DANIELA, LE FADO, L’ELEGANCE, MAIS PAS QUE…

jeudi 15 février 2018
par  Jean-Luc Gonneau
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Joséphine Baker, célèbre danseuse et chanteuse et des années 1925 à 1975, née aux Etats-Unis, chanta avec un grand succès « j’ai deux amours, mon pays et Paris ». Pour en rester aux amours géographiques, Daniela en a trois : la région de Guimarães, où elle est née, et dont est issue une partie de sa famille, les Açores, d’où vient l’autre partie et où elle passa une bonne partie de son enfance, et, comme Joséphine, Paris (j’ai visité Paris en famille quand j’avais douze ans, et je m’étais promis d’y revenir).

Dans sa famille, on aime chanter, mais pas le fado. Elle entend parfois, et en est touchée, Amalia à la radio, mais c’est lors de ses études universitaires (école de journalisme) que Daniela écoute Mariza, à l’orée de sa carrière internationale, et décide d’intégrer un groupe de fado, Cidade Berço (référence à Guimarães, « le berceau du Portugal ») qui connaîtra quelques succès. En 2009, à 22 ans, au pic de la crise économique au Portugal, Daniela se retrouva au chômage et saisit l’opportunité d’une bourse pour un stage à Paris, qu’elle ne quittera pas jusqu’à ce jour. « Paris m’attirait, et c’était aussi la possibilité de suivre des cours de chant et de danse, ce que le niveau des salaires au Portugal ne me permettait pas ».

Pour une nouvelle venue à Paris, sans connaissance du milieu local du fado, le chemin n’est pas simple. Ses premiers pas se heurtent à quelques indifférences jusqu’à sa découverte du restaurant l’Arganier, en 2013, qui donnait alors du fado chaque dimanche. Sousa Santos, l’une des figures majeures du fado parisien, la remarque, la conseille et l’encourage. Ce sera aussi le cas du guitariste Manuel Corgas. Au fil des mois, le travail donne ses fruits : la chanteuse timide acquiert une aisance et une autorité (souriante) en scène, assure sa voix, enrichit son répertoire (elle avoue ses préférences pour les fadistes Aldina Duarte, poétesse par ailleurs, Ana Sofia Varela, Beatriz da Conceição), le tout enrobé par une élégance naturelle et un charme dont elle sait jouer sans ostentation, trouvant toute sa place dans cette nouvelle génération du fado parisien dont nous avions bien besoin.

Remarquée lors d’une soirée de fado par l’auteure de la pièce Florbela, la sœur du rêve (sur des textes de la grande poétesse Florbela Espanca), elle est invitée à jouer et chanter dans ce spectacle, prochainement repris à Paris*. S’en suivra (peut-être) un film dont le projet est en cours d’élaboration. Un présent bien rempli, un avenir prometteur, que demander de plus !

Ce texte est également paru dans Lusojornal, www.lusojornal.com


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