« LOI SUR LE VOILE » ET TOLERANCE

dimanche 15 septembre 2013
par  Gérard Bélorgey
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Les effets pervers de "la loi sur le voile" pourraient-ils être tempérés par la tolérance ? On a déjà précisément exprimé sur ce site combien la "loi sur le voile" a été une gesticulation démagogique se parant des meilleurs principes - tel celui des droits des femmes - tout en étant inspirée, à notre sens, par bien des équivoques. N’a-t-elle cherché d’une part à imposer le vécu occidental impérialiste des rapports entre les sexes : celui qui célèbre effectivement les femmes, mais qui, tout en leur rendant justice, en attend si souvent qu’elles existent avant tout sous les yeux de tous, comme des objets de libido ? N’a-t-elle, d’autre part, fait prévaloir cette conception universaliste française pseudo égalitariste qui, en vérité, traduit le rejet par beaucoup de nos concitoyens de toute expression sur notre sol de différences par rapport à leurs propres mœurs ? Mieux encore, n’a-t-on reconnu valeur constitutionnelle à certains types de relations sociales parce qu’ils sont des modèles dominants de notre société : en bref le pouvoir de faire le droit suprême à une sensibilité majoritaire, voire à une dictature d’opinion ? Aurait-on pu espérer que l’union des politiques de tous bords dans cette démarche d’ostracisme - dont il est peu d’exemples à l’étranger et qui, d’ailleurs, a suscité quelques critiques de la part de ceux de nos voisins (tout aussi affectés que nous par les risques de fanatisme) qui ont une attitude plus souple et plus réaliste à l’égard des phénomènes culturels communautaires que l’on devrait parfaitement admettre dès lors qu’ils ne portent pas atteinte à l’ordre public ni aux valeurs fondamentales des démocraties - n’irait bêtement pas plus loin qu’une déclaration de principe : que son application serait raisonnable, modérée et intelligente ?

C’était sans percevoir qu’à partir du moment où le législateur a stigmatisé certaines tenues tous ces élus de droite et de gauche, ces laïcs prosélytes, ces inconscients plein de bonnes intentions ( à côté de ceux qui ont cyniquement apprécié que l’on vienne enfin d’instaurer un levier légal pour de nouvelles ratonnades) ont ensemble stupidement légitimé les prises à partie de celles qui portent ces tenues ou de qui les soutient dans cette expression parfois de leur servitude, mais aussi de leur conviction ou de leur identité.

Des prises à partie qui émanent bien sûr des premiers xénophobes venus : qui pullulent de plus en plus, en ayant droit d’expression partout, non seulement dans la presse, dans les rues, les bistrots et les clubs, comme sur des sites spécialisés sur le net, mais encore tous les jours sur des portails d’accès comme Orange qui leur font une large place et entretiennent une publicité permanente (sur laquelle on tombe tout de suite) en faveur de l’islamophobie. Des prises à partie qui, aussi bien sûr, émanent de droit des forces de police dont le métier est de faire appliquer la loi , et parmi les membres de celles-ci, sans doute hélas, à un certain nombre d’agents qui sont dans leur beau rôle en pouvant en toute légitimité s’en donner à cœur joie de devoir verbaliser lorsqu’ils tombent sur de telles provocations vestimentaires. Et il est bien évident que s’il n’y a pas eu de consignes de la hiérarchie de l’État - comme il y aurait du en avoir, notamment en période de Ramadan - d’y aller mollo et de mettre la pédale douce, on réunit automatiquement des conditions propres à catalyser des affrontements et à provoquer des déflagrations. La qualité d’une gestion politique serait aussi de savoir, lorsqu’il le faut (mais on me dira, peut-être, qu’il ne le faut pas...) inspirer la tolérance, au lieu de laisser semer des haines dans le sillon d’une erreur législative.

Le blog de Gérard Belorgey : http://www.ecritures-et-societe.com


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