MELENCHON, FORCEMENT

vendredi 14 avril 2017
par  Jean-Luc Gonneau
popularité : 5%

Dans quelques jours, on vote. Depuis notre dernier numéro, à l’aube de cette année, beaucoup d’eaux (électorales) ont passé sous les ponts. Plus souvent glauques, voire nauséabondes, que claires. D’autres articles dans ce numéro en évoqueront les méandres. Pour les citoyens qui se reconnaissent dans la gauche, plusieurs choix sont possibles. Ainsi, deux candidats, tout à fait respectables, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, incarnent une position de témoignage actif : leur objectif n’est pas de gagner l’élection, ils sont lucides, mais d’éveiller les consciences sur les tares de notre société, de susciter réflexions et peut-être indignations, sans trop se soucier des orientations et des mesures à prendre pour les éliminer. Ce qu’ils font fort bien. C’est utile, mais insuffisant : les projets des candidats de droite, pour l’instant en tête des sondages, Marine Le Pen, François Fillon et, à un degré moindre, mais un degré seulement, Emmanuel Macron (nous y reviendrons) font courir au pays de graves dangers, et surtout portent tous les trois un accroissement des inégalités et un développement des précarités, une aggravation des difficultés auxquelles une part croissante de nos concitoyens ont de plus en plus de mal à faire face : revenus insuffisants, problèmes de logement, accès aux soins notamment. Il y a donc nécessité, pour la gauche, de pouvoir offrir au choix des électeurs des options en mesure de réellement améliorer les choses en matière de politique intérieure, de secouer des cocotiers institutionnels devenus obsolètes, de prendre en compte des enjeux internationaux à un moment où les crises, les guerres, la violence frappent en tous lieux de la planète.

Ces options, en des temps pas si anciens, on pouvait les attendre du Parti socialiste, ou du Parti communiste, même s’il ne remit jamais de ses rapprochements avec le PS, voire des Verts, qui connurent quelques embellies et de francs orages. Tel n’est pas le cas aujourd’hui. Le tsunami du mandat de François Hollande a fait voler en éclats la maison socialiste, déjà lézardée il est vrai : la droite du parti soutient ou vote Macron, ou dans le moins mauvais des cas soutient Benoit Hamon telle une corde avec un pendu, la gauche du parti, probablement minoritaire, demeure fidèle aux résultats de la primaire de la « belle alliance populaire » (rien que le nom m’amuse), et les deux millions de sympathisants (à plus de 90% non encartés au PS) qui se sont exprimés en donnant une nette majorité à Benoit Hamon demeurent probablement ébahis devant les trahisons, coups de poignards, hypocrisies en série qui accablent le vainqueur de leur primaire.

Lequel n’avait pas besoin, quel qu’il fut, de ces coups tordus dont Manuel Vals, à qui seul Nicolas Sarkozy pourrait en remontrer en matière d’arrivisme forcené, fut incontestablement le champion : car quel qu’il fut, un candidat « belle alliance populaire » (hi, hi) avait à se coltiner les échecs ( « lutte contre la finance, », hi, hi, capitulation devant les exigences allemandes en matière d’austérité, capitulation devant le Medef avec le CICE et la loi dite El Khomri, en réalité loi Hollande-Macron-Vals-El Khomri dans l’ordre, projet heureusement avorté de déchéance de nationalité, qui était une capitulation face à la droite) d’un quinquennat calamiteux estampillé, hélas « socialiste ». Handicapé de plus par les tergiversations de François Hollande quant à sa candidature pour un nouveau bail à l’Elysée, Benoit Hamon dut préparer un programme dans un délai fort bref, alors que l’exercice eût nécessité, surtout après la déconfiture hollandaise, une élaboration longue et collective. Mais collective avec qui ? Pas avec la droite dite socialiste, pas avec les écolos, embringués dans une candidature pipeau uniquement destinée à sauver quelques circonscriptions législatives. Pas avec le Parti radical de gauche, qui depuis la disparition de Michel Crépeau ne survit qu’en tant que satellite vintage du Parti socialiste. Et évidemment pas avec le Front de gauche, assez moribond mais qui eut le mérite, via les parlementaires de la mouvance communiste, de dénoncer assidument les dérives hollandaises. Aussi le pourtant sympathique Benoit Hamon se trouva-t-il empêché, malgré quelques bonnes idées, de développer dès le début de sa campagne un projet convainquant, rejetant certes beaucoup du bilan du quinquennat hollandais, mais contraint d’en conserver, en matière européenne notamment, d’autres. Lors de sa dernière apparition médiatique que nous avons pu voir (chez Laurent Ruquier), il nous est apparu qu’il ne se faisait, à deux semaines du premier tour, plus vraiment d’illusions sur sa capacité à franchir cet obstacle. Et son choix, si l’opportunité se présentait, de voter Mélenchon au second tour, parait riche de promesses, peut-être dans l’immédiat, peut-être un peu plus tard, quand sonnera l’heure d’une recomposition politique de la gauche.

