LE BIEN, LE MAL, L’ISLAM ET LE COMMERCE

mercredi 6 septembre 2017
par  Jacques-Robert Simon
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Quels que soient les dirigeants, ils doivent être reconnus comme étant bons et honorables pour que la multitude les suive. Mais le Bien ne se définit clairement que par rapport au Mal que l’on doit combattre : il doit donc être aussi répugnant et abject que possible. Depuis 1916, conflits, violences et chaos ont constamment habité le Proche et le Moyen-Orient. Les occidentaux présents depuis le démantèlement de l’empire Ottoman allaient prendre part peu à peu à une guerre sainte et existentielle.

Les collectivités unies par une idéologie, une croyance, une foi sont par essence dangereuses. La coalition d’individus ne conduit pas à une plus grande intelligence, l’intelligence de groupe est un leurre, mais elle permet d’obliger autrui, avec une coercition plus ou moins terrible, à se plier aux directives des plus nombreux. L’accumulation des richesses matérielles conduit inévitablement à une exacerbation des égoïsmes. Le système néolibéral n’est que l’ébauche d’une conceptualisation d’un constat empirique : capitalisme, démocratie et individualisme sont étroitement liés. Les valeurs occidentales mettent en avant la Liberté, mais il s’agit d’une liberté purement verbale et individuelle, elles n’incluent pas la liberté d’un choix collectif d’un système. Bien que la plupart des Nord-Américains se reconnaissent comme chrétiens, donc possédant normalement des principes qui les dépassent, ils se limitent aux rites en mettant le dieu-amour sous la coupe du dieu-argent, et ils sont pratiquement d’un individualisme forcené.

Le 26 février 1993, une camionnette contenant 680 kg d’explosif éclate dans un parking souterrain de la tour nord du World Trade Center faisant six morts. Le choix d’un centre mondial de négoce n’était pas un hasard. Le 11 septembre 2001, à 8 h 46, un premier avion, puis un quart d’heure plus tard un second, frappaient la même cible causant au total la mort de 2 750 personnes. George W. Bush déclare alors : "Cette croisade, cette guerre contre le terrorisme, prendra quelque temps." Il ajoute en citant Saint Matthieu : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ».

Une croisade, une guerre sainte donc… La guerre du dieu-amour contre le dieu-argent. L’amour de Dieu créé un collectivisme qui, comme tous les autres, conduit la plupart du temps au pire : l’insécurité régresse mais des mains sont coupées, la pornographie n’est plus affichée mais des femmes sont lapidées, tous, ou presque tous, sont égaux mais tous sont esclaves.

Que décrire concernant le dieu-Argent que chacun n’a pas enduré dans sa chair ? L’individualisme ne semble pas porté par essence aux dérives autoritaires voire despotiques et sanguinaires qui nécessitent des clans, des ordres, des groupes… Les sociétés individualistes opèrent différemment pour imposer leurs diktats. Il faut faire en sorte que l’apparence efface le réel, que les fabrications médiatiques soient prises comme des révélations divines, que les vérités scientifiques soient obscurcies par les nécessités du marketing… Si il y parvient, le dieu-Argent devient féroce car il impose discipline et soumission non pas en enfermant les rebelles dans des prisons ou des salles de torture mais en faisant en sorte que le pauvre accepte sa soumission : pas assez cultivé, pas assez qualifié, pas assez productif, trop payé, trop protégé… le pauvre en arrive à louer dieu de n’être pas plus pauvre que ceux qu’il croise dans les rues, les yeux déjà ailleurs, repus d’avoir ingurgité des choses ignobles, errant de bancs en bancs en poussant devant eux un caddy chapardé au supermarché le plus proche. Le dieu-argent retire l’humanité des hommes et les transforme en esclaves sans avoir besoin de fers ou de chaînes. L’individualisme subsiste même chez les miséreux qui ne songent même plus à s’unir pour affronter ceux qui leur retirent leur âme.

Une collectivité, et a fortiori une société, cherche constamment à constituer une élite. Les critères d’appartenance à celle-ci varient quelque peu : la naissance, la pureté d’une ferveur, le degré de savoir, la finesse d’une culture… Sous la coupe du dieu-argent, le pouvoir est morcelé et n’est pas incarné par une seule personne ou un groupe restreint : les 80 millions de terriens qui possèdent à peu près tout n’ont pas de chef, ils ne décident qu’indirectement du sort des individus en déplaçant leurs immodestes pécules au mieux de leurs intérêts. Une cathédrale ne peut être haute que grâce aux arcs-boutants qui contrebalancent les forces d’affaissement. L’éthique, dans laquelle on puiserait des impératifs personnels, pourrait être l’arc-boutant du capitalisme. En d’autres temps, Blaise Pascal avait bien eu le désir de mourir en compagnie des pauvres. Mais regardons autour de nous les membres de l’élite des fortunés : combien de butors pour un mécène.

Les hommes politiques, détenteurs désignés du bien commun, ont perdu prise sur le cours des évènements depuis des décennies sauf lorsqu’il s’agit de faire la guerre où ils excellent encore. Il faut dire que les guerres ont une excellente profitabilité, préviennent les contestations sociales, engendrent des emplois, permettent aux technologies de pointe de se développer. Chacun a trouvé un bénéfice dans l’immense chaos installé au Proche et Moyen-Orient. La plupart des États de cette région se sont tournés vers les Etats-Unis, et dans une moindre mesure vers l’Europe, pour se pourvoir en capacités militaires munies de technologies avancées.

L’Islam constitue une force spirituelle qui relie les individus entre eux dans leur quotidien le moins éthéré, une identité collective intense se créée ainsi car chacun est sous le regard de tous. Les routes empruntées par le monde islamique méditerranéen et les occidentaux divergent dès le temps de l’Empire Ottoman. Ce dernier ne prendra pas part, ou très marginalement, à ce que façonnaient scientifiques, techniciens et marchands dans une pourtant si proche Europe. Une vague de modernistes dirigea les entités issues du démantèlement de l’empire. Mais ils n’eurent guère de successeurs. La planète compte en conséquence deux mondes irréconciliables : l’un qui a la foi, l’autre qui ne l’a plus. La lente infusion des plaisirs occidentaux pourrait conduire à ce que l’Islam perde son statut de religion ; il se contenterait alors de fournir un décorum à quelques cérémonies funèbres comme l’on fait ses consœurs, elles aussi nées au Proche et Moyen-Orient. C’est le plan proposé par nos augures faute de réaliser que le monde arabo-musulman a surtout besoin d’être fier de lui-même par ses apports aux technologies de demain.


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