LA DIGNITE EST LE BIEN COMMUN DU NOUS*

dimanche 24 janvier 2016
par  Jacques Broda
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L’humilité est un ’sas’ d’entrée entre le Moi et le Moi profond. L’humilité du pauvre accepte la condition dans la dignité, le manque, qui n’est pas un manque à être mais un manque à posséder. Le pauvre ne confond pas ’l’être’ et ’l’avoir’, il sait que la vie vaut plus que tout, et celle de ses enfants. Il sait, le tout n’est pas possession mais allocation ! Au sens d’être locataire, mais aussi d’allouer à quelqu’un son dû. Il sait de générations en générations, la place dans la vie est une bénédiction, il est humble au sens ’d’homme de peu’, mais aussi de modestie. Il se contente de ce qu’il a non par démission, ni soumission, mais par lucidité, et véracité de classe.

Il sait faire la différence entre l’être et le paraître, et maintient toujours un écart entre son ’Moi’ et son ’Etre’. L’humilité est un rapport de tendresse de soi à soi, au fond de lui le pauvre sait qu’il vaut plus que ce que l’on en dit, quand on le désigne, à une place, un rôle, qui ne sont pas les siens.

Il y a entre les pauvres un implicite, une complicité de classe, même si elle ne s’énonce pas ainsi. Une connivence. On est du même monde, de la même terre, de la même histoire, du même bord : l’histoire des humbles, des persécutés, des exploités, des réprimés, des spoliés, des exterminés, des humiliés, des pourchassés, des misérables, des esclaves. Cette misère, cette détresse, cette agonie, nous en avons fait une force, un désir, une puissance, une identité. Nous sommes les pauvres.

Quand l’enfant paraît c’est pour chacun de nous une re-naissance, une re-conquête sur la misère et la mort. Le temps de l’amour brise le temps de la mort, de la guerre, et de la violence. Le pauvre le sait, il sait que le temps est compté, chaque minute, chaque seconde est précieuse, décisive, irréversible. Il n’a pas le temps d’être nostalgique.

La magie de l’amour le rend éternel ou plutôt immortel. Nous tous qui sommes ici pouvons témoigner de cela, en nous, autour de nous. Nous tous pouvons penser que si le monde est ce qu’il est dans sa vie, son bonheur, sa valeur, sa lutte et son espoir, c’est grâce à ceux-là, depuis la nuit des temps, dont nous sommes les héritiers-témoins, voire bourreaux.

Car j’ai donné ici une conception idéale, idéelle de la réalité en sa véracité ontologique. Tous nous savons qu’il n’en ait pas toujours ainsi, loin de là. Et pourtant. Ne pas se voiler la face. Nous le savons, tout n’est pas rose, ni rouge. Nous sommes lucides. Quand le pauvre quitte l’humilité le pire est à craindre.

Certes pauvre n’est pas le prolétaire, mais il en est le caractère essentiel dans sa vulnérabilité, sa précarité, son oppression. Je ne parle pas ici, pas encore, de ’conscience de classe’ ni ’d’organisation de classe’, je parle d’un état antérieur et postérieur à l’idéologie, d’une ontologie et d’une métaphysique. Je parle de l’Innocence première et de l’humilité seconde.

Ce court article porte haut et fort une autre parole sur le sujet humain. Une parole de réconciliation du sujet avec lui-même. Certes il reste divisé, mais la doublure a un reste. La dignité. " L’humble n’est plus une conscience déchirée, il est une conscience recousue. " *

*Jankékévitch, V. " Les vertus de l’amour ", Flammarion, Paris, 1986.

Cet article a été publié dans L’Humanité.


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