ECONOMIE : FAUSSES ET VRAIES QUESTIONS

vendredi 12 juillet 2013
par  Gérard Bélorgey
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Notre pays fait supporter le taux constaté d’inflation et, plus encore toute les dérives de prix qui ne sont pas pris en compte, mais qui rognent gravement les pouvoirs d’achat réels aux plus modestes ou fragiles de ses habitants : à beaucoup des retraités et aux agents publics, à bien des travailleurs indépendants, ou plutôt terriblement dépendants ! comme les sous traitants et les petits agriculteurs, aux employés et ouvriers soumis, à la pression du chômage et du chantage, à celles des fournisseurs oligopolistiques et des acheteurs de la grande distribution, à des menaces permanentes sur leurs emplois, leurs salaires et leurs revenus) ; et notre société est confrontée à encore de bien plus grands risques de régressions sociales ( remise en cause - en plus de l’âge de la retraite, ce qui est inévitable et logique - du niveau des prestations, et, pareillement, réduction des couvertures chômage et maladie). Telles sont les conséquences de notre ouverture à une concurrence internationale insensée qui arme les exploiteurs de tout poil contre les plus mal lotis de tous les mondes , mais on ne considère jamais les vraies raisons de ce catastrophique dévissage d’une civilisation donnant à penser que plus elle a de moyens globaux, plus elle menace les situations de beaucoup : le contraire de ce qui se passait aux temps équilibrés du pacte social français.

Depuis lors, par les effets de la pensée néo libérale, de la disparition du défi communiste, des dérégulations généralisées, on a, en effet, admis qu’à la différence des capitalismes d’Occident dont les mutations dans le sens du progrès ont tenu, au sein de sociétés nationales, à ce que leurs classes laborieuses étaient aussi aussi leurs classes consommatrices, les capitalismes émergents (et puis même des capitalismes exportateurs de type allemand), appuyés sur des pouvoirs autoritaires (voire, comme en Chine, ne faisant qu’un avec ceux-ci) ou en symbiose avec eux, comme en Europe, par le truchement des appareils bancaires échappant au contrôle politique, trouvent leurs consommateurs à l’extérieur de leurs frontières et puissent ainsi perpétuer en leur sein des systèmes excluant le développement significatif d’un massif pouvoir d’achat intérieur.

Faire que ces capitalismes là soient obligés de faire progresser le pouvoir d’achat de leurs couches populaires serait la seule thérapie possible envers les déséquilibres du monde et tout le monde le sait bien, mais on n’ose pas les moyens d’y parvenir parce que ceux-ci mettraient en cause bien des intérêts ainsi que l’idéologie dominante . En effet, au vu de ces capitalismes fondés sur de bas coûts de revient (obtenus par les mauvaises rémunérations et précarités de leurs fournisseurs et de leurs travailleurs ne pouvant de ce fait devenir leurs consommateurs) et qui prospèrent donc essentiellement par des ventes externes, la seule grande correction utile serait de les inciter fortement à changer de levier. Si l’on veut vraiment qu’ils trouvent en interne leurs débouchés vitaux, il faut réduire leurs débouchés externes, non par conséquence, comme aujourd’hui, d’une baisse conjoncturelle de notre demande, mais de manière structurelle en régulant le commerce mondial : en protégeant donc nos marchés et emplois par toutes les règles négociables possibles, tout en ménageant les facultés d’un juste échange assurant des facultés d’export/import équilibrées (le vrai gagnant/gagnant), des diverses zones du monde .

Ce n’est pas un rapport de forces facile à conduire, et une telle recherche suppose, à la base, de remettre en question le libre échange, ensuite, de tout ordonner au service d’une autre organisation des relations commerciales mondiales. L’ennemi ce n’est pas la finance, ce qui ne veut rien dire, d’autant qu’on a besoin de très bons opérateurs financiers pour réussir un nouveau deal ; l’ennemi c’est le libre échange : ses effets pervers (avant d’être mortels lorsque ceux que nous fournissons encore aujourd’hui en biens de haute technologie pourront tout faire, sans nous, par eux-mêmes) sont évidents tous les jours tandis qu’il nourrit le rouleau compresseur de la régression. Mais c’est à ce système que se sont ralliés, avec la bénédiction intellectuelle permise par "la trahison des économistes", tous les pouvoirs publics, "socialistes" comme libéraux faisant front commun au service d’une nouvelle lutte des classes conduite par les entreprises et les élites de l’Europe demandant toujours plus comme allègements d’impôt et de charges sociales et comme flexibilité de gestion, ce qui est effectivement indispensable si on ne sort pas des contraintes auto créées de la compétition commerciale mondiale par les prix. Et la vraie question serait bien de savoir comment on pourrait parvenir à en sortir ; par quel modèle, par quelle stratégie, au moins par quels essais, par quel appareil construit à cette fin. Mais comme on ne pose pas la question, on ne peut évidemment pas trouver un début de réponse

