TRIBUNE : CHEVENEMENT : UNE SEULE SOLUTION, L’AUTOGESTION (LA COGESTION ? LA CODETERMINATION ? LES COMMUNS ?...)

vendredi 1er décembre 2017
par  Jean-Pierre Lefebvre
popularité : 23%

Dans un article pertinent du Monde du 23 juillet, l’ancien ministre de Mitterrand s’interroge sur les raisons de la réussite économique de l’Allemagne (et de l’Europe du Nord). « Ce n’est pas principalement », dit-il, « parce que son économie a été flexibilisée mais par ce qu’elle a été organisée sur la base d’une anticipation partagée des perspectives de développement de l’entreprise ». L’échec de la réforme macronienne du code du travail est au contraire prévisible selon lui car elle n’ouvre la voie qu’à une réduction des coûts salariaux sans contrepartie solide en matière d’investissement et d’emplois. Réflexion judicieuse, ce d’autant quelle se double d’une autocritique sur le colbertisme furieux de 1981 : « Personne n’envisage plus un retour à la planification car le système capitaliste a profondément muté ». Une autre raison tout aussi forte étant que la planification a sombré, à l’Ouest comme à l’Est, dans l’ossification bureaucratique, parasitaire et laxiste.

La conclusion s’impose : regardons outre-Rhin où « plusieurs milliers d’entreprises ont une organisation dans laquelle les représentants des salariés ont à connaître les stratégies de développement et un pouvoir susceptible d’influer sur les décisions… Outre qu’un syndicalisme puissant a le monopole de la négociation des salaires… ». A terme, rien n’interdit que cette codétermination évolue vers la propriété enfin collective des moyens de production. L’intelligence et la faisabilité de ces propositions contrastent avec l’attachement des gauches radicales au cadavre du programme commun de 1981, aux dogmes des services public, des nationalisations, de la planification, vite jetés aux orties par Mitterrand après qu’il eut plumé la volaille communiste pour épouser le thatchérisme. A l’autre pôle, la fixation libertaire sur les micro-exemples d’autogestion spontanée et leur généralisation improbable, si elle est en soi précieuse, garantit surtout le renvoi du bien vivre aux calendes grecques.

Si notre président avait les dimensions d’un homme d’Etat, il proposerait ainsi sa nuit du 4 août : les suggestions chevènementistes ci-dessus, complétées par quelques mesurettes, proposées notamment par les très sérieux Piketty et les économistes atterrés : augmenter l’lSF, réduire le temps de travail, limiter l’échelle des revenus de 1 à 10, afin d’enrayer la croissance aveuglément destructrice et la patrimonialisation catastrophique, annoncées par Wallerstein. La parole est à la France Insoumise. Nous préférerions bien entendu une autogestion plus pure, plus radicale mais l’histoire et la macrosociologie montrent que les grandes bonnes idées structurelles s’emparent lentement des réalités politique, dans le désordre et l’imperfection de l’immanence plus que dans l’essentialisation judéo-chrétienne.

Autre oubli de Jean-Pierre Chevènement, dont l’urgence est rappelée par les abstentionnistes, Nuit Debout, France Insoumise (voire En Marche !) : l’institutionnalisation d’un nouveau réseau démocratique de base, dans les quartiers (de 3000 habitants), élisant directement leurs délégués à la proportionnelle, intervenant en réseau sur tout le territoire national pour proposer des initiatives et contrôler les assemblées et exécutifs aux différents niveaux, en faisant dépérir doucement les mélanomes bureaucratico-étatiques. Une VIe République qui donnerait la parole au peuple en préservant le dynamisme économique ! Simple ! Merci Monsieur Chevènement. Continuons de puiser dans l’inépuisable vivier d’idées de Mai 68 !


Commentaires

Brèves

1er mars 2012 - BREF HOMMAGE A MENDES FRANCE, par François LEDRU

Chez les Ledru, bourgeois catho (comment puis-je être si différent d’eux ?), les gosses (...)

17 août 2009 - SIGNEZ LA PETITION ANTI-BONUS !

Les grands dirigeants du monde prétendent ne rien pouvoir faire dans leur pays contre le retour (...)

25 mai 2008 - NOUS SOMMES ELUS DU PEUPLE, PAS DE SARKOZY : POUR LA DEFENSE DU DROIT DE GREVE : DESOBEISSANCE CIVILE DES ELUS !

Le 15 mai 2008, le président de la République en titre a osé remettre en cause le droit de (...)