Flaviano Ramos, le fado castiço

vendredi 12 juillet 2013
par  Jean-Luc Gonneau
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Voilà bien une petite vingtaine d’années que je croise Flaviano Ramos dans les lieux de fado franciliens et je n’ai pas souvenir de l’avoir vu une fois sans costume et cravate. Une élégance bon genre dont la seule note de fantaisie réside peut-être dans les couleurs des cravates. Ceci pour dire que Flaviano Ramos est un musicien sérieux, et infiniment aimable.

Flaviano n’est pas encore sexagénaire, mais revendique cinquante ans de carrière : c’est à huit ans, dans son Algarve natal, qu’il se produit pour la première fois en public. Pendant les années suivantes, il écumera les fêtes de fado, puis les casas de fado algarviennes, Alcochete, Setubal. Il croisera en Algarve Joaquim Botelho, autre fadiste qui prit le chemin de la France, terrassé ici par la maladie voici quelques années. Flaviano Ramos a baigné enfant dans le fado : son père fut guitariste (viola) et chanteur professionnel. « Je pense que c’est lui qui m’a transmis le don du fado. Nous étions plusieurs enfants et c’est sur moi que c’est tombé ». Et voilà donc le jeune Flaviano guitariste (viola) et chanteur, comme papa. Il fera une première incursion en France de quelques mois, en 1975, au restaurant La Pergola, qui deviendra ensuite le Saudade à Versailles, qui produisit du fado pendant de longues années sous la houlette du jovial Agostinho, l’homme aux fières moustaches. Puis il retourne au Portugal, où il aura l’occasion d’accompagner des grands noms du fado des années 1970/80 : Celeste Rodrigues, la sœur d’Amalia, Tony de Matos, Fernanda Batista, Manuel Fernandes, et deux fadistes que nous connaissons bien en France : Joaquim Campos, qui y réside, et Nuno de Aguiar, qui s’y produisit souvent.

En 1988, Flaviano Ramos revient en France, retrouve le Saudade pendant deux ans, puis travaille au Palacio das Guitarras et au Parc, récemment disparu, où il restera neuf ans. Il accompagnera aussi Cinda Castel en Italie et, en 1992, aura l’occasion de jouer en Belgique avec un tout jeune et très mince guitariste : José Manuel Neto, qui est aujourd’hui l’un des maîtres de la guitare portugaise les plus recherchés… et qui est devenu beaucoup moins mince. Flaviano est maintenant chaque vendredi à l’Arganier et chaque samedi au Coimbra do Choupal, deux restaurants fidèles au fado et se produit dans bien d’autres endroits en fonction des évènements.

Au fur et à mesure se l’évolution de sa carrière, Flaviano Ramos s’est davantage concentré sur son rôle de guitariste, au détriment de celui de vocaliste : « ce n’est pas que je préfère jouer plutôt que chanter, j’aime les deux, mais, tu le sais, le métier est difficile pour beaucoup. Si je suis engagé pour jouer la viola et chanter, je prends le cachet d’une chanteuse ou d’un chanteur sans être payé double. Autant partager ! ». Flaviano fait partie des « grands anciens » du fado parisien. Un grand ancien qui n’hésite pas à donner des conseils à qui le demande. Ainsi, c’est lui qui a introduit Filipe De Sousa dans le milieu du fado et lui ouvert quelques clés musicales. Quant Lino Ribeiro, autre guitariste, venu de la musique de folklore, a souhaité s’intéresser au fado, Flaviano a donné un coup de main. Conceição Guadalupe a bénéficié de ses conseils. Aujourd’hui, Flaviano Ramos fait travailler le fado à Diane Santos, la benjamine (16 ans) des fadistes parisiennes. « C’est important que les jeunes viennent ou reviennent au fado. » Flaviano est très ouvert aux nouvelles générations, un peu moins, peut-être, aux expérimentations qui accompagnent parfois le « novo fado » : « Le jour où on ne chantera plus le corrido, le menor, le mouraria, le doistons, ce jour là, s’il arrive, le fado sera mort ». Mais ne restons pas sur cette crainte triste. Au moment de conclure l’entretien : « Dis bien qu’il y a deux choses qui me rendent heureux, le fado et les femmes ! »

Cet article est également paru dans LusoJornal (www.lusojornal.com)


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