Docteur Jekyll et Mister Onfray

mercredi 18 juillet 2018
par  Jean-Pierre Lefebvre
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Décadence. Gros livre, comme toujours, passionnant. Le propos est ambitieux : rien moins que décrypter de la plume acide du philosophe caennais deux ou trois millénaires d’histoire des idéologies en explosant les paralogismes, déblayant les scories accumulées par les thuriféraires des puissants de tous poils en exportant aux cieux hypothétiques les malheurs concrets de la vie sur terre comme les espoirs insensés de vie éternelle six pieds sous elle ! Comme chez son maître Nietzsche, après que Dieu soit mort, la tendance majeure est pessimiste. Refusant toute eschatologie, son matérialisme intransigeant balaye les monothéismes et leur ancêtre platonicien à l’aide d’une lecture érudite, doublée d’une déconstruction patiente de l’imbroglio de fables, de contes, de mythes, d’invraisemblances, de récits apocryphes, de conciles touffus bricolant une impossible cohérence, de sectes étranges aux conduites absurdes mais aux répressions féroces contre qui oserait s’en affranchir. Cependant le titre même Décadence exploite mal les données de son analyse : s’il dénonce l’imposture religieuse, il fait curieusement démarrer du monothéisme judéo-chrétien la civilisation contemporaine contradictoire, pollution et armes nucléaires, versus progrès culturels et démocratiques, recul des tares, famines, maladies, violences, siège globalement d’un incontestable progrès, au-delà des vicissitudes et innombrables aléas historiques. Pourquoi appeler notre civilisation moderne judéo-chrétienne plutôt que dater, comme il le fait lui-même dans le corps de son texte, l’essor de la civilisation contemporaine du Ve siècle grec qui inventa simultanément le rationalisme, le matérialisme, la démocratie, sur les brumes d’un polythéisme évanescent ? Pourquoi ne pas qualifier la régression monothéiste, quelques siècles plus tard, de contre-révolution réactionnaire des idées, au seul service des autocraties, ainsi qu’il cible lui-même Platon, Saint Paul, Constantin ou Mahomet. Voire en Chine Confucius et Lao-Tseu. Sans doute le fait que la plupart des œuvres philosophiques matérialistes (1000 livres d’Epicure disparus, rappelle-t-il) aient été détruites par leurs adversaires et donc connues partiellement et de seconde main puisque la masse des incunables disponible qui a été passée au crible d’une lecture scolastique autant que dévastatrice, a exercé une pression considérables sur des générations chercheurs, fussent-il animés au cours de cycles libératoires d’audace et d’esprit critique. On avait cru que l’originalité et la qualité essentielle de l’auteur était la critique objective et pénétrante du contenu foncièrement antirationnel de milliers d’années d’accumulation de fables, d’invraisemblances, d’oukases, de paralogismes sur quoi sont édifiés les monothéismes - et les monarchies. D’où l’attitude inconfortable qu’il créée chez son lecteur : adhésion enthousiaste à la pénétration du jugement qui ruine les tabous de siècles de lectures cuistres du fatras idéaliste mais en même temps étonnement sur l’acharnement contre certains mouvements et œuvres révolutionnaires, sur le recours fastidieux et fragile à un psychologisme de ruisseau pour ruiner leur image : les héros de la révolution française sont anéantis à partir de prélèvements biographiques peu reluisants dans les poubelles de la réaction. S’ils n’étaient pas personnellement des saints, si parmi eux comme toujours lors de grands bouleversements se glissaient des aventuriers de bas niveau, le Canard enchainé n’est peut-être pas la meilleure source pour l’objectivité historique bien que ses dires soient porteurs d’un certaine part de vérité. Quelle tristesse : dès qu’il touche à ses propres croyances obsessionnelles (allergie à 1789 ou 1917), il perd en route son extraordinaire puissance de jugement, son indéfectible rigueur, son esprit scientifique pour soudain faire flèche de tout bois, de tous ragots voire recopier les commentaires les plus réactionnaires (Taine, Furet…) sans la moindre distance ni critique des sources… Ainsi Lénine aurait inventé les camps de concentration en 1917 quand Tchekhov avait effectué des années auparavant un reportage sur les bagnes tsaristes en Sibérie, dénonçant l‘extermination qui y était pratiquée. Si cela n’excuse en rien la cruauté léniniste, il est cependant utile de se souvenir que c’est la grande guerre impérialiste de 1914 qui précipita les prolétaires dont la progression politique à l’Ouest était flagrante, dans la boucherie qui déboucha sur la révolution soviétique. Lénine ne croyait pas à son succès isolé, il attendait le relais d’une révolution socialiste allemande qui ne vint pas. Dans l’Etat et la Révolution, écrit en 1917, hélas non diffusé à ce moment, il soutient fermement l’autogestion (les soviets) et le dépérissement de l’Etat (exprimés par Marx dans la guerre civile en France en 1871). Voie dont il s’écartera dans l’éruption de violences de la guerre civile qu’il n’a pas déclenchée au nom d’un principe théorique mais qui lui a été imposée par les boyards et les puissances de l’Ouest. Ce qui a rendu les bolcheviks réellement majoritaires dans les soviets de 1918 fut de promettre et réaliser la paix et le partage des terres.

