« IDENTITE NATIONALE » : SUBJECTIVISME, RELATIVITE, VERTU DES COMMUNAUTES

jeudi 7 octobre 2010
par  Gérard Bélorgey
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Quelques observations personnelles à propos de ce piège qu’il faut objectivement contribuer à démonter pour qu’il ne devienne pas un brûlot. La notion peut être descriptive : quelle est "notre" identité - ou normative : quelle doit être cette identité. Les apprentis sorciers sont aux deux extrêmes : ceux qui ont une conception fixiste de l’identité : une âme enracinée dans les passés (au demeurant lesquels ?) et qu’il ne faudrait pas polluer ; ceux qui ont une conception évolutive, absorbante, de cette identité : elle est tout ce qu’elle devient par les évolutions des démographies et des moeurs.

Ainsi ce qui est ressenti comme "l’identité" est à la fois, au plan normatif, le produit de subjectivités qui peuvent être opposées et, tout factuellement, au plan descriptif, des photographies successives mobiles d’un existant mouvant.

Quant aux regards sur cette identité - et sur ses contenus de fait ou souhaitables - ce sont des regards multiples : notamment ceux tantôt des héritiers d’une longue histoire personnelle familiale vécue en France , tantôt d’itinéraires plus variés mêlant des souches provinciales qui ont mis assez longtemps souvent à se fondre un peu dans le melting pot national, des souches étrangères qui y ont trouvé une seconde patrie, sans oublier , ce qui est bien légitime, leurs origines culturelles ; ajoutons que pour les uns c’est une rente, pour les autres une conquête , ou un havre ; et que les valeurs que chacun place en cette identité comportent toutes les variantes et souvent toutes les contradictions. En effet, si les Français sont souvent accueillant, ils accueillent surtout plus aisément des gens qui acceptent de leur ressembler ; d’où cette longue politique d’assimilation/intégration (allant de pair avec cette réserve, sinon cette hostilité, envers les "communautarismes") qui répond à la fois à une conception égalitaire ouverte des droits de l’homme (et de la femme), mais aussi à un penchant très fort pour une uniformisation réductrice.

Mais oh combien, l’appréciation de l’identité, varie-t-elle à travers le temps. L’idée des tempéraments nationaux, provinciaux, également est une idée force rémanente qui a eu ses chantres , et particulièrement, bien après Montesquieu, un Élie Faure dans sa "Découverte de l’Archipel", alors qu’aujourd’hui les ressemblances entre Européens semblent avoir progressé plus vite que les différences héritées de l’histoire ou pour une part talentueusement systématisées (car où était le "scientifique" plus que le littéraire dans toute ces proses ?) par les écrivains qui en ont décrit les réalités et entretenu les légendes

De plus, souveraineté et identité sont dans une étrange dialectique. Les transferts de souveraineté peuvent se faire parce qu’ils vont de pair avec cette érosion (sous l’effet des modes de vie et des intérêts réputés communs) des personnalités nationales. En contrepartie la perte même de souveraineté nationale pourrait expliquer une revendication de maintien d’une personnalité identitaire. La recherche des racines ou des particularités n’est-elle le dernier refuge de ceux qui ont perdu le pouvoir propre de leur communauté sur une large part de leur destin ?

Et cette idée qui nous semble de plus en plus obsolète (parce que les jeunesses de chacun de nos pays d’Europe sont largement conditionnées par les mêmes moules contemporains et par des communications partagées) de personnalités française, allemande, espagnole, italienne, britannique absolument irréductibles les unes aux autres ne fut pas la seule qui conféra dans les temps passés un caractère récurrent à des appartenances historico-géographiques. La croyance autrefois en un rôle éminent des types régionaux a été très illustrée notamment par la célèbre somme des "Français peints par eux-mêmes" de la monarchie de Juillet rédigée sous les plus prestigieuses signatures du temps (Balzac, Hugo, Nodier, etc.) : le Basque, le Breton, le Franc-Comtois, etc. y sont sculptés comme de quasi immuables santons. Plus grand chose de tout cela dans le remake 2003 (en quatre volumes : la rue, l’entreprise, le sexe, la politique) à "la Découverte" des "Français peints par eux-mêmes".

