UNE HISTOIRE D’AMOUR ?

lundi 19 février 2018
par  Hervé Mesdon
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J’avais 15 ans. Elle portait une de ces légères robes d’été en vichy bleu clair et blanc qui se sont fossilisées dans ma mémoire et qui à l’époque faisaient du corps des filles des bonbons acidulés si délicieusement emballés qu’on n’imaginait même pas d’y goûter. Elle faisait comme si je n’existais pas. Comme si d’un autre monde. Comme si, en la brise marine qui ensemble nous berçait j’étais, moi, en une nuit principale qui me disqualifiait. Avec ses amies, elle riait, elle riait. Et je me voûtais sous le poids terrible de ce rire dont à mon sens elle se servait pour me nier. Nier ma présence. Nier les yeux fervents que je posais sur elle.

Et quand elle se troussait, faisait voler le fin tissu par-dessus ses cheveux pour paraître d’un coup en son bikini noir et luisant, la simplicité impudique de ses gestes, alors qu’à dix pas d’elle sur la plage je la regardais faire, me faisait bondir le cœur et me montrait encore plus à quel point je pouvais être transparent pour elle. Ce fut un été de merveilleuse errance dans les méandres des amours malheureuses. Des après-midis entiers allongé sur le sable, à guetter le moment où sortant du bain elle aurait cette si adorable façon de s’ébrouer, puis de saisir à pleines mains son abondante chevelure et de la tordre. Des soirs de sombre ennui à jouir de la tristesse de n’être pas aimé. D’interminables promenades solitaires peuplées de son image que je pliais à mes désirs les plus fous, dénudant ses seins naissants, remontant en caresses lentes tout au long de ses jambes, laissant sa nuque s’alanguir sur mon épaule. Des ruses dont je pimentais mes journées pour surprendre d’elle quelque instant plus intime.

Je tirais de ce manège de si considérables bénéfices que pas une fois il ne me vint à l’esprit de m’adresser à elle, ni de lui faire connaître par l’une des mille subtilités que l’on peut utiliser pour cela l’attirance que j’avais pour elle. Le risque de voir le charme rompu eut été trop grand. Il me suffisait au fond qu’elle occupe dans la vacuité molle de cet été désoeuvré une place suffisamment crédible pour alimenter mes états d’âme.

Elle quitta la station balnéaire où nous nous trouvions quelques jours avant moi. Je n’en éprouvais aucun regret. Au contraire j’eus le sentiment d’une libération et le soir même, ayant constaté son absence, une foule de bonnes raisons pour me débarrasser d’elle et de son image m’apparurent.Les quelques jours de vacances qu’il me restait furent également agréables : l’esprit avait retrouvé ses marques, tout était à nouveau à sa place.


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