Il nomme ainsi son ami Lunartchaski, ministre de l’enseignement et de la culture. Ce dernier, lui-même ami de Chagall, l’encourage à créer l’école d’art de Vitebsk, où s’inscrivent 120 étudiants d’origine juive, acquis à la révolution grâce au décret léniniste donnant l’égalité aux Juifs. Avec El Lissitzky et Malevitch, ils développent une riche expérience d’art moderne (notamment suprématiste) qui fonctionne en pleine guerre civile (1918/22). Avec eux, Maïakovski, Eisenstein, Chostakovich… inspirent brièvement l’art révolutionnaire. On chercherait en vain un volet semblable dans les fascismes. Ce que veut ignorer Onfray, c’est la montée en puissance de Staline qui mettra un terme à ces avancées par son régime policier et le retour à l’art conformiste prérévolutionnaire, vers le désastreux réalisme socialiste. Ce rappel de traits historiques exacts ne peut conduire à minimiser les errements autoritaires ou bellicistes commis dans le feu du combat qui ont servi ensuite de terreau à la paranoïa stalinienne appuyée sur sa thèse inepte de l’aggravation de la lutte de classe après la victoire !!

Négligeant les acquis de la macrosociologie, il veut absolument expliquer les développements historiques par la psychologie qui, si elle y prend une part, ne saurait tout expliquer. Dépeindre la révolution française comme une machine ressentimenteuse, fruit de la méchanceté des Jacobins, n’apporte guère de lumière. En quoi la vie prérévolutionnaire de Robespierre (avocat aux causes médiocres) de Saint Just, (publié à compte d’auteur, etc.) peut-elle expliquer l’abolition de la royauté millénaire ? Tout cela est bien anecdotique, comme les trois pages sur l’infortuné dauphin ou sur le bon roi Louis XVI, placide et lecteur des encyclopédistes ? L’hommage rendu à Taine, historiographe ultra réactionnaire fait comprendre où MO a puisé ces pages étonnantes. Le bon roi n’avait-il pas appelé tous les monarques européens à la rescousse ? Mais c‘est l’historiographie marxisante - suscitant l’allergie de l’auteur - qui serait coupable d’avoir travesti la Terreur qui ne serait plus la réponse, excessive mais imposée par les circonstances, à la contre révolution mais un pur produit des Lumières radicales. Il ne s’agit pas ici de plaider pour la guillotine ou pour la répression aveugle en Vendée mais de restituer l’affrontement violent provoqué par des siècles d’oppression monarcho-papiste. Les Anglais ne font un tel procès à Cromwell qui un siècle plus tôt avait raccourci leur roi pour faire place à un Parlement.

