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LE MAITRE DE SAINTE EUPHASIE, (TROISIEME EPISODE)

lundi 19 septembre 2016
par  Hervé Mesdon
popularité : 100%

Toute la journée Gaëtane s’était préparée pour l’évènement, elle avait longuement fait des essayages et elle s’était décidée pour un haut moulant et sans manches d’un rouge éclatant, un jean et des tennis noirs. Passant en coup d’ vent, Pauline avant midi : « simple surtout, tu fais simple ma chérie ». Lucie avait téléphoné vers 4 h alors que devant la glace elle étudiait des poses : « la plus naturelle possible ». Du coup Gaëtane avait décidé, pas de parfum, juste l’odeur du savon. Puis Jeanne, toujours au téléphone : « sois détendue, c’est l’essentiel ».

A 9 h elle sortit de chez elle et y alla à pied. Tout au long du chemin, mille choses lui traversèrent l’esprit, en vagues, en lambeaux qui faisaient des vagues sur lesquelles flottait en permanence l’image de son corps nu : ses seins petits mais accrochés haut et aux tétons que la moindre émotion durcissait et projetait en avant, son ventre un peu lourd, son cou long et fin, ses jambes trop courtes à son goût et surtout, au premier plan et comme en majesté, dominant le tout, son imposante croupe si disproportionnée par rapport au reste de son corps.

Elle eut le temps de songer que c’était la première fois que son corps allait ainsi être exposé, examiné et mis en pièces et elle savait à quel point l’œil de Charles pouvait dépecer. Avec angoisse elle se demanda si elle serait à la hauteur, sa propre chair, sa peau, ses muscles n’allaient-ils pas subitement la lâcher, la trahir, l’abandonner ?

Elle avait eu le temps de voir passer comme des flashes les images de Pauline et de Lucie dans le plus simple appareil et de les comparer à l’idée qu’elle se faisait d’elle-même. Et puis dans sa tête il y avait eu plusieurs fois Marchalaud la regardant, les yeux de Marchalaud successivement langoureux, amusés, dédaigneux, sévères, critiques, moqueurs... À deux ou trois reprises elle avait failli renoncer et rebrousser chemin. Il était 10 h moins 5 quand elle sonna, chaque fibre de son corps vibrait d’appréhension et d’impatience.

Ce fut Marguerite, la jeunette qui servait à Marchalaud tout à la fois de téléphoniste, de cuisinière et de majordome, ainsi probablement qu’à d’autres usages plus intimes, qui lui ouvrit. Elle la conduisit au vestiaire : « vous savez ce qu’il faut faire, je suppose ? » Un « oui » s’étrangla dans la gorge de Gaëtane. Un simple rideau séparait le vestiaire de l’atelier où elle entendait siffler le maître. Elle se dévêtit... un dernier effort... tout allait basculer... elle écarta le rideau : « avancez Gaëtane, avancez ! »

Marchalaud était affalé dans un vieux fauteuil, un grand verre de whisky à la main. Avec un large sourire il lui tendit le verre : « le verre de la condamnée, il faut que je vous vois d’abord, un peintre il faut que ça voit, vous comprenez ! » « Alors vous allez tourner, marcher, vous asseoir, faire ce qui vous passe par la tête en buvant votre verre de whisky, vous n’arrêterez que quand le verre sera vide, vous allez voir petit à petit le whisky va vous détendre ».

Quand le verre de Gaëtane fut vide, c’est vrai qu’elle était plus détendue. Marchalaud lui dit : « je crois que je vais vous commencer par le cul Gaëtane, vous avez un cul comme une jument de brasseur ». Il la fit s’asseoir sur un haut cube de verre dans une position qui était celle de La Baigneuse Valpinçon quand Ingres l’avait peinte et il se mit au travail. Deux heures durant elle entendit dans son dos crisser les fusains sur le canson, affûter des crayons, froisser des papiers, installer d’autres feuilles. Marchalaud parfois s’approchait et d’une main ferme lui faisait modifier la position d’un bras ou des hanches. Une fois ou deux sa main vint aussi caresser le modelé de sa fesse. L’état proche de l’ivresse dans lequel l’avait mise le grand verre de whisky fut bien utile à Gaëtane ce soir là.

« Demain, même heure et vous éteindrez en partant » et Charles l’abandonna, emportant dans un énorme carton à dessins tout ce que d’elle il avait produit. Gaëtane s’était rhabillée, avait éteint, était sortie, la fraîcheur de la nuit l’avait dégrisée un peu, elle était heureuse, elle avait le sentiment d’avoir su « donner son corps » avec simplicité, elle en était fière. Elle le sentait plus pur, paré d’une jeunesse neuve et elle aurait voulu être déjà demain soir. (à suivre)


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