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JOAQUIM CAMPOS, LA REFERENCE

mardi 4 juin 2013
par  Jean-Luc Gonneau
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Il y eut longtemps deux références dans le fado traditionnel chanté à Paris : Mané (Mané Santos) pour les chanteuses, et Joaquim Campos pour les chanteurs. Les deux enchantèrent longtemps, ensemble ou séparément, les soirées de fado du Saint-Cyr Palace récemment disparu. Mané a rejoint, hélas pour nous, le paradis du fado l’année dernière. Mais Joaquim Campos, bien heureusement, nous demeure.

Référence donc, d’une part par sa longue carrière, commencée voilà un peu plus de quarante ans à Lisbonne, dans des maisons de fado réputées à Lisbonne, certaines disparues, d’autres toujours en activité : O Faia, Taverna del Rey, Parreirinha d’Alfama… une époque ou il a côtoyé des noms connus du fado lisboète : Manuel d’Almeida, Francisco Martinho, Vasco Rafael, Maria José da Guia et bien d’autres. Référence plus encore, par sa fidélité au style traditionnel, castiço, du fado, qu’il interprète avec talent et rigueur.

Joaquim Campos se souvient être venu pour la première fois en France pour l’ouverture du restaurant parisien Escale au Portugal en 1985. Au programme à ses côtés, tous venus de Lisbonne, Tony de Matos, Maria Mendes, le guitariste Francisco Carvalhinho… Tous repartirent au Portugal à la fin du contrat, tous sauf Joaquim Campos qui, hors de réguliers retours au Portugal pour de brefs séjours ou des concerts, a fait depuis sa carrière en France, assurant pendant longtemps, outre le Saint-Cyr Palace, les nuits de fado des restaurants créés par la chanteuse Maria Galhardo, le Patio das Cantigas puis le Palacio das Guitarras . Et bien sur d’innombrables soirées associatives ou officielles, et des interventions dans tous les lieux de fado de la région parisienne.

Observez Joaquim Campos lors d’une soirée de fado. Lorsque ses collègues chantent, lui, assis à sa table, paraît sommeiller, les yeux mi-clos. Il ne faut pas s’y tromper : Joaquim Campos ne sommeille pas et ne perd rien de ce qu’il voit et entend, tel un caïman dans les eaux amazoniennes. A la fort réputée Ecole Normale Supérieure, on nomme « caïman » les professeurs, souvent des sommités dans leur spécialité. Joaquim Campos est un caïman du fado. Lorsque vient son tour de chanter dans la soirée, on est frappé par une étonnante présence : ce n’est pas seulement la voix que le fado sollicite, mais le geste, le mouvement du corps, des yeux. Joaquim vit le fado, et sait transmettre cette émotion à son auditoire.

Hors le fado, Joaquim Campos, comme quelques autres fadistes, anime des spectacles de variétés et des bals. Quelle différence avec le fado ? La réponse est claire : « ça rapporte plus d’argent ». Bien sur, fado ou variétés, il faut respecter le public, mais l’engagement artistique n’est pas comparable. Si nous avons bien compris, quand on chante le fado, on se donne (ou au moins se confie, quand on chante de la variété, on se produit. Ce que pense Joaquim Campos de l’évolution du fado ? Il y a des nouveaux talents, dit-il, et tant mieux. Ce qu’il regrette, c’est que trop d’organisateurs de soirées ou de concerts privilégient les « mamas e pernas » au détriment des réels talents. Un avis qui ne plaira peut-être pas à tout le monde. Mais Joaquim Campos en a vu d’autres et a le cuir épais (et la dent dure), comme les caïmans.

Si vous n’avez jamais entendu chanter Joaquim Campos, courez-y, c’est une leçon de fado. Et si vous le connaissez déjà, retournez-y.

Article également paru dans Lusojornal daté du 29 mai 2013


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