SOLAIRE ET MONDIALISATION : DE JEAN-MARC REISER A NADINE MORANO

lundi 9 mai 2016
par  Jacques-Robert Simon
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Transition technologique, énergétique, civilisationnelle : un autre monde semblait déjà nécessaire dans les années 1980 et des solutions techniques pour mener à bien ces mutations existaient dès cette époque. Mais qui suivre, Mercure le dieu du commerce mais aussi des voleurs ou Vénus déesse de l’amour ? Je suis conscient que prononcer le mot amour est devenu quasi-obscène : il est de bon ton d’utiliser les mots cul, bite, clitoris, sodomie, fellation, pas le mot amour. Jean Marc Reiser illustrait déjà, il y a bien longtemps, ces mots orduriers de dessins inégalables. Sa vie était faite de marginalité : sa mère femme de ménage, son père inconnu, l’auto-apprentissage du dessin, tout ceci ne le destinait pas à la reconnaissance par les foules qu’il atteindra cependant. Il meurt en 1983. C’était un intellectuel, car à quoi sert un intellectuel sinon à se libérer du carcan des dogmes, des croyances, des habitudes, des hiérarchies. Reiser réussit une libération du verbe sans affecter les structures sociales, ce qui était pourtant son principal objet. Reiser proposa en effet d’équiper le Sahara en dispositifs solaires pour transformer la lumière en énergie utilisable. Cette proposition révolutionnaire ne sera concrétisée que par quelques uns de ses dessins. La dérision, la provocation, ne se sont pas cantonnées aux périodiques « bêtes et méchants », elles se sont institutionnalisées. Michel Houellebecq, dont beaucoup des textes n’ont rien à envier aux dessins de Reiser, a reçu le plus prestigieux des prix littéraires français, le Prix Goncourt. Que le cul entre à l’Académie n’a rien de choquant, mais c’est la marque de nouveaux repères offerts à la multitude. Après des siècles et des siècles d’enseignement alliant bonheur ou félicité aux efforts et aux frustrations, s’ouvrait un nouvel horizon où les jouissances immédiates étaient non seulement permises mais reconnues comme utiles pour oublier la mort, pour vivre donc. Les bommes politiques espèrent être élus, c’est leur espérance première. Pour y parvenir il leur faut rassembler une majorité d’électeurs. Des spectacles orchestrés par des professionnels permettent d’induire des orgasmes politico-médiatiques qui ne durent cependant guère plus que le temps des élections. Les « élites » parfaitement conscientes que les jouissances ne peuvent qu’apaiser, regardent les « milieux populaires » se débattre dans la jungle qu’elles ont créée à leur profit. La mondialisation permit des investissements massifs dans certains pays émergents afin de produire des articles médiocres vendus en masse aux pays riches, ce qui rentabilisait les investissements initiaux. Au delà de généralités, il est plus édifiant de voir, dans un cas précis concernant l’énergie solaire, les ressorts et les résultats de la « mondialisation ». Jean-Marc Reiser avait parfaitement compris que l’énergie solaire nécessite de grandes surfaces disponibles. Pour subvenir aux besoins de l’Union Européenne et de l’Union du Maghreb, il faut une surface représentée par un carré de 100 km de côté en postulant un rendement photon/électricité de 100%. Le talentueux dessinateur s’interrogeait sur la technique utilisable, pourtant elle existait déjà depuis un certain temps : les cellules solaires à base de silicium furent décrites en 1954 par des chercheurs des Bell Labs. Les rendements atteignent avec ce type de cellules 10-15%, ce qui augmente la surface nécessaire de notre carré d’un facteur environ 10. Des équipes Françaises sont alors performantes tant dans le secteur de la recherche que du développement. Il n’y a plus qu’à… Confier ce projet à un Commissariat à l’Énergie Solaire sur le modèle du CEA était le plus raisonnable, les dieux du commerce s’agitèrent tant que ce ne fut pas possible.

Un an après l’accession au pouvoir de François Mitterrand (1981), l’embryon de commissariat qui existait, le COMES fut démantelé. Les dirigeants politiques du moment, occupés à extirper le Parti Communiste Français du paysage politique, ne misèrent pas sur la voie pourtant stratégique de production d’électricité solaire au Sahara. Pourtant, tous les ingrédients nécessaires étaient rassemblés en France et au Maghreb : des chercheurs réputés, des entreprises innovantes (Solems, Photowatt), des liens ancestraux des deux côtés de la méditerranée, des intérêts à long terme convergents. Dès l’origine, Photowatt, créé en 1979, maîtrisait à Bourgouin-Jallieu toutes les étapes nécessaires à la fabrication des modules photovoltaïques à partir de lingots de silicium. Le silicium pour maintes raisons était et demeure le matériau de choix pour faire des cellules solaires. Il fallait donc produire et installer des cellules solaires au silicium au Sahara en collaborant étroitement avec les scientifiques des pays limitrophes. Qu’advint-il ? Nadine Morano se battit pour équiper une ancienne base aérienne de l’armée de panneaux solaires. La centrale mise en service en 2012 recouvre 367 hectares. Les modules solaires photovoltaïques sont fabriqués par la société américaine First Solar avec une technologie à base de tellurure de cadmium (CdTe). L’électricité produite par la centrale solaire de Toul bénéficie d’un bonus pour que sa vente au réseau soit possible. La centrale solaire photovoltaïque de Cestas près de Bordeaux (300 MW) est en construction en 2015. La centrale s’étend sur plus de 300 terrains de football. Plus de 200 ouvriers sont à pied d’œuvre pour installer un million de panneaux solaires. Une société française, Néoen coordonne les travaux, les ouvriers sont eux hongrois et les panneaux sont chinois. Elle figure parmi les centrales les plus rentables en fonctionnement dans l’Hexagone, mais le tarif de l’électricité produite par la centrale reste supérieur au prix de l’électricité sur le marché. Pour illustrer les mécanismes de « marché », notons encore que la Chine est soupçonnée de faire transiter ses cellules photovoltaïques par Taiwan et la Malaisie pour ne pas payer les taxes anti-dumping imposées par l’Europe. L’alliance idéologique entre politiques et financiers a donc eu comme résultats en 35 ans d’installer les mauvaises cellules, au mauvais endroit, par des ouvriers importés tout en ruinant le savoir-faire national et en ne stabilisant en rien des jeunes maghrébins qui auraient pu se consacrer à un projet essentiel. La Fondation Desertec créée en 2003 se donne bien comme vocation d’équiper les déserts en dispositifs solaires, mais 12 ans après, seule une centrale solaire thermodynamique a été inaugurée au Maroc. Il était essentiel que le projet « énergie solaire au Sahara » soit le fait des Mauritaniens, des Marocains, des Tunisiens, des Algériens, des Libyens eux-mêmes. Ce ne sera pas le cas. La recherche, le développement, l’industrie de l’énergie solaire ne seront plus Français et ne seront pas davantage issus du Maghreb. Qu’a-t-on obtenu à la place : l’exacerbation des inégalités, la guerre des religions, la montée de la barbarie et un conformisme intellectuel qui glace d’effroi.

N.B. Un rapport sur le sujet est disponible gratuitement par envoi d’un courriel à grimm.edition@gmail.com


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