LES INTELLOS, LES PLOUCS ET LE FUTUR DE LA DEMOCRATIE

mardi 11 juillet 2017
par  Jacques-Robert Simon
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L’expression « plouc » semble provenir de « plou » qui signifie paroisse en breton. Beaucoup de bretons fuyant la misère tentent leur chance à Paris à la fin du XIXe siècle. Rustres, peu éduqués, ils constituent une main d’œuvre bon marché. Certains des parisiens les appelèrent ploucs, mot qui servit également pour désigner toute personne aux manières grossières et aux goûts triviaux.

Au premier tour des élections présidentielles, le Front National (FN) recueille 21,4% des voix (7,6 millions de suffrages). Le Front National a surtout séduit les couches populaires : 37% des ouvriers, 32% des employés. À noter qu’ouvriers et employés représentent approximativement la moitié des actifs totaux. Les traits «  caractéristiques  » des employés ou ouvriers sont : la précarité de l’emploi, un travail pénible, de faibles perspectives de promotion… Les électeurs FN se préoccupent au plus haut point des questions d’immigration, de l’insécurité et du terrorisme. La source première des problèmes, selon eux, est la perte d’identité liée à la mondialisation.

Les « laissés-pour-compte » de la mondialisation (comme il est bon de les nommer) analysent-ils les situations qu’ils subissent d’une façon approximative, erronée, tronquée à cause de leurs faibles bagages universitaires comme semblent le suggérer certains « intellos » ? Chacun reconnaît qu’une nouvelle division internationale du travail s’est mise en place rapidement ces dernières décennies avec pour effet de faire fabriquer aux travailleurs les plus démunis des biens vendus aux pays riches. Cela revient à la mise en place d’une politique qui sacrifie sciemment la classe sociale la plus modeste des pays riches au profit d’investisseurs apatrides et de travailleurs miséreux à l’autre bout de la planète. À titre d’exemple, en 2015 la Direction Générale du Trésor indique que les entreprises françaises sont à l’origine de 570 000 emplois en Chine tandis que seulement 45 000 emplois ont été créés par les entreprises chinoises en France. Le reproche fait aux dirigeants selon lequel la politique qu’ils mènent n’est pas conforme aux intérêts nationaux ne peut pas être rejeté d’un simple revers de main en suggérant que les intéressés sont animés de désirs obscurantistes et totalitaires, des ploucs en quelque sorte.

L’ensemble des dirigeants Européens et Américains peut-il être soupçonné de vouloir ruiner leurs « pauvres » nationaux au seul profit d’une très petite minorité de riches considérant la planète comme un monde sans frontières ? L’économie sans dogme religieux, ni contrainte philosophique, peut permettre d’éclairer les choix de nos dirigeants. Les préceptes de l’économie néoclassique sont devenus dominants dans les milieux « intellectuels ». Ceux-ci se fondent sur quatre postulats : les phénomènes économiques doivent être étudiés par les mêmes méthodes que les phénomènes physiques ; les agents qui interviennent sont rationnels, leurs préférences peuvent être identifiées et quantifiées ; les agents cherchent à maximiser l’utilité des biens consommés, tandis que les entreprises cherchent à maximiser leur profit ; les agents agissent chacun indépendamment, à partir d’une information complète et pertinente.

À partir de ces préceptes des modélisations sur ordinateur peuvent être faites et des calculs de probabilité de devenirs économiques peuvent être faits. Cependant, aucune des hypothèses proposées ne peut être considérée comme correcte même très approximativement. Une connaissance même sommaire des systèmes complexes permet de mettre en lumière leurs non-sens. D’ailleurs expérimentalement, les prédictions économiques sont souvent ineptes. Il n’existe donc pas de science économique, les décisions qui sont prises dans ce domaine relèvent toujours d’une idéologie, arbitraire mais cohérente, et les citoyens concernés sont priés de se plier aux théories qui en découlent, d’autant plus que les mots liberté, libéralisme, libertaire l’auréolent.