Il y a donc bien une relativité, une usure dans le temps, des notions de personnalités attachées à un territoire national ou régional, sans que s’efface le goût que des personnalités différentes existent, ce qui est d’ailleurs l’argument partout en filigrane dans les promotions touristiques de tel ou tel pays, de telle ou telle région.

Nous poursuivons à la fois une universalisation des profils humains et un profond attachement à leurs différences qui font la saveur du monde. Et voilà que ces différences - au delà de celles de nos provinces hexagonales et de nos outremers - nous les connaissons en notre sein national lui même, puisque (dès lors que nous avons été chez eux et qu’ils ont bien fondés à venir chez nous) - qu’ils y trouvent, avec plus ou moins de difficulté résidence ou qu’ils accèdent à la nationalité - des immigrants nous enrichissent de leurs présence et nous posent - ce qui est bien naturel - les problèmes d’accueil et des coûts induits qui en résultent en contrepartie des apports qu’ils constituent à notre travail, notre culture, notre démographie, nos succès.

Et, au delà des faiblesses des moyens qui peuvent leur être dédiés, au delà même de ce rôle ingrat de volant d’ajustement quantitatif et qualitatif (par les taches qu’ils acceptent) du marché du travail, notre rigueur et notre erreur sans doute à leur égard, et même pour la solidité de notre société - est de vouloir trop vite, trop systématiquement trop d’assimilation.

S’ils entendent rester parmi nous, il faut donner le temps au temps, comme par le passé celui-ci a du jouer pour l’intégration progressive en deux ou trois générations des Polonais, ses Italiens, sinon des Bretons et des Auvergnats, etc. Nombreux sont ceux qui sont passés par les "sas" en quelque sorte de communautés acceptées de fait, avec leurs particularités dans le tissu national français, un tissu qu’ils ont si bien continué à nourrir tout en restant souvent culturellement eux-mêmes, comme nous aimons d’ailleurs les reconnaître dans leurs singularités.

La force d’une nation (et la séduction qu’elle exerce) n’est pas seulement dans les points d’identité, les droits, les devoirs, les valeurs que partagent ses membres, ni même dans la seule vertu des métissages qui en sont le lien mais n’en sont pas le tout, mais dans sa capacité de réunir des communautés différentes, des singularités qui ne sont pas écrêtées par l’obligation de ressemblance pour compter parmi ses citoyens et être regardées comme tels. D’ailleurs chacun d’entre nous appartient à des communautés de passés, d’engagements, de goûts, de valeurs, d’affinités qui ne disloquent pas en fiefs la communauté nationale absorbant toutes les autres. Comme elle peut englober et unir des communautés s’identifiant par le fait de correspondre à des minorités ethniques et/ou spirituelles dont le besoin est souvent d’autant plus ressenti qu’elles réunissent des membres de minorités visibles et/ou culturelles, appréciant des solidarités entre ceux qui se ressemblent, des liens de groupes qui peuvent les rassurer si elles sont stigmatisées C’est à la condition nécessaire et suffisante que les valeurs de la nation et les valeurs de chaque communauté y participant soient compatibles entre elles, mais pas forcément identiques. Quant les coexistences sont réussies c’est le bel ancien modèle Andalou, et plus près de nous peut-être l’exemple Réunionnais. Recherchons ces compatibilités, respectons les singularités qui ne portent pas atteinte à l’ordre public : pas plus ; et cessons de croire que le modèle français a été le meilleur et que ce que de manière dominante nous pensons de tout doit partout triompher.

Laissons aussi les temps d’étapes qu’il faut à des communautés jouant leur rôle de transition, de relais et de conciliation pour savoir avec elles coudre des morceaux originaux dans une identité française qui peut - comme c’est le cas dans toutes les grandes nations nées d’une part d’Empire - comporter quelques patchworks sans que ces apports nuisent à la cohérence d’une composition d’ensemble riche de sa tolérance.

Le blog de Gérard Bélorgey : http://www.ecritures-et-societe.com


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