DEFIONS-NOUS DES REFORMES

samedi 12 mai 2018
par  Jean-Luc Gonneau
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Au risque de nous répéter, nous insistons souvent dans notre gazette sur la perte ou le changement de sens des mots. Il en est ainsi pour le mot réforme, et ce depuis (presque) toujours. Réformer peut signifier rétablir une forme ancienne, tout aussi bien que lui en substituer une nouvelle, en principe pour l’améliorer, mais pas forcément. Débrouillez-vous avec ça, nous dirons les étymologistes.

Et de fait, les corps et les acteurs sociaux se sont bricolé leur sens à eux. Pour les militaires, réformer, c’était mettre au rancart les hommes (les demi-soldes post premier empire, par exemple) ou les chevaux. Au temps pas si lointain du service militaire obligatoire, on réformait les conscrits considérés comme inaptes. Dans cette conception, pas question de toucher à l’institution. Dans le domaine religieux, la réforme est étroitement liée au protestantisme, qui prétendra améliorer les institutions religieuses mais sans toucher à dieu, juste un peu à sa maman et à ses saints). Quant aux politiques, ils se sont jetés goulûment sur le mot. A gauche, on vit apparaître un courant réformiste, en concurrence avec le courant révolutionnaire et d’autres à cheval entre les deux. Les réformistes prétendaient, et prétendent toujours, œuvrer par les réformes à améliorer le sort du plus grand nombre. Notons qu’ils n’y parvinrent, à quelques exceptions près, qu’avec le soutien des courants plus ou moins révolutionnaires. L’exemple le plus éclairant est celui des conquêtes sociales du Front populaire.

Les réformistes issus de la gauche ont vite fait des petits au centre et à droite (on est gentil, là, aurait écrire à droite et à droite). Parfois revendiqués comme réformateurs, histoire peut-être de se distinguer sur la forme. Le réformiste ou réformateur de droite ne s’embarrasse pas de l’objectif du mieux-être du plus grand nombre. Son discours peut le prétendre, mais les actes le démentent le plus souvent. Le pompon en la matière, pourtant difficile à décrocher après le quinquennat de Sarkozy et lois Hollande-Valls sur la sécurité, Hollande-Macron (déjà)-El Khomri sur le droit du travail et le projet Hollande sur la déchéance de nationalité, appartient incontestablement à l’actuel président de la république, qui n’a que le mot réforme à la bouche pour réformer à la fois au sens militaire et pour le mieux-être de quelques-uns.

Il convient donc de se défier du mot réforme et en conséquence d’iceux qui l’emploient. Quoi à la place ? François Hollande, on s’en souvient peut-être, avait utilisé le mot changement (« c’est maintenant », disait son slogan alors qu’il s’empressa une fois élu de prendre six mois de quasi vacances politiques avant de commencer à « réformer », à tort, à travers et plus rarement à bon escient. Exit donc changement. La bonne vieille révolution ? Son histoire est souvent sanglante, ce qui crée certaines appréhensions chez une partie non négligeable de la population. Certaines commencent dans l’euphorie (1917, Castro, Chavez) mais finissent mal ou moins bien, même si les couches populaires peuvent y trouver même à terme, même imparfaitement, leur compte. La révolution portugaise de 1974 est unique en son genre, conduite par des militaires qui s’engagèrent, et tinrent parole à rendre le pouvoir aux civils, alors que généralement les « révolutions » militaires ne sont que des coups d’état. Elle fut et demeure libératrice pour le peuple portugais, même si son volet social fut écorné par la cohorte de réformateurs civils de gauche et de droite qui lui succédèrent. Progressisme ? Le mot est plus idéologique que programmatique. Pendant longtemps, le progressisme fut considéré comme une idéologie liée à la gauche, et notamment à une mouvance tiers-mondiste qui voulait secouer le joug des puissances coloniales ou para-coloniales et dans certains cas des pouvoirs religieux (Mustafa Kemal Atatürk, Gamal Abdel Nasser…). Las ! Voilà notre président qui se prétend progressiste.

Finalement, la proposition de Jean-Luc Mélenchon, la révolution par les urnes, alliant le romantisme qui demeure une composante de l’image de révolution et l’objectivité (toute relative, on le sait) du verdict des urnes, nous semble une bonne idée. Pas très marketing, peut-être, mais intelligente, ce qui est souvent le cas des idées pas très marketing.


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