MISIA VA CHANTER POUR AMALIA A LA CIGALE

lundi 24 octobre 2016
par  Jean-Luc Gonneau
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Moins d’un mois après la sympathique escouade fadiste venue de Lisbonne pour rendre un hommage à Amalia Rodrigues, c’est Misia (qui ne fait rien comme tout le monde, rappelons-le), Misia, la plus parisienne des divas du fado (la jeune Suzana Maria Alfonso de Aguiar devint Misia en référence à Misia Sert, la reine des milieux culturels parisiens pendant des décennies à partir de la fin du 19e siècle), Misia, la moins « amalienne » des grandes fadistes d’aujourd’hui, ce qui ne l’empêche pas de révérer Amalia, c’est donc Misia qui rendra à son tour un hommage à Amalia le 28 octobre dans la belle salle de la Cigale, près de Pigalle, ça rime.

Nous avions déjà rendu compte du double CD « Para Amalia » sorti en France voici un an, et qui a depuis formé la matière de nombreux concerts à travers le monde. Et Paris qui attendait son tour, que voilà enfin. Comme dans l’album, le concert se partagera entre des fados accompagnés du seul piano du maestro italien Fabrizio Romano, talentueux, jovial, tout en rondeurs (portera-t-il cet amusant petit chapeau qu’il arborait lors du concert Delicatessen l’an dernier à l’Européen ?), et d’autres avec Bernardo Couto, peut-être le plus conceptuel des cadors de la guitare portugaise (ce n’est pas un hasard s’il est le guitariste préféré d’Antonio Zambujo), le solide André Ramos à la viola, et Daniel « Didi » Pinto à la viola baixa, qui tenait les deux guitares dans l’album Para Amalia.

Misia, qui sortira bientôt un CD de « best of » pour les 25 ans de sa carrière discographique, riche aujourd’hui de douze albums (dont deux doubles), avait déjà inscrit à son répertoire des fados chantés par Amalia, mais à dose homéopathique, soucieuse qu’elle a toujours été de rechercher des compositions originales, sollicitant de grands noms de la littérature portugaise pour écrire pour elle. Para Amalia est donc une exception. Une exception aussi parce que la majorité des titres ne sont pas les plus connus du répertoire d’Amalia (certains sont d’ailleurs postérieurs à la mort de la grande dame du fado, mais dédiés à elle par leurs auteurs et par Misia). Et comme on pouvait s’y attendre, Misia ne tente pas, comme beaucoup (trop ?) s’y risquent, de s’inspirer du style vocal d’Amalia : Misia est Misia et le demeure. Comme chacune de ses prestations, comme chacun de ses albums, Para Amalia est le fruit de longues réflexions mélangées à des coups de cœur : chez elle, passion et pensée ne sont pas antagonistes, mais provoquent des tensions dont elle extrait les meilleurs fruits. La totalité de son œuvre discographique témoigne de son attachement à l’idée d’album thématique, dont le précurseurs furent sans doute Carlos Do Carmo avec son Um Homem na cidade (1977) et, tiens donc, Amalia Rodrigues dans un format plus modeste (45t de quatre titres, 1965) lorsqu’elle consacra un disque à des textes de Camões, ce qui lui valut quelques critiques de prétendus puristes.

Tout ceci pour dire que le 28 octobre, Misia sera passionnée et la soirée passionnante. Si vous en avez le loisir, ne la ratez pas. La Cigale 120 Boulevard de Rochechouart, 75018 Paris : 01 49 25 89 99. Concert à 20h

Article paru également dans Lusojornal (www.lusojornal.com)


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