EMPÊCHER LE PEN, ENDIGUER MACRON

dimanche 30 avril 2017
par  Marc Mangenot
popularité : 13%

Le piège de l’élection présidentielle s’est refermé. Le verdict semble désespérant qui conduirait à adouber Le Pen ou à transformer Macron en rempart contre l’extrême droite, un comble. Or, le score de Jean-Luc Mélenchon a ouvert des perspectives que le second tour de la présidentielle ne doit pas ruiner.

Il devient conséquemment nécessaire de sortir du dilemme et d’éviter de tomber Charybde en Scylla. L’élection de Le Pen est peu probable. En revanche, un score trop important de Macron ne serait pas une simple victoire à la Pyrrhus. Ce serait courir le risque de voir le Front National l’emporter en 2022 (ou avant). Le Front National avait un rôle de faire valoir pour les candidats de droite (étiquette PS -remplacé par Macron- ou UMP-LR, peu importe). En 2017, le faire valoir qu’il était a pris de l’épaisseur et gagné du terrain dans le champ électoral. En 2022, le FN pourrait apparaître comme un recours à une majorité d’électeurs déçus et révoltés par les conséquences des politiques annoncées par Macron. Les dégâts seraient considérables, avec l’usage massif de l’article 49.3 de la Constitution de la Ve République : poursuite de la démolition du code du travail, attaque en règle contre les retraites et le système solidaire de répartition, ubérisation du travail, signature des projets de traités taftaiens qui organisent la concurrence de tous contre tous (TAFTA, CETA et tous les autres du même tonneau) et sont générateurs d’affrontement et d’aggravation des risques pour l’environnement et l’agriculture, etc.

Pour amplifier le bon résultat de Jean-Luc Mélenchon, faire en sorte que la gauche progresse fortement aux législatives, que les luttes sociales puissent se développer en s’appuyant sur l’espoir suscité par le vote du dimanche 23 avril, le slogan pas une voix de plus pour Le Pen ne saurait suffire. Certes, Marine Le Pen ne doit pas être élue le 7 mai prochain. Cependant, ce risque ne paraît pas vraisemblable dans l’immédiat. Il devient fortement probable pour la prochaine présidentielle, ou avant, si Macron est élu et peut appliquer son programme mortifère sans résistance ou opposition. Le « pas une voix de plus » pour Le Pen ne saurait suffire ; il doit s’accompagner d’une campagne susceptible d’infliger un camouflet à Macron. En d’autres termes, s’il doit être élu ce doit être avec le moins de voix possibles. Pour cela, deux démarches sont possibles : l’abstention et le vote blanc ou nul. L’abstention signifie surtout : cette élection ne nous concerne pas. Le vote blanc ou nul témoigne de la demande pressante d’une autre politique économique, sociale et culturelle, élaborée démocratiquement.

A priori, une forte abstention et un vif accroissement des bulletins blancs ou nuls n’entraînent pas l’élection de Le Pen. Seuls, ceux qui continuent, et pour cause, d’agiter l’épouvantail FN qu’ils ont contribué à renforcer, persistent à en faire un argument. La grande presse écrite et audiovisuelle participe frénétiquement, souvent de manière indécente, de cette agitation pathétique, non pas en toute liberté d’esprit (ça se saurait), mais en support du capitalisme et de la finance débridée et surpuissante dont Macron, porte drapeau aujourd’hui, sera le mandant demain.

D’une façon générale, la politique ne se réduit pas à des calculs arithmétiques hasardeux. Mais, pour le 7 mai, l’écart entre Macron et Le Pen est considérable selon les sondages, en dépit des ralliements récents. Si cette hypothèse est correcte, elle offre la possibilité, d’une part, d’éviter l’élection de Le Pen, d’autre part, de donner un avertissement sérieux à Macron, et de renforcer l’élan du 23 avril. Si le nombre d’abstentions et celui des votes blancs et nuls étaient équivalents à ceux du premier tour, Macron crédité de 60% des suffrages exprimés obtiendrait près de 22 millions de voix (45,9% des inscrits) et Le Pen de l’ordre de 14,5 millions (30,6% des inscrits). Un tel résultat casserait l’élan du 23 avril dernier. Il n’est exagéré de penser que les abstentions puissent passer de 22% à 25% et les votes blancs et nuls de 2% à 10% des votants. Pour vérifier la faiblesse du risque, on peut ajouter à ce schéma que les bulletins blancs ou nuls impactent plus défavorablement Macron (à 80% par exemple) que Le Pen (à 20%). En s’appuyant sur ce scénario, les blancs et nuls passeraient de sept cent quarante mille à trois millions six cent mille, et les abstentions de dix millions six cent mille à onze millions neuf cent mille ; Macron obtiendrait quelque 18,5 millions de voix (57,8% des suffrages exprimés, contre 60%) et Le Pen 13,5 millions (42,2% des suffrages exprimés, au lieu de 40%). Avec les mêmes hypothèses et une abstention à 30% (pas du tout invraisemblable), les écarts entre Macron et Le Pen demeurent identiques ; le score de Macron serait 17,2 millions (36,4 des inscrits et près de cinq millions de voix en moins relativement à l’hypothèse la plus favorable), celui de Le Pen 12,6 millions (26,6% des inscrits et deux millions de voix en moins par rapport au cas le plus favorable). Le total des abstentions et des votes blancs et nuls serait de 17,5 millions (37% des inscrits, contre 24% le 23 avril).

Évidemment ce ne sont là que conjectures, mais qui ont le mérite de montrer qu’il n’y a rien à gagner à crier au loup, d’autant moins qu’à force de le répéter il se pourrait qu’à la prochaine échéance un sanglot inutile se substitue à cette lamentation rituelle. L’objectif immédiat, pour préparer l’avenir, est de faire en sorte que l’abstention et la blancheur des bulletins atteignent un niveau qui en fera un acte solide de défiance envers Le Pen, un avertissement sérieux à Macron, un point d’appui pour la gauche de gauche aux prochaines élections législatives et pour les batailles sociales qui doivent prendre de l’ampleur.

PS : je tiens à disposition de qui est intéressé les calculs des effets de la croissance de l’abstention et des votes blancs et nuls


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