PHILIPPINES (SUITE) : LES ARMEES PRIVEES

vendredi 15 juillet 2011
par  Roberto Robertelli
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Constituées de quelques dizaines voire quelques centaines de mercenaires, c’est un abus de langage que de les appeler ainsi mais les philippins et les américains ont un gout commun pour le dramatique. Elles sont les enfants de la colonisation espagnole qui a duré 400 ans et de l’américaine qui, après un peu plus de 50 ans de contrôle direct du pays, a su conserver une domination insidieuse qui perdure jusqu’à présent, la fierté nationale des philippins trouvant refuge dans la singularité que confère cet héritage unique en Asie. Les armées privées, puisqu’il faut les appeler ainsi, puisent leur origine dans le système féodal, les espagnols, transposant ici leur structure administrative tout en organisant le pillage systématique des richesses du pays. Les propriétaires des grandes "haciendas" ne pouvant pas compter sur la seule force publique pour faire régner l’ordre féodal, le recours à des hommes en armes venait combler logiquement cette lacune de l’administration coloniale, lacune naturelle car après tout, n’est-ce pas, le latifundiste qui gouverne en seigneur sur ses terres se doit d’assurer sa propre protection. Les conditions socio-politiques qui ont permis la constitution de ces bandes armées n’ont pas vraiment changé depuis. Les américains, dont l’esprit demeure peut-être pétri par le mythe du far west et du compromis nécessaire entre riches bien-pensant, se sont bien gardés de changer cette situation tout à leur avantage et compatible, moyennant quelques ajustements, avec leur ethique : l’exploitation, d’accord, mais dans la compassion et la loi (du plus puissant).

Cet état de fait, cette oppression qui se drape dans la bonne conscience et dans un christianisme rétrograde, ont suscité bien des jacqueries et bien des assassinats. Etre syndicaliste paysan aux Philippines requiert beaucoup de courage et d’abnégation, la chasse au fauteur de troubles étant ouverte toute l’année, avec la bienveillante cécité des autorités locales, clientes repues des grands propriétaires.

Ces armées sont aussi utiles aux politiciens pendant les élections, pour faire voter les électeurs en payant les votes, pour intimider la concurrence ou faire disparaître des gêneurs. Cela prend parfois, dans certaines iles, des proportions inquiétantes, où des dizaines de morts sont à déplorer et où les avocats et les journalistes trop curieux disparaissent avec autant de facilité qu’un commun paysan. A Mindanao et sur d’autres fronts, là où le gouvernement central a des difficultés à conserver ses positions, les autorités militaires et politiques n’hésitent pas à confier le contrôle de certaines régions à des chefs de clans qui, en échange d’armes, de postes dans le gouvernement de la région et d’une impunité presque totale sur leur territoire, se chargent de contenir les rebelles. C’est dans ces zones grises que politiciens, juges, policiers, militaires, bandes armées, rebelles, que corruption, armes, drogues et terrorisme se confondent pour donner corps au mal qui ronge ce pays. C’est sur ce terreau malsain, dans ces zones de non droit ou même Dieu n’est plus qu’un mot sur un billet de banque (in God we trust), que des exaltés prêchent la chute de l’occident et l’humiliation des puissants.


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