SOMBRE MOIS DE MARS POUR LE FADO PARISIEN

mercredi 21 mars 2012
par  Jean-Luc Gonneau
popularité : 35%

Chorai, fadista, chorai… Depuis plus ou moins longtemps selon les cas, les bruits couraient à propos de la fermeture de certains lieux de fado à Paris intra-muros. La crainte existait, mais on se disait, après tout, qu’un restaurant de banlieue qui programme du fado chaque mois est en vente depuis deux ans et existe toujours : pourquoi pas la même chose à Paris ? Espoir déçu : dans quelques jours, les deux restaurants « fadistes » de la rue Cardinet à Paris 17, Le Parc et L’Express, fermeront leurs portes, ainsi que Sur un R’ de Flora, à Paris 20e. Ne subsisteront donc, comme lieux de fado réguliers sur Paris-ville, le Saint-Cyr Palace (fado le jeudi soir) et le Saudade (fado le premier mardi du mois)

C’est l’occasion pour nous de dire quelques mots à propos de ces lieux qui vont disparaître (aucun des repreneurs ne fera de restauration portugaise ou lusophone). Le plus ancien est l’Express, qui commença à proposer du fado, plusieurs fois par semaine à l’époque, en 1979, d’abord sous la direction d’ « O Oliveira », puis sous celle de Nuno Alves. L’élégant et sensible fadiste Sousa Santos, actuel responsable artistique des dimanches soir de fado (dernière le 1er avril), fut l’un des artistes les plus fidèles à l’établissement. La chanteuse Cinda Castel en fut un pilier. On y entendit alors la plupart des fadistes de la communauté. Passant de mains en mains après 1997, l’Express reprit, pendant quelques mois, le fado avec une nouvelle gérance, avant qu’il devienne un restaurant « français ». Début 2009, l’Express est redevenu « portugais », sous la houlette de Ruy Alves, et a renoué fin 2009 avec le fado les dimanches en soirée, avec les fadistes Julia Silva et Sousa Santos, accompagnés à la guitarra par Manuel Corgas et à la viola par Flaviano Ramos, avec aussi des artistes invités et du fado vadio. Fin 2011, Ruy Alves a ouvert au fado chaque vendredi un autre établissement, O Lusitano, à Clamart. Et l’Express fermera donc ses portes le soir du 1er avril, les nouvelles exigences locatives du propriétaire des murs étant insoutenables pour l’établissement : l’Express en quelque sorte victime de la spéculation immobilière.

Nuno Alves quitta L’Express pour prendre la gérance du Parc situé une centaine de mètres plus loin dans la même rue. Il sera le vétéran des gérants de maisons proposant du fado : 31 ans d’affilée entre l’Express et le Parc. Avec une clientèle plus « bourgeoise » que celle de l’Express, mais parfois moins attachée au fado, une ambiance plus cossue, une cuisine soignée, le Parc commença le fado avec Cinda Castel, puis, en 2000, Conceição Guadalupe, alors débutante et devenue au fil des ans un peu la muse de la maison, accompagnée à la viola par l’expérimenté Flaviano Ramos et à la guitare portugaise par le tout jeune Philippe De Sousa, qui commençait lui aussi sa carrière. Sousa Santos et beaucoup d’autres figurèrent à l’affiche du Parc. Nuno Alves souhaitait depuis plus d’un an se retirer de la restauration. Depuis la fin de 2011, il avait cessé de proposer du fado, étant en négociation avec des repreneurs. L’affaire s’est faite, et ce qui fut le Parc deviendra un restaurant italien.

Antonio et Flora, les gérants de Sur un R’ de Flora, boulevard de Charonne à Paris, avaient un concept ambitieux : faire de leur établissement un lieu culturel ouvert à toute la lusophonie, avec des expositions, des présentations de livres, des soirées musicales, des débats, lieu d’ailleurs apprécié par plusieurs collaborateurs du Lusojornal. Depuis 2010, Sur un R’ de Flora a proposé des « promenades fadistes », où étaient suggérées les interactions entre le fado et d’autres musiques tout en restant fidèles à l’esprit du fado. L’auteur de ces lignes jouait le guide de ces soirées où l’équipe de base comprenait aussi la chanteuse Conceição Guadalupe, Philippe De Sousa à la guitarra, Pompeu à la viola et, sur certaines chansons, une jeune batteuse (venue du rock), Nella Gia. D’autres interprètes y ont été invités : Eugenia Maria lors d’un passage à Paris, Paulo Manuel, Mané, João Rufino, la française Karine, Hugo Manuel, la très jeune Diane Santos, Luisa Reis. Cette formule originale, dans un restaurant qui proposait une cuisine de tous les pays lusophones, a séduit un public en bonne partie français. On annonce malheureusement la fermeture des portes de ce sympathique endroit fin mars, après une année 2011 qui, crise oblige, vit la fréquentation diminuer.

Quelques lueurs d’espoir pour l’avenir : Rui Alves est en recherche active d’un autre lieu à Paris, Antonio Ginja réfléchit à un nouveau modèle reprenant le concept de Sur un R’ de Flora. Espérons, certes, mais une page vient de se tourner pour le fado à Paris.

Cet article est également paru dans Lusojornal en date du 22 février 2012 (www.lusojornal.com)


Commentaires

Logo de SIMON
mercredi 4 avril 2012 à 08h47 - par  SIMON

Je suis, comme beaucoup d’autres, triste de constater la fermeture d’établissements où le Fado pouvait être écouté. cependant, tout est à reconstruire, ce type d’activités aura sa place lors de notre reconstruction.
Jacques

Brèves

18 mai - LE FADO CES PROCHAINES SEMAINES A PARIS... ET AILLEURS EN FRANCE

Pour écouter du fado ces prochaines semaines, tous les événements (sauf ceux qui ne nous ont (...)

26 mars 2018 - DES NOUVELLES DU COIN DU FADO

Ceci pour informer celles et ceux qui y ont participé ou se sont intéressés aux soirées de (...)

10 mars 2015 - Le CACTUS/COIN DU FADO propose : soirée « Le fado des filles » le vendredi 13 mars aux Affiches

Le Coin du fado rend hommage tout particulièrement aux chanteuses : « Le fado des Filles » vous (...)