ça existe, bordel de dieu. Mais on s’égare, là.

Il ne faudrait cependant pas croire que les roms, ou plus globalement les gens du voyage, constituent les seules cibles des agités du tout sécuritaire. Les étrangers en général, les français d’origine étrangère, résurgence du temps de Vichy, les jeunes, surtout s’ils sont pauvres, les pauvres en général, voilà les ennemis. Les fonctionnaires, on prend des pincettes, on leur passe la pommade devant (à part les juges, les profs et les gens des bureaux), mais dès qu’ils ont le dos tourné, on les remet à leur place : des fainéants qui coûtent la peau des fesses et qui font grève à tout bout de champ. Et par précaution on diminue leur nombre. Pour les ouvriers, la diminution est externalisée par délocalisation. Sarkozy et les siens ont mis en place une vaste entreprise de montage des catégories sociales les unes contre les autres, où les notions de bien commun et d’intérêt général n’ont plus leur place.

Revenons, brièvement, aux roms. Bien sur, tous ne sont pas des anges. Tous les gaulois non plus. Rom ou pas rom, la loi est la même pour tous. Hortefeux le sheriff nous produit des statistiques comme il en a le secret, qui font état d’une formidable hausse des délits commis par des roumains (pas tous roms) en région parisienne depuis deux ans. Cela tombe bien, trop bien. Outre la tradition bien ancrée place Beauvau du bidouillage statistique, chacun sait ou devrait savoir que si la police concentre son action une catégorie spécifique de citoyens, le pourcentage de délits commis par cette catégorie par rapport au total des faits constatés augmente. Par ailleurs, on voit mal le rapport entre la délinquance de certains roms et les démantèlements de camps et les fournées chartérisées organisés par les forces de l’ordre. Une telle débauche de moyens serait sans doute plus pertinemment utilisée à rechercher les délinquants ou à assurer la tranquillité publique dans certains quartiers de nos villes. Mais ce serait moins bon pour les statistiques.


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