Le dessein des Etats-Unis d’être les seuls maîtres du monde ne fait plus aucun mystère. La promotion d’un certain type de démocratie par la force militaire et plus encore par les multiples facettes du soft power a été constante depuis la seconde guerre mondiale. Selon cette conception, les défis que l ‘humanité devra affronter à terme, les dérèglements climatiques, les problèmes d’approvisionnement énergétique, les modes de surconsommation devront être solutionnés sous une férule Nord-Américaine. On s’achemine ainsi vers une meilleure répartition des richesses mondiales en favorisant l’apparition de « riches » dans les pays émergents. Grâce à cette homogénéisation, des accords comme ceux de l’Accord mondial de Paris sur le changement climatique (COP21) peuvent être passés, avancées supplémentaires vers une gouvernance mondiale sous couvert de l’ONU. La proposition est séduisante mais dans le même temps, les inégalités deviennent tellement critiques qu’elles deviennent une préoccupation même pour le FMI. Nicolas Machiavel avait déjà décrit les conséquences d’un trop grand intervalle entre les gouvernants et le peuple : « Dès lors, les premiers prirent la qualité de nobles, et les autres furent simplement nommés le peuple. ».

Interviennent alors les « intellos » du racisme anti-ploucs. Un journaliste renommé, titulaire d’une maîtrise en droit public, diplômé d’une IUT de journalisme, intervieweur et chroniqueur reconnu sur divers médias déclare qu’il fallait « s’interroger quelquefois sur le suffrage universel ». En d’autres termes, faut-il interdire aux ploucs de voter ? Les « intellectuels » pensent souvent que leur travail est hors de portée des manuels et que quelque faculté mentale spécifique est indispensable pour exercer leur profession. C’est pourquoi ils adoptent souvent à l’égard de ceux qui n’appartiennent pas à leur monde une attitude faite de commisération et de mépris. Le travail manuel recouvre des activités très diverses appartenant aux arts et aux sciences expérimentales. Le mode d’acquisition du savoir diffère de celui des intellectuels car il s’effectue principalement par l’apprentissage. L’apprentissage ne se dissèque pas en d’innombrables sous-domaines susceptibles d’être enseignés d’une façon rationnelle et magistrale. Le savoir faire précède le savoir. Les travaux manuels recouvrent la quasi-totalité des champs d’activité possibles sans toutefois proposer de modèles permettant d’en parler. C’est cette retenue de langage des uns qui va permettre aux autres de s’épandre sans limites dans tous les lieux de spectacle dont les médias. L’apprentissage, qui ne repose pas ou peu sur un enseignement magistral, semble se prêter mal à l’analyse lucide d’une situation, mais le ressenti conduit la plupart du temps à un résultat plus précis que maints discours didactiques.

Le racisme anti-plouc est un épisode de la guerre pour faire disparaître les démocraties dans lesquelles un électeur représente une voix. Dans l’organisation qui prend place, les élections ne serviront plus du tout à désigner des hommes de pouvoir. Les décideurs seront les investisseurs, les entreprises multinationales prendront la place des états, les citoyens deviendront de purs consommateurs, les droits de l’Homme se limiteront au droit du plus fort. Les multinationales possèdent déjà en partie leur propre justice : elles peuvent traîner des États devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) si des décisions de ceux-ci ne leur conviennent pas. Au nom de la protection des investissements, les gouvernements sont sommés de garantir trois grands principes : l’égalité de traitement des sociétés étrangères et des sociétés nationales ; la sécurité de l’investissement ; la liberté pour l’entreprise de transférer son capital. Quant à la puissance actuelle des multinationales, il faut savoir que seulement 147 d’entre elles contrôlent 40% des activités mondiales. Et si l’on assistait aux derniers soubresauts des Nations démocratiques ?


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