LA GAUCHE EN FEU OU FEU LA GAUCHE ?

lundi 9 mai 2016
par  Didier Le Scornet
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On comprend bien la tentative des supporters de la primaire à gauche. Sauver à tout prix la possibilité d’une présence de « la gauche » au deuxième tour de l’élection présidentielle. Au-delà du fait que même unie en toutes ses composantes rien n’indique que « la gauche » pourrait pour autant assurer cette présence face à la droite et l’extrême droite, tant son étiage électoral global est (historiquement) bas, cette tentative se heurte a bien autre chose qu’à la (bonne ou mauvaise) volonté des partis politiques qui la composent. Car cette tentative repose sur un certain nombre d’idées qui relèvent désormais plus de la fiction que du réel.

Premièrement cette idée qu’il demeurerait « un peuple de gauche » qui reviendrait à ses amours si la « gauche » présentait un « vrai » programme de gauche uni et même « commun » ! Comme si il y avait là une armée de réserve qui n’attendrait que ça, notamment chez les abstentionnistes et votes blancs. Tous les résultats d’élection, tous les savoirs concernant l’abstention démontrent pourtant que le vote des abstentionnistes (pour ceux qui vont « régulièrement » même si sporadiquement voter, suivant l’intérêt ressenti lors des différents niveaux d’élections) ne se distingue pas significativement des votants systématiques. Plus inquiétant pour la gauche les moins votants, les abstentionnistes permanents qu’un sursaut unitaire de gauche – voire un vote obligatoire – seraient sensé ébranler se retrouvent surtout dans les catégories sociales et d’âge qui portent désormais leurs suffrages très principalement à droite et à l’extrême droite. « La gauche » dans sa globalité, gauche de la gauche inclue, a l’électorat qui s’éloigne désormais le plus des catégories populaires et des jeunes. Celui le plus diplômé, le plus en phase avec les opportunités liées à la mondialisation. La tentative de préserver voir d’élargir son électorat désormais « naturel » passe par l’obligation de faire les politiques sur lesquelles le cœur de cet électorat, classes moyennes aisées, classes supérieures se retrouve. Car même s’il n’y a pas de déterminisme absolu entre représentants et représentés l’écart ne peut pas être infini ! Le problème, cruel, de « la gauche », l’évolution de ces politiques réelles, ne résident-ils pas déjà là ? Sa capacité à bien figurer électoralement dépend du non vote, comme du vote gelé au Front National, de l’électorat populaire qui ne fait justement plus partie du « peuple de gauche ». C’est terriblement douloureux pour nombre de ses militants et électeurs sincèrement préoccupés de la situation réservée aux pauvres et aux classes populaires. Mais cette douleur ne vaut pas rédemption.

Deuxièmement l’idée qu’on peut effacer tout de l’expérience vécue par les populations, bien plus douloureusement encore que par les militants de gauche. Que des partis politiques de gauche trouveraient un programme, « commun », ouvertement présidentiel, qui cette fois-ci, se dégagerait des mêmes politiques suivies par la droite et la gauche et qui, cette fois ci, serait scrupuleusement et honnêtement appliqué. C’est juré ! Qui peut encore croire à ce genre de fable ? N’est-ce pas là dénier l’expérience comme l’expression la plus massive, la plus unie et la plus majoritaire de la population ? Pourquoi cette fois ci, en utilisant toujours les mêmes méthodes, en les exacerbant même, ça marcherait ? Pourquoi ne pas prendre au sérieux la défiance absolue désormais des populations vis-à-vis des partis politiques, de leurs façons de produire des programmes dont les électeurs savent pertinemment qu’ils ne seront pas appliqués ? A ce sujet il faut prévoir que la droite arrivant au pouvoir s’apprête à jouer, du moins à tenter, un coup de maître, un coup de massue. Forte du très puissant discrédit lié à la non application par Hollande de son programme de 2012, s’appuyant sur le cadre institutionnel autoritaire maintenu et aggravé par lui, la droite va tenter d’appliquer réellement ce que sa cohorte de présidentiable annonce uniment d’une même voix : prendre le maximum de mesures réactionnaires et ultra libérales dans un minimum de temps. « Annoncer ce qu’on va faire ». « Faire ce qu’on a annoncé ». « Grâce » à la défection généralisée de « la gauche » le paradoxe est complet : un « programme » défini a priori risque bien cette fois ci d’être appliqué !

Difficile sur ces bases de faire de la politique comme avant, de reconstruire « la gauche ». D’autant que son parti majoritaire, le PS, ne peut que radicaliser la politique de sa base électorale, Hollande Valls et Macron ne cachent pas leurs déterminations en ce sens. Que ce parti est assuré que sous le syntagme « la gauche » l’électorat de gauche, ses partis mêmes réticents, continueront très majoritairement à le soutenir électoralement face au repoussoir de l’« l’extrême droite ». Les Régionales ont parlé ! Il n’y a pas à en faire des tonnes pour rallier aux seconds tours les autres partis de gauche et leurs électorats (Bartolone a été vertement rabroué pour ne pas l’avoir compris…et pour perdre ainsi). Cela laisse le champ ouvert pour construire une alliance nationale gagée sur les forces sociales intéressées à la mondialisation libérale telle qu’elle domine actuellement. La gauche au gouvernement a bien une stratégie électorale, pas seulement présidentielle mais législative, à laquelle le Président de l’UDI, par exemple, reste attentif si la droite devait faillir !

Seule une configuration non pensée sur la tripartition « gauche », « droite », « extrême droite », sur le clivage gauche/droite peut conduire à une autre façon de produire du politique. Car ce « tripartisme » avec un FN à un haut niveau électoral endigué institutionnellement est la condition de la poursuite et l’aggravation des politiques actuelles, de la désappropriation du politique par les citoyens. Il permet le containement durable des classes populaires et des jeunes. Il conduit non pas au dépassement mais à l’addition des politiques « de gauche » et « de droite », à la fabrication des politiques par le haut, par les partis. Reconfigurer l’espace politique, trouver et se positionner sur le clivage politique le plus pertinent désormais constitue la condition essentielle du renouvellement politique et culturel nécessité par l’affaissement pas seulement électoral, social, éthique mais paradigmatique de « la gauche ».

Le clivage démocratique des 88 % de défiants vis à vis des partis, des programmes et des candidats a priori apparaît convainquant et directement opérationnel. Il permet de penser et de parler dans le langage de la majorité, y compris électoralement. De ne pas exclure a priori les classes populaires telles qu’elles sont et s’expriment. C’est un clivage positif qui repose sur le très profond désir de compter directement, individuellement et collectivement, dans la définition continue et le contrôle des politiques concrètes. C’est un clivage relativement différent de celui défini par Podémos en Espagne. Non pas les 99 % vis-à-vis du un pour cent, clivage qui n’a pas de réalité idéologique et sociale, ni exactement le clivage du peuple vis-à-vis d’une « caste » incluant les dirigeants politiques bien plus corrompus en Espagne qu’en France. On ne peut pas méconnaître que la construction conceptuelle et pratique de ce clivage politique ne va pas de soi notamment pour des militants qui conçoivent « la gauche » comme la valeur synthétique de l’humanisme, de la laïcité, de la République, de la politique. Cela ne sera certainement pas la moindre difficulté pour produire cette construction novatrice !

Le Blog de Didier Le Scornet : http://lescornet.fr/blog/


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