TRIBUNE : J.O A PARIS : LA DEFAITE DE LA PENSEE

mercredi 18 octobre 2017
par  Michel Caillat
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Demain, Paris sera la ville choisie pour organiser les Jeux Olympiques de 2024. Depuis plusieurs années, la propagande olympique orchestrée par l’Etat (et ses institutions, l’Ecole, la Police, etc.) et le mouvement sportif, et relayée par la majorité des médias a suffisamment conditionné les foules pour que la désignation de la capitale française soit considérée comme une victoire pour la France. Si l’aspect économique de l’opération fut parfois discuté (malheureusement en jugeant les expertises de Thierry Rey ou de Tony Estanguet aussi crédibles que celles des économistes Jean-Paul Gayant ou Vladimir Andreff), ses fonctions politiques et idéologiques sont restées - comme sur le sport en général - ignorées et censurées.

Qu’avons-nous vu une fois encore ? D’un côté, des amoureux (mouvement sportif, élus de tous bords, militants divers, etc.) qui nous décrivent un sport désincarné, une essence romantique de sportif tourné vers la perfection morale et physique, et nous vantent le culte des émotions et le dépassement de soi. Sans oublier la création d’emplois, le resserrement des liens sociaux, le prestige du pays, etc. tous ces mythes entretenus depuis l’origine du sport à l’aube du 19ème siècle. D’un autre côté, les observateurs de l’institution sportive qui décortiquent ses dogmes, illusions, arguments d’autorité, et soumettent l’Idée olympique à l’analyse en essayant de comprendre les mécanismes selon lesquels elle est produite et imposée. Ces observateurs dits critiques sont plus que jamais balayés, écrasés par le rouleau compresseur de l’idéologie sportive dominante. Jamais vu comme un "fait social total", le sport ne se pense pas, il se vit. Pire, il refuse d’être pensé (1) .

On le constate avec le discours olympique qui est le prototype du "discours anonyme" c’est-à-dire du langage venu de partout et de nulle part qui nous traverse et que nous répercutons avec le sentiment de transmettre des évidences incontestables. C’est une sorte de goutte-à-goutte permanent, administré par la masse des "hauts parleurs" qui produit des effets sociaux très profonds. Le sport et l’olympisme font l’objet de croyances, de préjugés, d’adoration ou de rejet, mais nullement de connaissance. Or, l’Olympisme c’est avant tout l’exposition d’une doctrine. Ce n’est pas un jeu mais une vision du monde destinée à conquérir la planète entière : « Nous dicterons au monde ce en quoi il doit avoir foi » (Pierre de Coubertin). Cette « philosophie pratique de la vie » doit servir de modèle social et de règle de vie. Avec sa morale et ses sermons sur les idéaux, elle cache des discours idéologiques. Il faut arrêter de le nier : la doctrine olympique n’est pas neutre et innocente. Elle est un ensemble de valeurs et d’opinions. L’imaginaire olympique et sportif est aussi un imaginaire politique.

Nous travaillons sur le sujet depuis de longues années. On peut être en désaccord avec nos thèses mais encore faut-il les connaître, les étudier et ne pas les rejeter avec mépris ou désinvolture. Nous voulons débattre et nous nous heurtons à des murs. La censure olympique empêche d’avoir un échange libre et argumenté sur la religion olympique. Certains nous disent qu’on méprise le peuple. Mais qui le méprise ? Est-ce ceux qui veulent lui donner des outils pour comprendre le monde dans lequel nous vivons ou ceux qui lui font croire que le sport en général et l’Olympisme en particulier ne sont que des divertissements anodins ? Les Jeux Olympiques c’est la mobilisation de foules immenses, ce sont des milliards en jeu, ce sont des heures d’antennes, c’est la saturation de notre temps et de notre espace

Oui, les Jeux olympiques de Paris en 2024 posent des questions sur les plans politique, idéologique, économique et culturel. Les taire c’est censurer tout discours critique sur un phénomène social majeur. Toute censure nous semble inacceptable, y compris la censure olympique et sportive. Mais nous savons bien que mercredi à Lima, les « Jeux seront faits » et que le débat, s’il arrive, viendra évidemment beaucoup trop tard.

(1) La sociologie du sport est totalement ignorée (y compris dans les dictionnaires de sociologie et de sciences humaines), les ouvrages de sociologie et d’histoire du sport sont enterrés dans les rayons sport des librairies et des médiathèques et une grande majorité d’intellectuels et de militants dits progressistes jugent peu sérieux et indigne d’analyse ce phénomène social qui, il est vrai, ne mobilise que des millions de personnes

Michel Caillat est président du Centre d’Analyse Critique du Sport et de la Société lecacs.blogspot.com)


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