LA CLASSE MOYENNE PROGRESSE EN AMERIQUE LATINE

jeudi 15 novembre 2012
par  Estelle Leroy-Debiasi
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Un rapport signale l’évolution position de la situation économico-sociale de l’Amérique Latine. L’Argentine en a été la grande bénéficiaire : la classe moyenne a doublé et atteint 46 % de la population en 2009, soit 18 ,6 millions de personnes. Après des années de stagnation, la classe moyenne en Amérique Latine est passé de 103 à 152 millions de personnes, sur la période de 2003-2009 ; ce qui représente un changement structurel profond, selon le rapport rendu public aujourd’hui de la Banque Mondiale, sur « La mobilité économique et la croissance de la classe moyenne en Amérique Latine ». Une évolution liée aux politiques mises en œuvre par les différents gouvernements. « L’expérience récente de l’Amérique latine montre au monde qu’on peut apporter de la prospérité à des millions de personnes à travers des politiques qui trouvent un équilibre entre la croissance économique et le développement de solutions pour les plus vulnérables » analyse le document.

Ce rapport, présenté par l’économiste en chef pour l’Amérique Latine de l’institution, Augusto de la Torre, souligne que la progression de la classe moyenne fut la plus élevée en Argentine au cours de la dernière décennie représentant 25% de la population, devant le Brésil avec 22%, l’Uruguay 20 % et la Colombie 16 %. Le Brésil, a participé pour 40% à la croissance de la classe moyenne dans la région. Cette progression particulièrement importante en Argentine s’explique par la reprise vécue après la période de forte crise jusqu’en 2003. Il faut bien sûr la remettre dans le contexte historique : en 1995, la classe moyenne argentine représentait 38% de la population, et a baissé pour n’en représenter que 24% en 2003. Mais les chiffres atteints aujourd’hui (46% de la population totale) ne sont pas uniquement un rattrapage mais bien une progression nette. La croissance économique et les politiques de redistribution du revenu –importantes- dans le cas de l’Argentine en sont bien la cause.

Dans toute la région, on observe une tendance à la croissance des classes moyennes depuis les années 2000. Pour la Banque Mondiale, 30 % de la population de l’Amérique Latine appartient est pauvre, 38 % est « vulnérable », et désormais 30% appartient à la classe moyenne et 2% est riche. De 1995 à 2010, la part des pauvres a baissé de 44 à 30 %. Et 40 % des foyers ont progressé de classe socio-économique, certes, ils étaient nombreux en bas de l’échelle ; ils sont passés en général de « pauvres » à « vulnérables » sans pour autant atteindre le rang de la classe moyenne, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas tirés d’affaires. Mais le pourcentage de pauvres est aujourd’hui équivalent à celui de la classe moyenne, alors qu’il y a dix ans, ils étaient deux fois et demie plus nombreux. Toujours selon l’organisation internationale, une famille de quatre personnes appartient à la classe moyenne si son revenu annuel est compris entre 14 600 et 73 000 dollars, (soit entre 10 et 50 dollars par jour et par tête). Les « vulnérables » reçoivent entre 4 et 10 dollars, les « pauvres » moins de quatre dollars.

Ces évolutions enregistrés dans la région ces dix dernières années le sont grâce aux changements opérés dans les politiques publiques qui ont développé des programmes sociaux aux côtés d’une meilleure situation économique, reconnaît le rapport. L’éducation est évidemment un facteur clé pour favoriser l’ascenseur social, en permettant un meilleur niveau d’emploi, mais aussi la présence de femmes dans la force de travail, des familles moins nombreuses et plus urbaines. « Toutefois l’origine économique des parents joue encore un rôle primordial pour le futur économique des enfants. Plus la classe moyenne progresse en nombre, plus ce genre d’inégalités devrait se réduire », analyse le rapport qui conclut : « Il est largement admis que la classe moyenne est un agent de stabilité et de prospérité. Dans une région de revenu moyen comme l’Amérique Latine, une classe moyenne plus importante a des répercussion fondamentales ».

Et le rapport d’identifier trois stratégies que les gouvernements peuvent utiliser pour avoir l’appui de la classe moyenne dans un contrat social plus juste : inclure l’objectif d’égalité des chances dans la politique publique pour rompre avec la perception que le système est fait pour les plus privilégiés, mettre en œuvre une nouvelle génération de réforme du système de protection sociale incluant l’assistance et la sécurité sociale , afin d’éviter le morcellement. Rompre le cercle vicieux impôt bas et mauvaise qualité des services publics, investir une partie des bénéfices dérivés des matières premières à améliorer les services publics. Des pistes appliquées en Amérique Latine mais qui semblent aller à contre-courant de ce qu’on d’aucuns veulent mettre en place, par exemple, en Europe !

Paru dans El Correo par http://www.elcorreo.eu.org


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