DEMOCRATIES EN LOQUES

mercredi 24 février 2016
par  Jacques-Robert Simon
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Les dirigeants des démocraties occidentales semblent livrer leur peuple à des puissances que personne, pas même eux, ne peut ni connaître ni maîtriser. Les démocraties semblent disparaitre sous les coups d’un radicalisme religieux aux multiples servants dont le dieu s’appelle « Marché ». Comme toutes les divinités, il prétend incarner la Vérité, une vérité éternelle, absolue, indiscutable, valable partout : l’équilibre offre-demande se régule seul sans aucun besoin de décisions politiques, si ce n’est pour détruire les structures gênantes héritées d’un passé révolu. Les dirigeants sont-ils serviles ou impuissants ?

Une démocratie, pour être opérationnelle, désigne des représentants et, parmi ceux-ci, un dirigeant en charge des décisions finales. D’évidence, tout responsable ne doit demander à son équipe, groupe ou « peuple » qu’une seule chose : des efforts. S’il suffisait d’aller au plus facile, à quoi le responsable servirait-il ? Les efforts sollicités seront d’autant mieux acceptés, que celui qui les formule sera aimé au delà de la raison, quasi-déifié. Mais le mode de désignation des élus, et surtout leur comportement, ne permet pas la distanciation avec le « commun » nécessaire à une dévotion : les gens perçoivent mieux leur caractère ordinaire qu’extraordinaire. Des efforts doivent donc être demandés mais le système structurellement ne le permet pas ou plus. Le futur élu doit obtenir l’agrément d’une majorité, il va donc s’appliquer à l’obtenir : ses propositions dépendront essentiellement des rapports de force qui se dessinent pour les élections auxquelles il se présente. Plutôt que d’expliquer clairement et objectivement les enjeux et les défis qu’il affronte, que le pays affronte, il va s’efforcer de déterminer la martingale gagnante. Si son sens politique va dans le sens de l’histoire (lire : si ses supputations électorales sont correctes), il va pouvoir triompher. L’Art du Verbe est considéré comme le plus grand des arts pour faire carrière en politique. Notre candidat devenu dirigeant ne pourra pas, au moins d’une façon cosmétique, ne pas tenir ses promesses de jours meilleurs, il va devoir verser des financements aux uns, faire des dégrèvements aux autres. Il n’est pas nécessaire que ces actions soient associées au bien de tous, il suffit, mais c’est impératif, que les uns murmurent leur contentement (ils ne feront jamais plus de bruit), tandis que les autres, une minorité de préférence, hurlent de rage afin que les médias de toutes sortes soient saturés de leurs cris. Le problème qu’il affronte, c’est qu’il ne dispose pas des crédits nécessaires. Il ne peut pas non plus faire une quelconque redistribution des richesses qui s’imposerait par la justice ou le bon sens. Quand aux miracles permis par la « croissance », même les plus dévots n’y croient plus. Qu’à cela ne tienne, notre leader va emprunter sur les « marchés ». Le Qatar, par exemple, est devenu l’un des premiers investisseurs mondiaux grâce aux devises encaissées par ses ventes de pétrole aux consommateurs asiatiques ou occidentaux. L’importance des investissements financiers et des enjeux géostratégiques rend illusoire toute gestion autonome et démocratique d’un État par ses dirigeants. L‘impuissance des gouvernements pour lutter contre des déséquilibres économiques et sociaux ne peut que conduire à une remise en cause radicale de l’ensemble de la classe politique. Les élus ne pouvant plus grand-chose pour leurs électeurs - ceci indépendamment de leur talent personnel ou de leurs convictions - il faut occuper la scène politique en focalisant l’attention des masses grâce à l’émoi qu’engendrent les choses insignifiantes mais fortement symboliques : du « mariage pour tous » à la déchéance de la nationalité, ou, pour les plus anciens, l’abolition de la peine de mort et le « droit » à l’avortement. Tout fut fait pour mettre sous le boisseau le plus important, la lutte des classes, quitte à favoriser la lutte des sexes, des jeunes contre les moins jeunes, de la fonction publique contre le privé, des CDI contre les CDD… Le symbolique mis en avant ne créait que des divisions supplémentaires parmi ceux qui auraient eu besoin d’union pour lutter contre une domination d’autant plus impitoyable qu’elle avait perdu ne serait-ce qu’un vernis chrétien dont elle se paraît jusqu’alors.

Il ne faut plus accuser les politiques de ne rien faire pour leurs électeurs, ils n’y peuvent rien, la raison est structurelle. Cependant, il serait peut-être possible de redonner à la démocratie tout le respect que chacun lui doit : il suffirait que les élus croient autant en ses vertus que les électeurs et qu’ils abandonnent ce rôle de pitre pendu aux ficelles de communicants : « Les habiles finissent toujours par avoir tort ». Il faudrait qu’ils cessent ce rôle de tartuffe qui est une insulte faite à tous mais en particulier aux classes populaires peut-être plus prêtes à croire en l’État, car la Nation est à peu près tout ce qu’il leur reste, dépouillées de leur emploi, de leur utilité sociale. Couches populaires qui se sentent méprisées par les subsides alloués alors qu’elles ne demandent qu’à participer pleinement à la collectivité. Il faudrait … mais ils ne seraient peut-être pas élus !


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