FAUT-IL GUILLOTINER LES RICHES ?

vendredi 13 mai 2011
par  Jacques-Robert Simon
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Évidemment, c’est une proposition tentante et déjà expérimentée dans le passé avec succès. Mais est-ce possible et efficace ? Dans le regard de plus de la moitié de la population mondiale, la totalité des populations occidentales est « riche ». Si l’on suit cette vision, il s’agit ni plus ni moins que de nous faire disparaître collectivement. Ceci résout pour une large part d’immenses problèmes : le pillage et le gaspillage des matières premières s’en verraient fortement diminués. Cependant, dans l’inconscient de la grande majorité, le mode de vie des occidentaux est un idéal à atteindre : d’autres auraient tôt-fait de prendre notre place en se comportant d’une façon strictement identique. De plus, la plupart des innovations améliorant objectivement les conditions de vie ont été faites par les civilisations occidentales. Même si les préoccupations frénétiquement financières tendent à stériliser leurs efforts, des reliquats non négligeables d’inventivité subsistent. Et puis, peut-être que les « lumières » vont enfin réapparaître dans la noirceur ambiante ; il ne faut désespérer de rien. Écartons cette hypothèse.

Il est plus raisonnable d’avoir un regard sur nous-même plutôt qu’à partir d’un prisme déformant « d’autres » : guillotinons « nos » riches ! Mais, les personnes qui n’ont rien considèrent que ceux qui ont le SMIC sont riches d’un emploi, ces derniers envient les cadres qui possèdent leur logement, à leur tour ceux-ci supportent mal les rentiers qui ont plus et font moins, les rentiers se pâment devant les richissimes possédants affichés dans les magazines. La pyramide hiérarchique se confond avec celle des richesses. Mêmes les arts se mesurent en termes de ventes. La valeur reconnue par tous est celle associée à l’accumulation de biens matériels. Dans ces conditions, où situer la frontière qui nous permettrait de guillotiner en toute quiétude ? Difficile... difficile... Admettons que la richesse n’est pas le seul critère déterminant pour trancher le sort de chacun. Si être seulement riche est admis, on pourrait guillotiner les gens parfaitement immoraux. L’hypothèse que richesse et immoralité vont généralement de pair peut être posée. Les exemples abondent qui étayent cette proposition. Le plus frappant concerne la « crise » récente. Des banques privées escroquent de misérables gens en les faisant contracter des prêts qu’ils ne pourront pas rembourser. Les banquiers le savent, pas ceux qui achètent des actions où se dissimulent ces malfaisances. L’ampleur de l’escroquerie est telle que l’existence de ces banques est en péril. Elles ont toutefois pris la précaution d’être tellement énormes que leur faillite se répercuterait sur toute l’économie et ruinerait la plupart. Les états interviennent donc et l’ensemble de la dette douteuse leur revient dans les bras. Ou comment transformer une escroquerie privée en une dette publique ! Aucune contestation, l’immoralité est patente, le couperet doit tomber. Mais au sein de l’élite, du guide charismatique le plus prestigieux jusqu’au plus obscur des scribouillards, chacun à sa place et à son tour, a participé au système. Si le caractère abusif n’est pas nié, il est entendu que ces excès font partie d’un ensemble globalement irremplaçable. Remplaçable par quoi d’ailleurs sinon par le communisme tant honni par la droite comme par la gauche. Il n’en est pas question : prenons dans notre giron ces pauvres hères. D’ailleurs ils survivent mieux à la crise que les états qui leur vinrent en aide.

Mais si l’on guillotinait les personnes à la fois immorales et riches ? Les « élites » - les élites sont reconnaissables et reconnues : ils passent, discourent, proposent, pensent, abjurent, ostracisent en direct à la télévision- nous expliquent (patiemment) que si l’on nuit à cette catégorie de la population, elles feront profiter de leurs impôts des cieux fiscalement plus cléments. Mais si elles en ont l’intention, c’est qu’elles se soucient comme d’une guigne de l’intérêt général. Et si elles trouvent des pays qui acceptent de les accueillir, c’est que ces pays tentent d’appauvrir les autres à leur profit. Cette fois, ils ne vont pas y couper, on peut les étêter. Et la modernité ? Vous n’avez rien compris à la mondialisation ! C’est notre pays et ses citoyens qui doivent s’adapter à la mise en place d’un système prédateur. Comment ? En faisant pire qu’eux puisqu’on ne peut pas faire autrement.

Décidemment, guillotiner les riches n’est pas simple. Et si on guillotinait les pauvres ? C’est certain que cela créerait moins d’émois et le résultat serait le même : il y aurait moins d’inégalités. Si la nécessité de remettre en action la guillotine paraît raisonnable, le choix des destinataires reste à définir.


Commentaires

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lundi 23 mai 2011 à 08h34 - par  SIMON

J’ai tendance à ne pas incriminer autrui de nos propres travers...ainsi des Etats-Unis : c’est notre fascination collective qui en fait un modèle. Pour le reste, je me suis résigné à attendre un sursaut Républicain de mes concitoyens. Le voudront-ils sachant qu’il est aussi difficile que nécessaire ?????
J.SIMON

Site web : Sursaut
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jeudi 19 mai 2011 à 17h12 - par  florence bray

les Etats Unis ont semble-t-il trouvé sur quels cols la lame devait tomber : celui des riches célèbres qui font autorité sur une planète entière,celui des riches célèbres qui font autorité sur une oumma entière, un gros et un barbu tous deux sans doute hors champ légal,mais traités façon western à base de oeil pour oeil dent pour dent et autre "justice est faite" et revanche, comme si la place publique, les jurys populaires, etc. venaient en point d’orgue au décomplexage des gouvernants inauguré par notre président. Quel visionnaire, ce président !

La pensée avance, c’est sûr, de scènes de "liesse" mondiale pour un mariage royal, un pape béatifié, un criminel buté, en scènes de séries B policières devenues reality shows planétaires dans une affaire de moeurs comme hélas il s’en produit pléthore dans nos chaumières, et dans nos geoles, et dans nos faubourgs, - et dans nos tribunaux, nos stations de métro, nos quartiers, où l’on menotte et crache et molleste et viole en silence...

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