Michel Onfray, porté par un pessimisme bien utile à qui veut s’abstenir de prendre parti contre les oppresseurs, pratique un peu comme s’il devait rattraper par la manche le lectorat de droite, effrayé par son anticléricalisme militant, en débitant des dénonciations unilatérales sur les horreurs de la Terreur contre les malheureux Vendéens, transformés en bon peuple épris de liberté quand, catholiques fanatiques, ils étaient, bien que pauvres, manipulés par leurs hobereaux. Sans doute ne peut-on que condamner les excès répressifs des Jacobins mais quelle était leur marge de manœuvre, la part de l’erreur théorique et celle des circonstances, de l’effroyable pression de la réaction européenne ? La République n’était-elle pas agressée par l’Europe monarchique toute entière appelée au secours du roi par Marie Antoinette, érigée par celui qui a trop écouté Stéphane Bern, en victimes comme ce bon Louis XVI, en omettant les crimes de vingt siècles de royauté et surtout les conditions épouvantables de survie de la révolution. Faut-il regretter Valmy, Fleurus ou la prise de la Bastille ?

Bien entendu, sa critique de l’hagiographie révolutionnaire des historiens marxistes n’est pas sans valeur. Il y a une ambiguïté tenace sur le rôle de la violence dans l’histoire. S’agit-il d’un constat historique objectif - peu contestable - (Machiavel) ou a-t-il été transformé par Hegel que Marx aurait copié, en nécessité politique pour l’action des hommes, justifié par le caractère in fine positif de la négativité en dialectique ? Où finit l’étude des processus historiques réels, où commence son hypostase en nécessité dogmatique du projet politique ? Où finit le réalisme sur la capacité de l’adversaire bourgeois à utiliser tous les moyens pour se maintenir, où commence l’erreur du suremploi de la violence par les révolutionnaires eux-mêmes ? Il est hors de propos de justifier aujourd’hui les exactions et massacres décidés ou couverts par Robespierre et Lénine, pour autant, les conditions d’explosion des passions humaines après de longs siècles d’oppressions et de méfaits de la royauté et du clergé peuvent-elles être mises à la seule charge des opprimés et de leurs leaders ? Rosa Luxemburg en 1917 soutient les Bolcheviks mais critique leur négation des principes élémentaires de la démocratie ! Michel Onfray stigmatise les excès de Lénine, centralisateur et étatiste en les assimilant à l’essence de la théorie marxiste quand ils la défigurent. Marx à la fin du siècle, appuie l’offensive politique légaliste, parlementaire du parti ouvrier allemand tout en critiquant ses dérives réformistes. En 1918, Kerenski pouvait-il mener à une sociale démocratie capitaliste pacifique et républicaine ? Il voulait poursuivre la guerre impérialiste et manquait cruellement d’une classe sociale de petits et moyens bourgeois, en dehors des fonctionnaires d’Etat, dévoués au tsarisme dont la restauration était loin d’être un leurre… La Russie était loin d’être prête pour une révolution socialiste, elle dut attendre 1989 pour bâtir un capitalisme « viable » bien que lesté par une tradition antidémocratique ininterrompue. Michel Onfray établit à juste raison une certaine filiation entre la parousie chrétienne et sa reprise partielle dans l’eschatologie marxienne du « prolétaire–messie », érigé en sauveur de l’humanité. Il dénonce chez Rousseau l’homme initialement bon de l’état sauvage, corrompu par la propriété, qu’il faudrait dresser comme un Spartiate en homme idéal, ce qui serait la source de tous les totalitarismes du siècle suivant. Mais la nécessaire égalité, le contrat social, n’étaient-ils pas aussi la vision de Prud’hon ou de Bakounine, ses maîtres en anarchie, qui après Marx dénonçaient eux aussi : la propriété c’est le vol ? L’effort de ce dernier n’était-il pas avant tout de rationaliser la définition du prolétaire comme producteur de