MANUEL CORGAS, « CAÏMAN » DE LA GUITARRA

vendredi 8 novembre 2013
par  Jean-Luc Gonneau
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Natif de Viseu, il débarque à 11ans à Lisbonne, vit chez ses grands parents, commence à apprendre la guitare. A 15 ans, il se produit pour la première fois en public, pas encore professionnel à cet âge, au Solar da Madragoa, maison de fado populaire depuis longtemps disparue, animée alors par Cesar Morgado, fadiste au style aimablement voyou qui chantait, entre autres, un « Desejo canalha » curieusement rescapé de la censure. Puis s’enchaîneront des engagements dans beaucoup de maisons de fado de Lisbonne, Adega Machado, Adega Mesquita, Lisboa à noite… à peine interrompus par le service militaire (il enregistra un disque sur le 25 avril). En 1996, il signe un contrat pour deux mois au Saudade, le restaurant du bien connu Agostinho (et ses célèbres moustaches) où il rejoint, à la viola, Casimiro Silva, autre ancien des maisons lisboètes. Il y reste un an, rencontre l’amour, et se fixe à Paris qu’il n’a plus quitté.

On l’entendra notamment durant de longues années, toujours avec Casimiro Silva, au Beirão, à Saint Ouen, au Saint-Cyr Palace de la Porte Maillot, où il accompagnera notamment la regrettée Mané Santos et Joaquim Campos, à l’Express lorsque celui-ci se situait rue Cardinet à Paris, en équipe avec le fadiste Sousa Santos et la viola de Flaviano Ramos. A la fermeture de la rue Cardinet, Manuel Corgas suit Sousa Santos à l’Arganier, dans le 14e arrondissement, où il officie maintenant chaque vendredi, avec le jeune Nuno Estevens à la viola. Et le premier mardi de chaque mois, il retrouve Casimiro Silva au Saudade, celui de Paris dans le quartier des Halles. Comme beaucoup de ses collègues, Manuel Corgas participe à de nombreuses soirées associatives, a étendu ses prestations hors la région parisienne, notamment au Luxembourg, en Belgique, en Allemagne, participe aux spectacles alliant fado et art équestre de Carlos Pereira avec notamment Conceição Guadalupe et Paulo Manuel.

Homme d’expérience, attaché aux valeurs du fado, qui se perdent un peu, dit-il, il y a moins de solidarités dans la communauté fadiste, il est un observateur discret de cette communauté, d’où la référence au « caïman », terme que nous avions employé à propos du fadiste Joaquim Campos et qui a bien plu à Corgas. Avant tout guitariste, il est aussi compositeur, auteur et parfois interprète. A la question y-a-t-il des maîtres qui l’ont influencé, il répond sans hésiter : Antonio Chainho, cet ancien accompagnateur, entre autres, de Rodrigo et de Carlos do Carmo et qui poursuit aujourd’hui, ignorant le poids des ans, une carrière internationale de soliste.

Nous avons souvenir d’une conversation avec Mané Santos, qui n’avait pas le compliment facile. Passant en revue les musiciens de fado officiant à Paris, elle avait dit : « Manuel Corgas est un musicien très complet, et son point fort, c’est sa science des introductions. Une bonne introduction à la guitare est importante pour mettre à l’aise le chanteur, et Manuel sait très bien faire ça ». Avis d’experte. Un souhait donc : entendre encore longtemps les introductions (et leurs suites) de Manuel Corgas.

Cet article est également paru dans Lusojornal daté du 6 novembre 2013 (www.lusojornal.fr)


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