LA SECURITE PASSE PAR LA TRAQUE DES INEGALITES

samedi 27 août 2016
par  Jean-Luc Gonneau
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Nous sommes en guerre, nous dit-on en hauts lieux. Guerre impossible, répond avec subtilité Eugenio Raul Zaffaroni, éminent juriste latino-américain, dans ces colonnes. Etat d’urgence qui va durer ;au moins, un an (un coup de chapeau au passage, rare car cela risque d’être le seul, au député Jean-Frédéric Poisson, pote de Christine Boutin, catho tradi peu suspect de gauchisme, qui a voté, avec la gauche de gauche, contre la prolongation de l’état d’urgence, l’estimant inutile), soupçon généralisé porté sur une partie de la population, les « musulmans », en réalité toutes celles et ceux qui, venus d’un pays ou l’islam est implanté, sont d’office considérés comme musulmans. Oh certes, main sur le cœur, on fait en hauts lieux la différence, en paroles, entre bons et mauvais musulmans, tout en oubliant qu’il existe, et plus qu’on ne le pense, quand on y pense, des concitoyens d’origine maghrébine, africaine qui ne sont pas musulmans. Mais sur le terrain… La dérisoire affaire du burkini, heureusement bloquée par un jugement opportun du Conseil d’Etat, a montré que pour certains élus et policiers, la nuance entre « bons » et « mauvais » ne fait pas tilt. Va-t-en guerre en chef de la « gauche », Manuel Valls, entraînant dans son sillage le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, dont on pouvait attendre mieux, se complait dans la surenchère sécuritaire avec les brailleurs les plus vulgaires de la droite, les Sarkozy, Ciotti, Wauquiez, Morano, on en oublie mais la Banquise n’a que seize pages. Avez-vous remarqué que pendant que cette meute s’égosille, Marine Le Pen ne dit rien ? Maline, la Marine, tout bénef’ pour elle, sang froid pendant que les autres s’énervent. A l’autre bout de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon a rappelé avec mesure, ce qui n’est pas toujours le cas, quelques constats qui devraient être d’évidence : stigmatiser, c’est diviser, le terreau du terrorisme, ce sont les inégalités plus que le fanatisme religieux, quand bien même celui-ci existe aussi.

L’examen des parcours des terroristes identifiés ces derniers, s’ils ne sont pas homogènes (présence, par exemple, de convertis sans antécédents familiaux avec l’islam, niveaux d’instruction divers), présente cependant une quasi constante : un mal être dans la société. Avec des causes diverses et souvent cumulées : difficultés économiques, chômage endémique, échecs scolaires, problèmes familiaux, promiscuités avec la délinquance « ordinaire » issue de cette situation, trafics, vols, bref les maux récurrents des cités difficiles souvent ghettoïsées par la négligence, l’incompétence et parfois le calcul de certains élus locaux, maintes fois décrites dans des avalanches d’analyses de terrain sans que les pouvoirs publics agissent, à quelques exceptions près. Au contraire même : on voit des services publics se réduire, des services de proximité s’éteindre. Cela est, mais pas seulement. Car certains des individus impliqués dans les visées mortifères de Daech ne viennent pas de ces cités. Mais ce qu’ils partagent avec les autres, c’est le sentiment d’un horizon bouché, d’une incapacité à trouver une lace dans la société. Evidemment, ce sentiment ne conduit pas automatiquement au terrorisme, mais il en est le terreau. Territoires oubliés de la république, lit-on parfois. Le Front national a bien identifié le problème, sans comme souvent proposer de solution crédible (mettre tout sur le dos de l’étranger, même là où il est rare, est à la fois erroné et dangereux), mais il en parle et cette parole est hélas écoutée. Les élites de droite et de gauche, par contre, sont d’une discrétion de violettes sur le sujet. Ha, les ors de la république. Le sentiment d’horizon bouché, d’inutilité sociale est probablement exacerbé par l’étalage par les médias et donc de la publicité de produits, de modes de vie inaccessibles pour une majorité de français et plus encore par les classes dont les revenus sont les moins élevés, créant une sorte de pornographie de l’inégalité. Une évasion, très partielle et automutilante peut-être trouvée dans les trafics de l’économie parallèle : on sait depuis longtemps que dans les favelas brésiliennes, le taux d’écrans plats dernier cri dans les habitations les plus modestes est étonnamment élevé. Et ils ne viennent pas du Darty local.

Lutter contre les inégalités est la priorité des priorités. Cela ne veut pas dire que l’action de la police et de la justice est inutile. Sauf que : Sarkozy a détruit la police de proximité que Jean-Pierre Chevènement avait renforcée, avec succès, il a détruit les Renseignements généraux, qui certes ont perdu des années à assister à des réunions des partis politiques étiquetés d’extrême gauche, mais qui, par leur connaissance du terrain, seraient particulièrement utiles dans la lutte contre les réseaux terroristes. Autrement plus que les contrôles au faciès qui sont parfois le quotidien de certaines forces de l’ordre. Dans ce domaine comme dans tant d’autres, l’actuel gouvernement s’est contenté de mettre ses pas dans ceux de la droite qui l’a précédée.

Lutter contre les inégalités, oui, mais comment ? On y reviendra.


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