MONDIALISATION : ELITE QUI DIRIGE ET POPULACE QUI VOTE

lundi 24 octobre 2016
par  Jacques-Robert Simon
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Les décideurs, qui représentent environ 1% de la population mondiale, imposent de plus en plus volontairement un modèle dit libéral à tous les peuples de la planète. Pourquoi cette volonté de dominer sans partage : le désir du meilleur des mondes pour tous ou seulement pour eux-mêmes ? Penseurs et financiers ont constaté que des élections libres reflétaient la somme des égoïsmes et ne pouvaient pas (ou très difficilement) imposer l’intérêt général même par un forgeage incessant des mentalités par un spectacle politique. Une collectivité nécessite un processus décisionnel opérationnel : le glissement de la démocratie vers le social-libéralisme devenait inéluctable. Les élus s’occupent du social, les financiers de tout le reste, c’est à dire l’essentiel. Vouloir organiser, policer, dominer le monde fut l’idéal de tous les hommes de pouvoir qui régnèrent et dont les noms constellent les livres d’histoire. La mondialisation américano-libérale n’est que la tentative contemporaine pour y parvenir. Mais est-ce une nécessité de rendre semblables peuples, peuplades, cultures ? La cohérence d’une société peut être obtenue par l’acceptation raisonnée des différences, elle peut être aussi obtenue en remplaçant le peuple par la populace sensible seulement aux instincts pour les uns et au désir de domination pour les autres. Deux problèmes à l’échelle mondiale se posaient au siècle dernier : la surpopulation et les inégalités Nord-Sud. Comment les partisans inconditionnels de l’égalité d’une part, et de la liberté d’autre part abordèrent-ils ces défis ? L’augmentation mondiale de la population inquiétait nombre d’analystes : une très inquiétante explosion démographique allait rendre insuffisante les ressources de la terre. Thomas Malthus (1766-1834), proposa de limiter la croissance de la population pour éviter d’effroyables famines. Malthus était contemporain du décollage industriel anglais et l’accroissement de population s’accompagnait d’une augmentation importante des émissions de gaz carbonique (CO2) par l’utilisation de plus en plus massive d’énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon). Le passage d’une source naturelle d’énergie, celle associée à la photosynthèse, aux énergies fossiles était inévitable tant l’avidité en ressources était grande. La transformation des photons lumineux en matière végétale est inefficace, le rapport énergie stockée sur énergie lumineuse reçue est inférieur à 1%. Les combustibles fossiles fournissent une énergie solaire stockée sur des centaines de milliers d’années, ce qui fournit dans l’instant une bien plus grande quantité d’énergie que la photosynthèse. Durant la révolution industrielle de 1850-1900, la population mondiale augmenta rapidement. Une gestion autoritaire de la natalité par la Chine a conduit dès 1955 à des « instructions pour le contrôle des naissances ». En 1970, l’indice de fécondité (nombre d’enfants par femme) est encore de 5,78. Une nouvelle planification des naissances commence en 1971 qui recourt cette fois à des stérilisations et des avortements. Le succès de cette campagne est foudroyant, en 10 ans l’indice de fécondité diminue de plus de moitié (2,31 en 1979). Entre 1970 et 1980, le Produit Intérieur Brut par habitant de la Chine a augmenté modérément. Mais qu’en est-il dans d’autres pays qui ne disposent pas d’un système autoritaire permettant une maîtrise aussi stricte des populations ? À la libération en France, la natalité explosa pour atteindre 3 enfants par femme. Le « baby boom » se maintint durant une vingtaine d’années, la natalité devenant à partir de 1975 inférieure au taux de maintien de la population (1,75-2,0 enfants par femme). En 1973-74, la contraception et l’interruption volontaire de grossesse avaient été autorisées par les autorités. Une baisse des naissances peut être obtenue en agissant vigoureusement ou en ne rien proposant de contraignant : la relation cause-effet n’a guère de sens, l’ensemble du système complexe doit être considéré. Le facteur primordial est la capacité des autorités à conserver une cohérence dans la société qu’ils dirigent. Une forte contrainte pour les uns, une gestion des désirs pour les autres, peuvent être appliquées. De nos jours, une décroissance du nombre d’enfants par femme est observée partout, même en Afrique subsaharienne où l’indice de fécondité est le plus élevé. Dans le même temps, le Produit Intérieur Brut (PIB) mondial a considérablement augmenté entre 1950 et 2000. L’espérance de vie est également en augmentation dans toutes les régions du monde même en Afrique où elle reste faible. Le système actuel engendre bien des richesses et un mieux-être, si on le mesure par l’espérance de vie. Cependant, un système régnant ne peut que produire des inégalités croissantes puisque il est exceptionnel que l’on puisse contrecarrer les intérêts des plus forts quelle que soit l’organisation politique. Un changement de système, une révolution, se produit de temps à autre mais elle s’accompagne d’une chute de la production des richesses, la cohérence sociétale étant transitoirement ruinée. Ainsi, le PIB de la Russie s’est effondré après le « changement de régime » en 1989, elle ne retrouva un niveau comparable qu’en 2007. En 2013, 110 personnes détiennent 35% de la richesse russe. En France, comme dans tous les autres pays occidentaux, les inégalités augmentent jour après jour sans que l’efficacité économique n’en soit améliorée : la concentration du pouvoir n’améliore en rien l’efficience. L’épargne des efforts de la main d’œuvre peut être obtenue par la robotisation. Ils effectuent sans barguigner des travaux répétitifs sans manifester de fatigue, de peine, d’humeur. Les produits deviennent si peu chers que les classes populaires peuvent les acheter et stimuler, en conséquence, la consommation, et donc, dans un second temps, favoriser l’emploi. Cette logique eut un sens puisque le temps de travail a baissé très significativement au siècle dernier. La « mondialisation » remet toutefois en cause ce schéma. Si une masse laborieuse d’un pays pauvre peut produire à moindre coût la même quantité de biens, il est inutile pour l’investisseur de privilégier des robots. Les plus démunis des pays pauvres voient leur sort quelque peu amélioré mais c’est la classe sociale la plus pauvre des pays occidentaux qui en paie le prix. Il se créé ainsi une classe d’intouchables, hors des castes dominantes des hommes d’argent, de pouvoir, de médias. La « révolution informatique » ne permet pas non plus de libérer les travailleurs de tout ou partie des nuisances qu’ils subissent mais plutôt de détruire les contrats sociaux arrachés à l’issue de la seconde guerre mondiale pendant laquelle ceux qui n’avaient rien luttèrent contre des occupants avec lesquels collaboraient la très grande partie des nantis. Ce discrédit, très transitoire, des classes possédantes permit des avancées sociales qui auraient été impossibles autrement. La lutte des classes est devenue aujourd’hui une lutte des castes tant la perméabilité entre strates sociales est devenue infinitésimale. S’achemine-t-on vers une démocratie athénienne : une infime minorité de la planète assurera le fonctionnement, la gestion et le cadre légal de la mondialisation, tandis que le reste de la population ne servira que comme esclaves, métèques ou sub-robots ? L’élite qui dirige, la populace qui vote.


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