C’est quoi un vote utile ?

samedi 3 juin 2017
par  Jean-Claude Charitat
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Je n’ai certes pas l’intention de vous faire découvrir cette notion dont, hélas, on nous rebat les oreilles depuis le début de la Ve République.

Il semble toutefois que nous sommes, pour ces élections, dans un cadre exceptionnel dont les résultats vont avoir des incidences fortes et de long terme sur l’avenir de notre société en matières sociales et écologiques ; En effet, le nouveau président élu et son premier ministre, qui sont tous deux « apolitiques confirmés » semblent soutenus par de nombreux secteurs influents aussi bien médiatiques que politiques, voire sociaux (depuis les télés et radios en passant par l’ensemble des partis traditionnels de droite et du centre au sens large « EELV et PS inclus », les syndicats des banques et du grand patronat mais également certains syndicats réformistes de salariés ainsi que de nombreuses associations ou groupements concernées par un rôle social ou environnemental. Nombreux semblent fascinés par cette nouvelle offre politique qui affirme n’être ni de gauche ni de droite (mais dirait Coluche « surtout pas de gauche ») sans être non plus centriste au sens politique traditionnel du terme.

Tous les formateurs d’opinion cités ci-dessus semblent avoir largement oublié les parcours professionnels récents de ces nouveaux responsables politiques (plus personne ne nous parle d’un responsable de banque chargée de liquidation d’entreprises à la découpe, personne n’insiste non plus sur le rôle bizarre au sein de l’entreprise AREVA de ce cadre supérieur chargé de la mise en place et de l’efficacité des structures et du rendement du personnel local de cette entreprise en Afrique pour l’exploitation de ce minerai indispensable à la poursuite du nucléaire, savoir les mines d’uranium).

Que l’on ne s’y trompe pas, ils ont bien l’intention d’apporter des changements profonds à la politique sociale libérale que nous connaissons aujourd’hui, ils envisagent tout simplement de mettre à mal l’ensemble des acquis sociaux de plusieurs générations dans notre pays et ils comptent le faire, vite, par une pratique étendue de la politique des ordonnances (à marche forcée, par l’utilisation de l’article 49.3).

L’ensemble des partis politiques traditionnels de notre pays qu’ils soient de droite, du centre, mais aussi de l’ancienne gauche traditionnelle et des milieux écologiques semblent tous en cours d’explosion ; une partie, parfois majoritaire, d’entre eux semble prête à se soumettre à cette nouvelle forme de « démocratie », que ce soit par adhésion idéaliste ou par un arrivisme forcené.

Dans le cadre de cette situation exceptionnelle, le premier tour des élections législatives prend une extrême dimension : en effet nous disposons à cette occasion d’une opportunité historiquement importante de faire barrage à cette politique qui engendre le « malheur éternel » comme seul « idéal » pour les peuples qui la subisse ; cette forme de gestion économique et politique qui se développe mondialement depuis les années 80 du siècle dernier est une approche entièrement différente élaborée par le capitalisme financier dans sa phase de mondialisation.

Tout est fait, avec une complicité renforcée de la plupart des médias, pour que nous laissions passer cette occasion importante sans nous donner les moyens d’une majorité différente ou, pour le moins, d’une opposition structurée avec des propositions inscrites dans un programme d’ensemble cohérent. Cette politique porte partiellement ses fruits, en effet la gauche de transformation sociale ainsi que diverses tendances du mouvement écologique ne trouvent pas d’accord satisfaisant, compte tenu de points de divergences plus ou moins importants qui sont mis en avant sans que les critères invoqués soient forcément déterminants.

Je trouve absolument négatif de mettre en avant des désaccords sectoriels au détriment de la nécessité fondamentale de faire face à cette attaque en règle de notre avenir social et environnemental !

Je ne cherche absolument pas à convaincre tous les citoyens porteurs de ces valeurs que celles-ci se retrouvent dans le programme de la France Insoumise, le temps n’est plus vraiment donné pour décortiquer chaque programme ; je suis par contre persuadé que les candidats et groupes de candidats isolés n’ont aucune chance d’être représentatifs au second tour, que les candidats du parti socialiste ne sont pas en mesure de créer une force constructive d’opposition à la politique du gouvernement et il semble en être de même, hélas, des forces écologistes. La droite traditionnelle ne constituera pas, non plus, une force quelconque d’opposition et le Front National gardera ses méthodes et son isolement.