plus-value plutôt qu’inventer un fanatisme de l’ouvrier d’usine (ce qui adviendra certes avec ses émules staliniens). Au-delà de l’accusation calomnieuse de racisme anti-bourgeois, la distinction faite entre prolétaires et lumpen-prolétariat ou petits bourgeois de la terre ou du négoce, vient du constat qu’ils étaient plus souvent du côté des puissants que des misérables. Rousseau avait-il raison sur son hypothétique bon sauvage ? Si l’expérience du socialisme dit « réel » de Staline a consisté à remplacer l’exploiteur bourgeois par l’exploiteur apparatchik, l’ethnographie a montré que l’homme sauvage n’était pas bon par essence : tout juste sorti de l’animalité, il s’entre-massacrait gaillardement, notamment au nom de la propriété en voie de constitution pour permettre sa survie et l’expansion de son code génétique, sa volonté de puissance, dira Nietzsche… L’effort civilisationnel contradictoire, capable du meilleur et du pire, n’en produisit pas moins à long terme des effets globaux positifs en dépit des nuisances du capitalisme, comme le note notamment Harari, plus optimiste, dans ses livres sur l’évolution de la deuxième moitié du XXe siècle où, si pollution et inégalité poursuivent leurs ravages, la famine, la maladie, la guerre, le sous-développement ont cependant globalement reculé. Une autre question est de savoir où tout cela nous mène-t-il : transhumanisme, post humanisme ou éradication finale ? Si la responsabilité de Lénine et de Marx dans une certaine reprise des erreurs théoriques portées par Kant et Hegel sur une transcendance de l’Etat (quelque part identifié à Dieu depuis Saint-Paul et Constantin) est justement pointée par Onfray. il nie cependant le sursaut démocratique de Lénine en 1921, malheureusement en fin de vie, quand, déjà affaibli, il promulgua la NEP qui ouvrit pour quelques années sinon à la restauration d’une véritable démocratie du moins à une détente économique incontestable qui pouvait y conduire si la paranoïa de Staline n’y avait mis un terme, contre l’avis de Boukharine. Notre libertaire déforme la réalité quand il établit un parallèle entre le racisme antijuif d’Hitler, essentiel à son idéologie et la répression bolchevique excessive contre les bourgeois ou aristocrates russes. Dans le second cas il faudrait faire état de l’arriération des masses populaires rurales comme des exactions des Russes blancs qui n’excusent pas celles des Bolcheviks chez qui on eut préféré une politique plus proche de celle de Gandhi ou Mandela, difficile cependant après l’horrible boucherie de 14/18. Il n’y eut pas chez Lénine ou Trotski, contrairement à la folie stalinienne de la dékoulakisation des années trente, une théorisation de l‘extermination physique des bourgeois ou du lumpen, au contraire de Hitler qui, aidé de grands intellectuels comme Heidegger ou Schmidt, a théorisé la solution finale au titre de son odieux racisme et ceci dans une nation développée. Comment écrire (page 450) le fascisme qui prétend se créer contre la Révolution Française souscrit au même programme que celui des marxistes-léninistes ? Ce qui est une assimilation intellectuellement malhonnête, quelque réprobation qu’entraînent les massacres soviétiques, aussi inexcusables que stupidement nuisibles à la cause révolutionnaire. Ou bien : les communistes en Espagne feront autant de ravages que les franquistes dans les rangs républicains (dont ils étaient !). Ou encore : Paradoxalement, le fascisme qui prétend se créer contre l’esprit de la Révolution française souscrit au même programme que celui des marxistes-léninistes… Tout se passe comme si des mots clés comme Marx ou Robespierre déclenchaient chez lui une sécrétion d’enzymes paralysant soudain son merveilleux fonctionnement cérébral ! Quelle tambouille ! Déjà en 1945, Adorno craignait que le déferlement totalitaire n’empêche désormais de penser le monde.

