MACRON FOR (n)EVER

vendredi 3 août 2018
par  Jean-Luc Gonneau
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Le mois de juin fut atone, la grève de la SNCF prenant fin selon le scénario hélas habituel, les syndicats obtenant des concessions certes non négligeables pour le court et moyen terme, mais la Macronie préservant l’essentiel en gardant la main sur la possible privatisation, partielle dans un premier temps puisque « Bruxelles le veut » (sauf que « Bruxelles » le veut parce que la France, qui fait partie de « Bruxelles » n’a rien fait pour l’empêcher et a même applaudi des deux mains) et après, hein, on verra. Et les habituels coups tordus macroniens présentés comme simple projets (aides sociales coûtant « un pognon de dingue », soulignant une tendance nette de notre jupitérien à emprunter le style littéraire sarkozien, amendements torves glissés en loucedé…) continuaient aussi sûrement que les tweets imbéciles de Donald Trump. C’est qu’il y avait le foot. Qu’allaient donc faire les bleus ? Et la campagne de Russie commençait poussivement, mauvais pour le moral, ça, et pour la croissance, tous les bistrotiers vous le diront.

Juillet fut au contraire tonitruant. Les bleus finissaient par être champions du monde, à défaut, disent des connaisseurs et nos amis belges et croates, de pratiquer le meilleur foot-ball. Mais seule la victoire compte, comme dit Jupiterininho (c’est de João Silveirinho et ça veut dire tout petit jupiter en portugais) : c’est la fière devise des premiers de cordée. Qu’importe si la fête des Champs Elysées présentant les champions aux sans-rien du bon peuple, venus en nombre, fut apparemment en grande partie escamotée, puisque la raison d’état selon Macron voulait que tout le pays puisse voir à la télévision, ce qui, convenons-en, est plus confortable que debout sous le cagnard, le Premier des premiers de cordée et son épouse entourés au palais de l’Elysée, des champions en question au journal de 20h. Etonnamment, cet épisode rendit beaucoup de sans-rien fumasses.

Tout de suite après, bingo pour juillet, apparut Benalla. On ne rappellera pas les circonstances de l’incident violent de la place de la Contrescarpe, vraisemblablement précédé le même jour d’une intervention pas précisément douce au Jardin des plantes du jeune Benalla et de son complice marcheur-cogneur Crase : les images ont fait le tour du net puis des télés. On aura appris, ce qui autrement plus grave, que se profilait un projet de garde sécuritaire du président indépendant des services de police ou de gendarmerie, un genre de milice privée présidentielle, quoi. Si les enthousiastes débordements de Benalla et Crase auront permis d’étouffer ce projet, toujours ça de pris. On aura compris que les plus hautes autorités de l’état ont été mises au courant de ces histoires au plus tard dès le lendemain. Plus de deux mois pour enclencher les procédures judiciaires qui s’imposaient danc ce cas de flagrant délit, si ce n’est pas vouloir couvrir un délit, on ne sait pas comment qualifier cette passivité. On a appris, aussi, que la Préfecture de Police ne respectait pas son obligation de détruire les images des vidéos de surveillance au bout d’un mois, sauf si celles-ci pouvaient entraîner des enquêtes ou des poursuites judiciaires. On a appris enfin, de sa propre bouche, que le ministre de l’intérieur ignorait tout de ce qui se passe à la Préfecture de Police de Paris, l’une des plus importantes institutions dépendant de son ministère.

Cela fait partie du grand tout, eût dit Marc-Aurèle. Le grand plan de démolition de tout ce qui est service public (le service au public, à tous) au profit du secteur privé (le service au client, dont on vous serinera qu’il est roi, mais à condition de payer). Les plans d’économie qui se profilent donnent des frissons : économies prévues sur l’hôpital, déjà en grand danger, sur l’éducation. Et pourquoi pas sur la police, voire l’armée ? Les Etats-Unis ont déjà recours à de véritables corps d’armée privés dans leurs opérations extérieures. Trump pourrait à ce sujet donner d’utiles tuyaux à son ami Macron. Ajoutez à cela un effet négatif des mesures (fiscales notamment) jupitériennes : croissance en berne (les gens n’ont plus assez de sous), chômage toujours prégnant, investissements en berne (le « ruissellement » se fait attendre), et il vous semblera difficile d’envisager les mois à venir avec optimisme. Reste un hic : virer Jupiter et sa bande, d’accord. Comment les remplacer ? C’est là où la gauche a un souci. Nous y reviendrons.


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