LA BCE ET LA GRECE : UNE IDEOLOGIE CONTRE TOUT CHANGEMENT DES PRINCIPES DE L’EUROPE

mercredi 18 février 2015
par  Gérard Bélorgey
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La position prise par la BCE, à l’égard de la Grèce - un ultimatum tel que l’explicite l’article ci dessous - est non seulement l’expression du mépris de cette autorité monétaire envers la volonté hellène de dignité et de réforme, mais encore et par dessus tout, la confirmation que l’absurde euro-zone est au sein de l’UE, placée sous la domination, sans contrôle démocratique possible, d’une idéologie monétaire de combat opérant à l’encontre des intérêts publics des nations emprisonnées sous sa coupe.

Depuis la victoire électorale du parti réformateur grec l’intoxication libérale nourrit pouvoirs et medias expliquant les uns et les autres qu’une totale restructuration de la dette grecque aboutirait à faire payer à chaque Français de plus de 18 ans près de mille euros en contrepartie de l’abandon de nos créances, tel message répété afin de mobiliser, comme l’Allemagne sait trop bien le faire, les égoïsmes contre une éventuelle solidarité avec la Grèce.

Nous n’entrerons pas, ici, dans un débat technique - dont les seules expressions, souvent déchiffrables par de seuls initiés, favorisent en réalité bien des mensonges dont celui précité - mais nous affirmons qu’il existe évidemment - comme c’est de la capacité en dernier ressort de toute banque publique souveraine - des solutions faisant pour partie appel à une dose de monétarisation de la dette grecque ; c’est ce qui permettrait parfaitement de la diminuer sans aucune conséquence fiscale significative pour les habitants des pays créanciers. Si le "quantitative easing" ouvert au bénéfice des banques par Mario Draghi pouvait comporter - de manière analogique à ce qui se passe, quand c’est en soutien des facultés de crédit à l’économie privée, avec comme conséquence de la création monétaire - une comparable ouverture au bénéfice des actions publiques de soutien à l’activité et de réponse aux besoins de services publics, il existerait diverses facultés techniques de création monétaire pour réduire la dette grecque. Voila qui donnerait l’oxygène nécessaire à ce pays, avec une diffusion, sans conséquences contreproductives, d’un peu d’inflation dans toute l’euro-zone.

Pas question ; bien sûr, d’abord, il faut continuer à punir la Grèce d’être entrée dans la zone euro : par maquillage de ses comptes... avec la complicité de dirigeants actuels de l’autorité monétaire, qui voulaient, évidemment, même au prix de mensonges et de risques (ce qui est d’ailleurs le moyen classique de progression de l’Europe), élargir leur système de colonisation renforcée à un pays de plus, puis d’avoir, ce qui dans l’illusion de l’euro fut vrai, fait preuve de laxisme ensuite, enfin d’oser se rebeller aujourd’hui. Mais il faut surtout faire savoir à tous que la BCE n’assouplira pas sa politique en faveur du secteur public (ce qui lui est indirectement interdit par les Traités) comme elle vient de très largement le faire en faveur des marchés (ce qui lui est juridiquement possible en tant que régulateur de la dose d’inflation). Elle prend donc une position de combat partagée par les présidents de toutes les institutions européennes et exprimée par tous les organes de l’appareil de Bruxelles.

Cette position de combat exprime le cœur idéologique qui habite la conception de l’Europe. Déficit et dette ne peuvent être l’objet, même de manière très contrôlée, de traitement monétaire ; le domaine de l’action publique et sociale doit rester strictement soumis, par méfiance envers ce qui est État, à l’orthodoxie budgétaire et les incursions des organes publics comme acteurs dans l’économie marchande sont proscrits au bénéfice du principe de l’appropriation privée (fut-elle étrangère) des moyens de production et, grâce au libre échange, à la concurrence aboutissant à la compétition mondiale par les prix et à la déflation salariale, comme moyen et objectif d’une politique européenne de classe .

Tel affichage par les libéraux d’un ordre de bataille absolutiste leur paraît pertinent au moment où s’annoncent, de la part de l’Espagne et peut-être d’autres, des demandes de révision des options monétaire et budgétaire totalitaires (s’opposant à croissance économique, à équité sociale et à besoins de dépenses pour la sécurité publique) qui nous gouvernent aujourd’hui.

Les principes restent évidemment que tout est possible à qui emprunte les circuits de l’économie privée, mais que rien de significatif ne sera jamais accordé à l’action publique alors même que celle-ci peut avoir des effets économiques efficaces et répondre à des besoins sociaux et publics indispensables. Alors que l’Europe (sociaux libéraux inclus) est contre l’économie mixte, le grand nouveau péché grec c’est d’avoir interrompu les privatisations. Sous l’œil toujours grave mais toujours asservi de l’européiste Hollande, qui ne s’étant pas bien battu pour le changement est aujourd’hui, comme hier, convaincu et enchaîné par le système - non seulement la Grèce ne sera pas aidée à se réformer dans un sens équitable, mais sera sans doute conduite à merci, et plus encore, la Grèce ne sera pas un levier de changement de l’Europe. C’est contre ce risque là que toute la machine idéologique, toute la puissance mécanicienne des institutions bancaires, tous les moyens médiatiques d’intoxication par la doxa libérale vont maintenant se conjurer pour étouffer dans l’œuf toute hypothèse de changement.

On ne pourra vraiment pas s’étonner que des militants CGT, entre autres, et que les enfants ou adeptes d’autres syndicats, votent FN. Ce qui, il est vrai, en définitive ferait l’affaire du pouvoir en place pour la prochaine présidentielle, alors qu’il faudrait que pour son salut la France sache écarter ces deux grandes menaces allant de pair que sont les excès européens qu’elle sert trop bien et les succès lepenistes qu’elle combat trop mal.

Le blog de Gérard Belorgey : http://www.ecritures-et-societe.com


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