Michel Onfray, après Jean-Pierre Faye (Arendt et Heidegger), a pourtant bien détecté le rôle nocif des « théories phénoménologiques » - tellement surévaluées par l’université française - du nazi Heidegger dont la parution des Carnets noirs révèle toute la profondeur politiquement nauséabonde de ses hypernationalisme et antisémitisme fondamentaux. Mais il a nettement moins bien lu (et restitué) l’autre part critique de JP Faye qui dénonce le rôle pervers de l’amante (de gauche ?), Hannah Arendt qui, dans sa dénonciation englobant les deux totalitarismes, simplifie à l’excès les ressemblances des tares philosophiques symétriques du siècle dernier, fascisme et stalinisme, certes provoquées in fine par la même commotion planétaire des impérialismes, face à la montée des Lumières et à leur prolongement dans l’humanisme marxiste-prudhonien… Faye montre bien qu’une bonne part de la réinsertion de l’hitlérisme heidegerrien dans la pensée civilisée des années cinquante est l’œuvre consciente de l’ancienne élève qui, pendant toute l’après guerre, s’est ingéniée à minimiser l’engagement de son maître et ex amant pour la Vernichtung (l’anéantissement des Juifs, bouc émissaire), jusqu’à confondre bourreaux et victimes de la Shoah dans son livre sur le procès Eichmann ! Cette confusion n’est sans lien avec sa vénération pour Nietzsche, génial matérialiste mais anti Lumières convaincu, trainant un fond réactionnaire avec son éternel retour de la même inégalité, son mépris du peuple et de la femme, sa hantise de la mort, son culte du surhomme. Elle prolonge l’assimilation trop simpliste des deux totalitarismes de signe opposé en soutenant les thèses d’Arendt qui servent son fidéisme libertaire (de droite) et son antimarxisme maladif. Quel gâchis d’intelligence ! Il faudrait pouvoir réconcilier MO et JLM, pas impossible quand les députés Jumel et Ruffin s’entendent déjà si bien !

Onfray n’a pas non plus compris, au-delà des inévitables excès, la profondeur révolutionnaire des idées de mai 68 qui remettaient sur ses pieds anticapitalistes mais humanistes, un marxisme débarrassé de la schizophrénie assassine de Staline et Mao. Il veut n’en retenir que les scories : soutien à la pédophilie, à la folie, au sadisme, à l’amoralité, au refus du travail, à la jouissance superficielle de toutes les consommations possibles, comme si le rôle du philosophe était de désespérer la Sorbonne et Billancourt. Sa lecture du concile Vatican II est de même eau, polluée : au contraire des ses espérances œcuméniques, il n’aurait contribué qu’au contraire des buts fixés par Jean XXIII ! Sa dénonciation de la « révolution khomeiniste » en Iran oublie l’épisode Mossadegh quand l’occident a ruiné une possibilité d’évolution démocratique en restaurant le shah.

Tout procède de l’erreur initiale : dater l’essor de la civilisation moderne à l’apparition des monothéismes plutôt qu’au Ve siècle grec ! Ainsi de ses conclusions : le libertaire les emprunte à Huntington, chantre hyperlibéral du Choc des civilisations. Sans égard pour la macrosociologie, il affirme sans plus de démonstration que le capitalisme serait né dès la préhistoire (!), les coquillages remplaçant les banque-notes ! Comme s’il n’était pas solidement établi que c’est au XVIIIe siècle que les premières entreprises, utilisant les première découvertes scientifiques ont commencé d’établir le mode capitaliste, le patron possesseur des moyens de productions embauchaient les ouvriers qui vendaient leur seul bien, leur force de travail, pour produire de la plus value qui, accumulée, serait privatisée et déposée dans des banques, etc. Le matérialiste tellement intransigeant fait dans le platonicisme pour affirmer sans ambages que les religions ont toujours précédé et produit les systèmes économiques plutôt que l’inverse ! Peu importe que la plupart des religions aient fonctionné dès avant l’apparition du capitalisme comme soutien de l’inégalité sociale et de l’oppression politique en prêchant le plus souvent la soumission aux puissants.