Un mot, non, davantage, sur Emmanuel Macron. Quelques-uns de nos amis, que nous ne suspectons pas d’avoir abandonné les valeurs de la gauche, se sont, bien imprudemment voyez-vous, engagés à ses côtés. L’argument le plus fréquent est évidemment le suivant : il serait le seul à pouvoir éviter un duel Le Pen-Fillon au second tour de l’élection. Argument non recevable sur le fond : c’est un avatar de la notion de « vote utile », qui conduit dans bien des cas à l’abandon des convictions : le vote Hollande en 2007 fut pour beaucoup un moyen, réussi, d’éviter un second septennat de Nicolas Sarkozy, mais le prix à payer, outre l’escroquerie intellectuelle du discours du Bourget de l’ « ennemi de la finance », a été la déliquescence de la gauche dans son ensemble. Mais audible sur la forme : voici quelques semaines, selon les sondages, qui ne sont que des sondages, Emmanuel Macron semblait en effet en situation d’éviter cette issue mortifère. Ce n’est plus aujourd’hui le cas puisqu’à deux semaines du premier tour, les sondages, qui ne demeurent que des sondages, ne donnent plus que quelques points d’avance à Macron sur Mélenchon, le premier stagnant, le second montant, sans même évoquer les marges d’erreur affichées par les instituts spécialisés. Mais aussi, et peut-être surtout, ces amis se sont engagés à un moment où ils étaient parfois rebutés par des candidatures où ils ne trouvaient pas la place qu’ils espéraient, parfois attirés par une promesse de « modernisme » (concept bien vague) et de « renouvellement » sans que le candidat s’engage sur un programme. Le programme se dévoilant, tout flou qu’il demeure, on ne peut que constater qu’il n’est, en pire, que la continuation de la dérive hollandaise : aggravation de la loi El Khomri, mépris des syndicats, ubérisation, parée de toutes les vertus, de la société, ode à l’individualisme, alignement sur l’Allemagne en matière européenne, et sur les Etats-Unis en matière de politique étrangère. Rien ou presque sur le social et le sociétal. Sans compter le mépris affiché de la classe ouvrière au sens large, ceux « qui n’ont pas de costard », celles qui sont « illettrées ». Macron, candidat du vide intellectuel (voir le costard, tiens, taillé sur le web par Ridicule TV à Emmanuel Macron parlant à France Culture dans un sabir pseudo-philosophique hilarant tant il est consternant) mais du tout-plein libéral.

Considérant (comme l’écrivent les juges dans leurs attendus) tout cela, pour celles et ceux qui sont attachés aux valeurs de la gauche, et plus largement pour celles et ceux que les valeurs de la République sont autre chose qu’un slogan, la candidature de Jean-Luc Mélenchon s’impose. Elle s’appuie sur un programme solide, longuement mûri et réfléchi, enrichi, poli par de multiples contributions citoyennes et expertes, sur un indéniable engouement populaire, sur une possibilité de victoire hier encore plus qu’incertaine mais qui se dessine aujourd’hui, et peut se réaliser si chacune, si chacun s’y colle un peu ou beaucoup : un vote qui allie conviction et utilité pour éviter le risque de l’extrême droite dont Marine Le Pen mais aussi, à l’heure qu’il est, François Fillon sont les porte-drapeaux, ou la dérive libérale que nous propose Emmanuel Macron. Nous connaissons le bonhomme, généreux mais impulsif (il semble qu’il se soit calmé), son égo (peut-on être candidat à la présidentielle sans égo ? Il n’en existe pas d’exemple) mais son républicanisme sans tache. Et puis, parmi tous ces candidats qui se prétendent « hors système », n’est-il pas le seul à proposer, justement d’en sortir par la voie démocratique en changeant nos institutions dont beaucoup reconnaissent l’épuisement, mais qu’aucun autre ne souhaite modifier. Pour la gauche, c’est donc Mélenchon, forcément.


Commentaires

Logo de janou69
lundi 17 juillet 2017 à 15h37 - par  janou69

Les parties sont malheureusement dissous, c’est fort dommage

Site web : Valofi

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