TANT DE SOUFFRANCES, SI PEU DE COMBATS (1)

mercredi 19 novembre 2014
par  Jacques Broda
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"Quand deux hommes l’un à l’autre étrangers et inconnus l’un pour l’autre se rencontrent dans l’immense solitude d’un désert ou dans le silence éternel des montagnes, ces deux hommes esseulés se regardent et se saluent, ils entrent en rapport sans avoir besoin d’être présentés l’un à l’autre, ils se serrent la main sans autre forme de protocole. Ils sont seuls dans la nature hostile, mais ils se connaissent déjà bien qu’ils ne se soient jamais vus ; ils échangent une première parole et le vent, les rochers, la nature élémentaire leur renvoie l’écho de cette parole. Cette parole est déjà en elle-même une bienvenue. Telle est la parole que le voyageur solitaire ; perdu dans la nuit, adresse à un autre voyageur solitaire ; telle est la parole qu’au-delà de toute prosopolepsie mesquine l’homme adresse à un autre homme sur la chemin de la vie. Dans un monde inhumain cette salutation atteste la fraternité de deux visages et célèbrera la rencontre de deux regards..." (Vladimir Jankélévitch).

Faudra-t-il arpenter les chemins de grande randonnée du Vercors, aller jusqu’à Saint-Jacques-de- Compostelle, pour rencontrer le frère, le camarade, le pèlerin ! Pourquoi des poètes en ces temps de détresse ? Pourquoi ces corps entassés, recroquevillés, au fond des cales, embarcations de fortunes au large des côtes italiennes, par dizaine de mille, à Lampedusa, débarqués, anonymes, Syriens, Erythréens, Maliens, Somaliens... ? Secouristes aux gants blancs comme neige ! "Certes le médecin lui aussi ausculte le coeur des noyés / tel le chant en allé d’un coquillage / qui plane sur le sentier royal des secrets / là-bas où habitent les premiers-nés des sans-terre..." (Nelly Sachs).

Pour quoi des poètes en ces temps de détresse ? Pour qui Primo Lévi en 1945, a-t-il écrit ce premier poème : "Tu as dans la poitrine le froid la faim le néant / Tu as rompu en toi la dernière valeur /…/ Homme éteint si tu étais un homme fort / Si nous nous retrouvions tous les deux / Là haut dans le doux monde sous le soleil / Avec quel visage pourrions-nous nous faire face ? " Oui pour qui ? Pour qui cet appel, ce commandement, ce chemin de soi à soi. Pour qui ? Si ce n’est pour toi, pour nous, et toi ce jeune esseulé, aux trois-quarts hors-jeu.

Pourquoi des poètes en ces temps de détresse ? "Sur la gauche fleurit le martagon, fleurit sauvage, fleurit comme nulle part, et sur la droite se dresse la campanule raiponce, et Dianthus Superbus, l’œillet splendide se dresse non loin de là... moi ici, moi ; moi qui tout cela à toi puis le dire ; qui ne le dis pas, et qui ne te l’ai pas dit ; moi, avec le martagon à ma gauche, moi avec la campanule... moi ici et moi là-bas, moi, en compagnie peut-être-aujourd’hui-de l’amour de ceux qui ne sont pas aimés. " (Paul Celan)

(1) Walter Benjamin, L’Herne, n° 104, 2013


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