Les Lumières, naturellement avec leurs limites, leurs scories, ont été ce moment de réveil de l’humanité contre les idéologies religieuses et exploiteuses. A l’origine, le marxisme a été, lui aussi avec ses limites et ses scories, la poursuite des Lumières, avant sa dégradation dans les malheurs historiques russes. Dans sa passion révisionniste, la pensée d’Onfray s’égare quand il affirme sans rire que ce qui distingue les peuples c’est plus leurs choix alimentaires que l’organisation de la production, manger du chien, du porc, c’est être ou ne pas être de la même civilisation ! Sans doute doit-il convenir que le capitalisme s’est désormais étendu à toute la planète, Internet aidant, affaiblissant les différences religieuses, pour autant il n’enregistre pas qu’elles ne sont que des survivances en voie d’être totalement obsolètes, l’élévation du niveau de vie étant la condition de cette libération intellectuelle dans un processus certes chaotique et incertain ! Son erreur provient de cette scie réactionnaire, si utile à nos modernes oligarques : « Ce qui a échoué en URSS, en Chine, à Cuba, etc., ne serait pas la déformation tragique du marxisme en totalitarisme stalinien, comme antithèse, déviation radicale de son humanisme mais le principe socialiste lui-même » et ce depuis Rousseau, certes souvent contradictoire avec son déisme persistant, sa pédagogie contredite par son rapport à ses propres enfants, son hostilité à la culture, etc.

Ce faisant, il oublie que l’inventeur de l’anarchie qu’il révère fut l’élève (peu doué) de Marx, comme Bakounine, avant qu’ils en critiquent - non sans pertinence - son penchant centraliste et sa conception hésitante du rôle de l’Etat. Ces craintes anarchistes se sont révélées exactes, le choix étatiste, doublé de l’arriération russe et de la boucherie européenne de 1914, a conduit à instaurer au 20e siècle non pas quelque socialisme que ce soit mais un capitalisme d’Etat (outre la pénurie), avec les bureaucrates comme nouvelle classe dominante comme déjà, par le passé les bourgeois avaient remplacé dans ce rôle d’exploiteur, après une révolution, les aristocrates de tous continents.

C’est parce que les forces du changement, les opprimés, n’ont pas su faire leur, depuis 1989, l’édification de l’autogestion socialiste (les communs), seul logiciel nouveau – à élaborer de fond en comble - susceptible d’assurer une propriété collective réelle des moyens de production, tirant ainsi le développement humain de son impasse. Les masses déboussolées du Sud, affolées par les perspectives, à la fois alléchantes du mieux-vivre au Nord mais simultanément terrifiantes du mal-vivre, face aux échéances fatales de la croissance oligarchique : inégalité, pollution, robotisation, urbanisation folle, intervention militaire du Nord, etc., se précipitent, devant l’échec des socialismes existants fussent-ils réformistes, vers la régurgitation des vieilles idéologies obscurantistes, sectaires et inégalitaires, générant leurs conflits chaotiques et stupides, portés par des leaders stupides comme le promoteur Trump.

Pas d’autre direction que de résister, de reprendre patiemment la voie chaotique de la civilisation, inaugurée par le Ve siècle grec, celle du rationalisme et de la démocratie, en bataillant contre la formidable régression monothéiste deux fois millénariste et celle, aggravée de l’ hyper libéralisme, du siècle précédent qui accumulent leurs catastrophismes respectifs. On ne peut avoir un pied dans chaque camp !


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