PHILIPPE DE SOUSA ET LA GUITARE

jeudi 23 février 2012
par  Jean-Luc Gonneau
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Philippe de Sousa et la Révolution des œillets ont un point commun : ils sont nés le même mois de la même année. Mais pas au même endroit, l’une à Lisbonne, l’autre à Paris. Il est ils d’un réfugié politique en ces temps de guerres coloniales et d’ « estado novo » en décomposition et d’une française. Philippe et sa famille rejoignent le Portugal quelques mois après le 25 avril. Il y passera les dix premières années de sa vie, à une époque où le fado n’est pas vraiment en odeur de sainteté à Lisbonne. C’est à l’orée des années 90 qu’il apprend la guitare classique. « J’étais plutôt attiré à cette époque par le jazz, le blues, le rock, les musiques sud-américaines. Le fado, j’en avais un peu entendu à Lisbonne, mais sans que cela me marque. A cet âge-là, on pense plus à l’école et aux jeux ». C’est en fréquentant à Paris les musiciens argentins du célèbre Quarteto Cedron qu’il découvre, via le tango (mais aussi, dit-il, à travers le jazz manouche) le fado au point, à 20 ans, d’acquérir une guitare portugaise. Il commence à apprendre, d’abord tout seul : « c’était dur, je ne savais même pas qu’il fallait des onglets, j’apprenais en écoutant des CDs ». Puis, pendant trois ou quatre étés au Portugal, il prend des cours auprès de Carlos Gonçalves, guitariste génial et imprévisible, fidèle accompagnateur d’Amalia Rodrigues.

A Paris, il se produit dans des orchestres de jazz ou de tango, à la guitare classique ou même, parfois, à la contrebasse, et décroche à l’université une licence de musicologie : le voilà « doutor » ! S’estimant mieux armé, il va chercher à rencontrer le milieu du fado francilien. « Je n’étais pas vraiment lié à la communauté portugaise. J’ai eu du mal à trouver. Au bout de plusieurs mois, je suis allé, c’était en 1999, au Patio das Cantigas, boulevard Ney, une maison tenue par la chanteuse Maria Galhardo, où chantait aussi Joaquim Campos. J’y ai joué en amateur aux côtés de Flaviano Ramos, à la viola, et de Lino Ribeiro, à la guitare. Quand celui-ci est reparti au Portugal, je l’ai remplacé, et depuis, j’ai travaillé pour beaucoup de restaurants ou de fêtes associatives ».

Une vie de fado qui n’empêche pas Philippe de Sousa de participer à des expériences différentes, accompagnant régulièrement, de 2005 à 2011 la chanteuse Bevinda dans certains de ses spectacles, participant à des croisements entre fado et tango, se consacrant aussi à des compositions personnelles. Il sera invité à en présenter une au Portugal lors d’un festival consacré à la guitare portugaise. Il a travaillé à un projet qui lui tient à cœur : « ça s’appelle Sud-Express, c’est, dirons-nous, un conte musical, avec des textes dits ou chantés, des instrumentaux, qui illustrent un voyage entre Paris et Lisbonne. Nous le présenterons en première à la salle Musiques au Comptoir, à Fontenay-sous-bois, le 6 avril, avec Carina Salvado, au chant, Pompeu et moi-même aux guitares, et l’accordéoniste Philippe Malard. On y trouvera du fado, des chansons populaires, un zeste de folklore…. ». Une illustration de l’éclectisme et du goût des marges qui caractérisent Philippe de Sousa, qui est aussi un excellent improvisateur.

Nourri par des grands anciens de la guitare portugaise (Armandinho, Jaime Santos, Fontes Rocha et bien sûr Carlos Gonçalves, pour le fado, Carlos Paredes, Pedro Caldeira Cabral, le jeune Ricardo Rocha hors fado), Philippe de Sousa porte un regard un peu inquiet sur le milieu du fado francilien : « trop d’artistes ont peur de l’innovation, ils vivent un peu fermés par rapport à ce qui se passe, musicalement, dans le monde, y compris du fado, mais cela est peut-être en train de changer ». Il consacre aussi une partie de son temps à l’enseignement de la guitare portugaise, car une difficile question de relève de génération pointe en France, quand le Portugal regorge de musiciens de talent, et de la guitare classique. Transmettre, des émotions au public, des connaissances aux nouvelles générations, ainsi va, avec une douceur tranquille, Philippe de Sousa.

Cet article est également paru dans Lusojornal en date du 22 février 2012 (www.lusojornal.com)


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