PARTIS OU MOUVEMENTS ? OU SI C’ETAIT LE MEME ET LE PAREIL ?

mardi 23 mai 2017
par  João Silveirinho
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Finis les partis (politiques), entend-on, les français n’en veulent plus. La preuve, ils ont mis le PS à la poubelle, et LR n’en est pas loin. Ringards, les partis, on vous dit. Bon p’têt bin, répond le peuple, enfin, la partie du peuple, encore fournie, qui continue de s’intéresser à la politique, mais alors, mais alors, qu’avez-vous donc en magasin, puisque les partis sont moribonds, date de péremption largement dépassée ? Allons, braves gens, nous avons la solution : les mou-ve-ments. Mot ambigu, eut dit le très regretté Pierre Desproges, puisque dans mouvement, il y a, voir plus haut, mou et ment.

Bon, chaussons un instant les lunettes qui siéent à tout politologue sérieux. Sans remonter à la préhistoire républicaine, nous avons connu des « mouvements ». Le plus emblématique fut le Mouvement Républicain Populaire, fondé en 1944, qui voulait, tiens donc, s’émanciper du dilemme gauche/droite, et fut l’un de piliers de tous les gouvernements de la IVe république sur une ligne démocrate-chrétienne, et dont l’un des héritiers notoires est François Bayrou. Plus près de nous, le MPEP (Mouvement Politique d’Emancipation Populaire), fondé en 2008 par d’anciens dirigeants d’ATTAC, devenu Pardem, sans que ni MPEP ni Pardem n’ait imprimé grand chose dans la vie politique française. Mouvement ou parti, dans un cas comme dans l’autre, l’objet était le même, seule la dénomination changeait. Même topo pour l’UMP, à la fois « union » et « mouvement », mais de fait parti.

Lors de la récente élection présidentielle, deux forces politiques se sont présentées comme « mouvement » dont l’un des objectifs était de « dépasser » des partis politiques dont la forme était jugée obsolète, et le positionnement ne répondant plus aux aspirations des français. Constat contenant une part de vérité, convenons –en. Pour la France insoumise, en faisant vite, il s’agissait de remplacer « gauche » par « peuple », pas facile à théoriser puisque le programme de Jean-Luc Mélenchon se réclamait de fait de toutes les valeurs de la gauche et d’une grande partie de ses propositions historiques. Pour En marche, on retrouvait en première ligne l’effacement du clivage entre gauche et droite, discours étayé par un programme des plus flous qui voulait « en même temps » mêler des mesures présumées « de gauche » et d’autres, plus nombreuses, « de droite ». L’un et l’autre des positionnements eut pu se faire dans le cadre d’un parti (« parti de la France insoumise », « parti républicain en marche », par exemple). L’un et l’autre se sont voulu « mouvements », sans toutefois utiliser le terme dans leur affichage. Qu’est-ce qui les distingue, dans la forme, des partis traditionnels ? Sans doute qu’ils émanent de la volonté d’un seul homme Mélenchon pour l’un, Macron pour l’autre. Nous avons certes connu des partis dont l’existence a été identifiée à un leader, par exemple le Mouvement (encore) des citoyens de Jean-Pierre Chevènement. Mais celui-ci avait une origine plus collective puisque liée à un courant du Parti Socialiste.

L’autre caractéristique est qu’on peut être « insoumis » ou « en marche » sans être encarté dans le mouvement (d’ailleurs, il n’y a pas de carte, ni de barème de cotisation) et même encarté dans une autre formation politique. Très « moderne », ça, on vient, on en est, on veut faire autre chose, on se casse. Certes, le turn over des partis à l’ancienne a toujours été très élevé, et tout parti est lesté d’ « ex » bien plus nombreux que ses adhérents. Mais dans ces nouveaux « mouvements », la volatilité est actée. Probablement pas pour longtemps : dès qu’ils auront des élus, ils devront se structurer d’une façon similaire aux autres organisations politiques. On le voit déjà avant même l’élection : les candidats de l’un et de l’autre doivent faire allégeance au programme et à la direction du mouvement, désignée dans les deux cas dans des modalités à la démocratie incertaine pour ce qui est de la France insoumise et inexistante pour En marche, dont on sait (le mouvement s’en vante) que les candidats ont été sélectionnés avec des méthodes copiées des recrutements d’entreprise (cv, entretien téléphonique ou physique, mesure de l’« empreinte sociale » de l’impétrant notamment par son rayonnement dans les réseaux sociaux. Résultat : un nombre infime d’ouvriers, employés, militants associatifs retenus). Au moins la France insoumise a-t-elle soumis ses candidats à des votes des membres de ses groupes locaux (pas toujours entérinés, cela dit). Ce qui donne, pour la France insoumise une sociologie assez proche de celle des candidats d’un parti comme le PCF, où les classes populaires sont représentées mieux qu’ailleurs, et pour En marche, une typologie au moins aussi « élitiste » que celle de partis comme Les Républicains. Comme quoi les « mouvements » font le plus souvent, dans ce cas mais pas seulement, du neuf avec du vieux.


Commentaires

Logo de Bernard Leprêtre
dimanche 23 juillet 2017 à 16h43 - par  Bernard Leprêtre

cricricri3 écrit :

Les candidats aux législatives ont été choisis par un comité national, présidé par Martine Billard (co-présidente du PG) et Manuel Bompard (directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon) et les avis locaux transmis par mail (et nombreux dans certains départements) ont été absolument ignorés.

C’est tout-à-fait faux. Si les candidatures ont en effet été validées en dernier ressort par un comité national (procédure qui semble inévitable, au moins pour corriger les déséquilibres dans la parité), les candidats locaux ont bien été désignés par les militants et sympathisants de chaque circonscription (qui ont fait un choix et non simplement donné un “avis”), et dans la plupart des cas (dont la circonscription où je vote) ce choix a été entériné par le comité national. Je connais une circonscription où le comité national a imposé la permutation des candidat-remplaçant, pour le respect de la parité au niveau national, mais en gardant a priori les mêmes personnes.

Si vous avez connaissance de cas où cela n’a pas été le cas il serait intéressant de les faire connaître.

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jeudi 25 mai 2017 à 22h50 - par  Jean-Luc Gonneau

Comme vous avez raison, on a amendé le texte

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jeudi 25 mai 2017 à 16h30 - par  cricricri3

Il est écrit dans votre article :

Au moins la France insoumise a-t-elle soumis ses candidats à des votes des membres de ses groupes locaux

C’est faux .

Les candidats aux législatives ont été choisis par un comité national, présidé par Martine Billard (co-présidente du PG) et Manuel Bompard (directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon) et les avis locaux transmis par mail (et nombreux dans certains départements) ont été absolument ignorés.

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