Aussi faute de traiter ces réels problèmes vitaux, nous ne vivrons pas seulement la "désoccidentalisation" du monde (si chère à des FOG) et qu’il faut effectivement admettre si on n’y associe pas une démission, voire une trahison, envers nos plus légitimes intérêts comme tant de bons esprits et de crispantes plumes médiatiques nous invitent à le faire , mais nous vivrons bien autre chose qu’un monde multipolaire : la colonisation de notre société par sa soumission aux exigences matérielles et culturelles qu’expriment si bien les managements qui nous viennent des capitalismes de combat d’outre-Atlantique et d’Orient. Nous serons demain dans le rapport avec ces forces matérialistes placés dans une situation à certains titres comparable à celle dans laquelle se trouvèrent plongés les pays d’Islam lorsqu’ils subirent le déferlement et de la colonisation technologique, commerciale et culturelle européenne. Nous perdrons nos personnalités, nos bonheurs et nos valeurs et nous aurons admis que demain l’enfer concurrentiel de l’argent soit l’univers auquel seront livrés nos enfants.

Et cette attitude de l’autruche (ne pas vouloir voir cette menace si proche) va de pair avec trop de cinémas qui tiennent la place démesurée de faire l’affiche pour distraire de ces plus impérieuses questions. Alors même que des débats de société ont besoin d’être ordonnés, mais que les aborder, et selon son regard, semble aujourd’hui la seule originalité de la "gauche" au pouvoir, quelle peut être l’urgence de diviser les Français sur les droits des homosexuels, sur les places respectives à assurer aux hommes et aux femmes, sur les moyens d’assister des agonisants ? Toutes ces graves interpellations auront les unes et les autres, sans que la puissance publique légifère, souvent de manière trop politisée et à contre temps, leurs progressions de bon sens par l’évolution des mœurs : à la condition que la santé globale du pays le permette et c’est bien cette santé qu’il faudrait d’abord mieux rechercher tandis que, sans protection envers les concurrences mondiales, une part de notre société danse et devise aux bords des précipices.

Doit-on, par exemple, distraire encore l’opinion des vraies questions et mobiliser des tas d’énergies pour de pseudo-moralisations de la vie publique ? Ainsi notamment, en quoi le cumul des mandats - fait-il tort à l’avenir des Français ? Il ne sert à rien de reprendre ici les arguments dans un sens ou un autre, d’autant que les seuls bien placés pour apprécier si "les cumulards" font bien ou mal tout leur travail sont les électeurs qui n’ont qu’à les renvoyer s’ils en sont insatisfaits. Sur le fond, il suffit de constater qu’il n’y a aucun lien entre le cumul des mandats et les difficultés économiques et sociales de la France et que de belles périodes d’autrefois se sont parfaitement accommodé de la pluralité des mandats. Mais le penchant des vertueux est de confondre en permanence les vraies causes et les fausses explications des malaises de nos concitoyens. On s’attaque donc aux secondes pour masquer les problèmes, comme si résoudre la question du sexe des anges avait pu sauver la chrétienté byzantine de l’écrasement entre Rome et l’Islam. Et dans le cas d’espèce, vouloir empêcher des élus nationaux d’avoir de solides bases locales et une bien utile relation très nourrie avec le pays réel, n’est-ce un moyen d’une part de mieux soumettre les personnalités des parlementaires ( qui auraient moins de forces propres s’ils n’avaient plus leurs enracinements territoriaux ) aux instances d’un parti dominant et, surtout, au chef de celui-ci , d’autre part d’obliger ainsi ces élus à s’aligner sur des concepts idéologiques abstraits et dévastateurs. L’apparence de la vertu peut aussi masquer la réalité de l’imperium.

Le blog de Gérard Belorgey : http://www.ecritures-et-societe.com


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