ANTONIO ZAMBUJO, AUX FRONTIERES DU FADO

dimanche 22 janvier 2012
par  Jean-Luc Gonneau
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En 2007, nous avons entendu une première fois Antonio Zambujo, lors d’un improbable concert à l’auditorium de l’Institut du Monde Arabe, où il assurait la première partie de Maria da Fé, un peu sa marraine de fado, puisqu’il faisait alors partie de la programmation du Senhor Vinho, la maison de fado dirigée par la dame. Concert gâché par une sonorisation désastreuse, rendant Maria da Fé de méchante humeur. Et un Zambujo encore hésitant, avec un physique de « gendre idéal » et une voix du genre crooner. Nous l’avons revu l’année suivante au Théâtre des Abbesses, assumant la première partie d’Ana Moura, avec un projet musical plus affiné, dessinant un univers très personnel, suave et mélancolique. En 2011 et cette année, Antonio Zambujo a donné de nombreux concerts en France, le dernier en date à la Maison du Peuple de La Courneuve, où nous l’avons retrouvé. Le « gendre idéal » porte maintenant la « barbe de trois jours », très en vogue, et qui lui sied fort bien. Il tient la guitare classique, assis pendant tout le concert. Autour de lui, apparaîtront Luis Guerreiro, l’un des spécialistes de la guitare portugaise les plus en vue dans la jeune génération, Ricardo Cruz, contrebasse, et sur certains thèmes Jon Luz (cavaquinho) et José Conde (clarinettes). Le concert commence en solo, avec sa guitare, par une très belle interprétation de « Aquela janela virada p’ro mar », créée voici un demi-siècle par un autre fadiste-crooner de légende, Tristão Da Silva, dont il reprend aussi « Nem as paredes confessou » avec talent, et se termine par un hommage en fanfare à l’illustre Alfredo Marceneiro, en passant par un clin d’œil à Amalia Rodrigues (Amor de mel, amor de fel) et l’un de ses paroliers poètes préférés, Pedro Homem de Mello. Entre temps, nous aurons entendu des variations subtiles, millimétrées (un peu trop ?), savantes parfois, épurées plus souvent, mêlant au fado les apports de la musique populaire alentejane, des zestes de bossa nova avec des textes de Vinicius de Morais ou de morna, un soupçon de jazz. Tout cela propre, net, impeccable, doucement sentimental sans tomber dans la mièvrerie. Antonio Zambujo s’est forgé un monde à lui, l’offre en partage avec élégance. Bien sûr, celles et ceux qui ne jurent que par le fado « bairrista » illustré naguère par des Fernando Mauricio ou Manuel D’Almeida, et aujourd’hui par Rodrigo ou Ricardo Ribeiro pourront rechigner. Est-ce encore du fado ? Pas toujours, mais souvent, le plus souvent, c’est le sens de l’inclusion dans le programme de Sou do fado, qui marque clairement le camp où il se situe. Mais peut-être le monde d’Antonio Zambujo est-il trop sage. L’œil du jeune homme est souvent rieur, tel celui d’un enfant ravi de la mauvaise blague qu’il va faire. Mais la blague ne vient pas vraiment. Nous aimerions qu’Antonio Zambujo fende, comme on dit, davantage l’armure, que son univers intimiste éclate par instants. Il en est assurément fort capable. Ne boudons toutefois pas notre plaisir : la soirée est très agréable, on la trouve même un peu courte. A 37 ans, Antonio Zambujo a tout le temps pour nous surprendre encore. Il sera de retour bientôt en France, près d’Albi, puis à Amiens, et entre temps pour plusieurs concerts chez nos voisins belges. Si vous passez par là, profitez-en, je doute que vous le regrettiez.

Cet article parait également dans Lusojornal numéro du 1 février 2012 www.lusojornal.com


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