PHILIPPINES : CORRUPTION ET INSURRECTION ARMEE

mercredi 11 mai 2011
par  Roberto Robertelli
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Une guérilla maoïste qui dure depuis 50 ans, une armée de libération Moro a Mindanao (la grande île du sud) qui contrôle une zone étendue comme plusieurs départements français, des petits groupes terroristes insaisissables et sans réels objectifs, d’innombrables armées privées. Voici la situation militaire peu réjouissante où se trouve ce pays de presque 100 millions d’habitants, dont la capitale, Manille, était jadis qualifiée de « Perle de l’Asie ». L’administration chargée de mettre bon ordre dans le pays et d’essayer de sortir de la pauvreté abjecte plus du tiers de la population fait concours d’incompétence, de nonchalance coupable, d’arrogance de privilégiés et de corruption insolente : celle qui ne se cache pas, celle qui vous crache au visage, celle qui n’a pas peur de la justice puisque cette dernière ne vit que de ses subsides. L’armée et la police sont parties intégrantes de cette machine à générer les révoltes. Par la répression ciblée, par la tolérance d’une majorité inculte et subjuguée par le pouvoir, et par l’argent que procure cet asservissement, la corruption est paradoxalement à la fois le cancer qui ronge le pays tout en étant le seul système qui, pour le moment, empêche son implosion : l’actuel système de répartition officiel des richesses et l’affairisme sans complexes ambiant étant incapables d’assurer la stabilité sociale du pays.

Née dans le foisonnement des mouvements révolutionnaires de la Guerre Froide, la New People Army (NPA) d’obédience maoïste, s’est progressivement sclérosée à partir années 70. Avec un peu d’audace, on pourrait soupçonner, suite à la reconnaissance de la Chine communiste par Nixon, un lâchage progressif du Parti Communiste Philippin, aile politique de la NPA, dans ce pré carre américain ; une des principales clés d’accès au Pacifique. A l’inverse des nombreux autres groupes armés de l’archipel, la NPA est disséminée sur presque tout le territoire. Forte d’environs 7000 combattants, dont un nombre consistant de femmes et d’adolescents, elle est principalement composée par des paysans sans terres, des pêcheurs, et quelques étudiants issus de familles modestes. Victime des grands propriétaires terriens et des abus des politiciens locaux, la base est fortement motivée et très courageuse. Quant aux cadres dirigeants, il en va tout autrement. Spécialistes de l’extorsion de fonds (impôt révolutionnaire), de l’assassinat ciblé de politiciens locaux et d’hommes d’affaires, n’hésitant pas à exploiter sexuellement de toutes jeunes femmes sous couvert de collecte de renseignements, ils sont soupçonnés par ceux qui n’acceptent pas ce système et qui quittent le mouvement de participer avec l’oligarchie et la pègre au pillage du pays, complices de la police et infiltrés par les services de renseignements. Ces anciens militants et combattants sont peut-être de mauvaises langues et des aigris mais, ma foi, ils ont l’air de bien honnêtes hommes. La population ignorant ces accusations, les unités combattantes de la NPA restent très populaires dans les campagnes pauvres et les innombrables bidonvilles, là où l’impunité des plus fort est absolue, là où les jeunes recrues maoïstes sont les seules à pouvoir protéger les moins lotis.

(A suivre)


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