Dans ce contexte la France insoumise semble le meilleur rempart à offrir à cette politique de gribouille. Pour ce qui me concerne, je partage les valeurs du programme qu’elle présente mais je ne pense pas nécessaire d’être en adhésion totale avec cette structure pour opposer un front républicain et citoyen à cette tentative de régression de la politique sociale de notre pays.

Les reproches qui sont formulés à la F.I. semblent beaucoup moins importants que ce qui justifie la mise en place d’une opposition citoyenne structurée : certains de ces reproches émanent plus de positions particulières que d’arguments fondamentaux, certains autres émanent plus d’une peur viscérale du centralisme et de l’opposition contestable que font certains entre les sujets locaux et les sujets nationaux.

Trois exemples forts localement pour relativiser ces différences et leur importance :

La contestation à l’installation d’une ligne à très haute tension qui doit traverser l’ensemble des Alpes et dont la nécessité et la forme de réalisation sont largement contestées. Si cette installation est par son existence un projet local, elle découle à la fois d’une gestion nationale et privée du transport de l’énergie ainsi que d’une approche économique de court terme qui fait privilégier une solution aérienne vulnérable aux dégâts météorologiques envisageables sur le long terme et qui finalement coûtera cher à l’ensemble social concerné.

La désertification médicale dans les zones rurales concerne certes directement notre département, il en va de même du maintien en nombre et en qualité des hôpitaux publics insuffisants. Ce dossier aussi mobilise beaucoup de monde dans notre département, pour autant ce problème est bien un problème national qui doit être traité dans le cadre d’un budget socialement admis, que personne ne doit pouvoir remettre en cause. Il s’agit là d’une atteinte aux biens communs de l’humanité ; malgré la meilleure gestion possible d’une structure hospitalière celle-ci ne sera jamais pérenne sans une analyse qui dépasse le coût financier à court terme et nécessite que la santé ne soit plus considérée comme une marchandise ordinaire.

Les moyens de transport, ferrés et routiers, font également l’objet d’approches locales et nationales qui semblent différenciées alors qu’elle ne constituent que l’aboutissement d’orientations politiques souvent partagée à la fois par les responsables territoriaux régionaux, départementaux ainsi que par la volonté économique de privatisation soutenue et développée par l’État ; ceci est valable aussi bien pour l’entretien du réseau ferré (particulièrement défaillant pour le réseau non TGV) que pour l’entretien des routes nationales que l’État a laissé à l’abandon et à la charge de départements surendettés avec un transfert de charges largement insuffisant face au développement autoroutier exclusivement privé et payant.

Il est également exact que nous avons des positions parfois différentes sur l’avenir des centrales nucléaires, toutefois ces divergences sont bien marginales à côté des lobbyistes du développement de cette activité industrielle ; accepter d’envisager la fermeture progressive des centrales, la non prolongation de leur durée de vie assortie de la mise en place d’autres modes de production énergétique devrait être une situation digne d’un compromis rapide et ne saurait justifier autant de divisions.

C’est pour l’ensemble de ces raisons, et beaucoup d’autres que j’appelle l’ensemble des citoyens humanistes et progressistes à voter dès le premier tour pour les représentants de la France insoumise, seul ensemble politique susceptible de regrouper une majorité porteuse de victoires pour le deuxième tour.

C’est en dépassant le cadre de désaccords secondaires que nous serons en mesure de mettre en place à l’assemblée nationale une majorité conforme à nos objectifs humanistes, progressistes, sociaux et écologiques ou, pour le moins, permettre l’existence d’un groupe d’opposition qui puissent développer, proposer, négocier et enfin être en mesure d’empêcher efficacement la destruction complète de notre système social « à la française »

S’il ne subsiste que le problème de l’Europe, nous serons capables, ensemble, de faire des propositions nécessaires pour que notre peuple se prononce souverainement et que son choix soit respecté.

C’est pour toutes ces raisons et face à la situation exceptionnelle que l’on nous impose que je juge utile et raisonnable d’envisager de taire nos divergences au profit d’un moyen efficace nécessaire à préserver l’essentiel. Il ne vous est nullement demandé de renoncer à quelque idéal que ce soit, dès lors qu’il est conforme aux valeurs essentielles évoquées ci-dessus ; nous trouverons ensemble les meilleurs moyens d’avancer dans un monde qui ne sera plus soumis aux diktats des tenants de l’ultralibéralisme économique ; faisons de ce troisième tour électoral le moyen de régler ce qui nous différencie après avoir combattu ce qui s’oppose à nous frontalement !


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