LE PRIX DU MEPRIS

vendredi 28 décembre 2018
par  Jean-Luc Gonneau
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Le mépris n’est ni rare, ni nouveau dans les classes dirigeantes. Mépris de certains colonisateurs pour le colonisé, de certains aristocrate pour le plébéien, de certains hauts diplômés pour ceux qui le moins ou pas du tout, de certains hommes pour les femmes et donc, dans nos belles démocraties, de certains élus, y compris à de hautes fonctions pour ceux qui ne le sont pas. Mais nos belles démocraties ont eu au moins cet avantage sur les monarchies qu’elles ont remplacées d’inciter les puissants à, à peu près, bien se tenir en public, puisque qu’il y a des électeurs dans le public. Dans le privé, on se relâchait sans doute. Madame Trierweiler, ex compagne de l’ex président Hollande, nous conta ainsi que celui que d’aucuns nommaient « monsieur petites blagues », se permit de nommer les pauvres les « sans dents », « petite blague » qui ne devait pas sortir de la sphère privée.

Mais comment réagirait le concitoyen si on le traitait d’« illettré », si on lui enjoignait de « travailler pour se payer un costard » au lieu d’un t-shirt, aux chômeurs d’« aller voir à côté voir s’il y a des places au lieu de foutre le bordel » ou version courte « de traverser la rue » pour trouver un emploi », et tout ça en quelques mois ? Le concitoyen conciliant pourrait se dire que le président a beau être jeune et bien peigné, il dérape un peu, là. Mais si le concitoyen entend de plus, dans ces quelques mois qu’il est un « gaulois réfractaire au changement », que s’il râle on lui répond « je ne cèderai rien. Ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes », que s’il bénéficie d’allocations familiales où d’aideau logement, il voit à la télé le président dire « on met un pognon de dingue dans des minimas sociaux, les gens sont quand même pauvres », ou que lui, usager des transports en commun, entend le même proclamer, sur un ton inspiré qu’ « une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien », il devient nettement moins conciliant, et est susceptible de se livrer à de regrettables écarts de langage : « celui-là, il commence à nous chier dans le bottes », entendions-nous voici quelques mois au comptoir de notre bistro du coin à l’heure du café croissant (ou du blanc sec, c’est selon), lieu et heure pourtant dévolus habituellement à de savantes analyses des mérites comparés du PSG et de lOM. Enfin, le concitoyen ex-conciliant qui lit dans le journal que le président déclare « si ils veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent le chercher ! » commence à se dire en voilà une idée qu’elle est bonne, allez, hop, je mets mon gilet jaune, il me servira à quelque chose vu que j’ai de moins en moins de sous pour mettre de l’essence dans la bagnole.

Prendre les gens pour des billes n’est pas, en macronie, l’apanage du seul président. Citons Gilles Le Gendre, le président du groupe LREM à l’assemblée nationale : « Deuxième erreur, dont nous portons tous la responsabilité – moi y compris, je ne me pose pas en censeur : c’est le fait d’avoir probablement été trop intelligents, trop subtils, trop techniques dans les mesures de pouvoir d’achat ».Tu vois, cher concitoyen, toi y en a pas nous comprendre, toi y en a pas assez intelligent, pas assez subtil. Tu vois, cher concitoyen, not’ président lui avoir pensée complexe, alors difficile pour toi.

Le mépris macronique cru, sans détour, n’est sans doute pas la seule cause de l’apparition du mouvement des gilets jeunes, mais il nous paraît en être un détonateur puissant. Ce qui apparaît en effet au-delà des revendications, souvent justifiées, des gilets jaunes, c’est un sentiment de haine envers le président de la république d’une partie non négligeable de la population. Sentiment parfois crûment exprimé, le plus souvent diffus. Sentiment dangereux, irresponsable. Nous avons, en France souvent été mécontents de nos dirigeants. Rarement haineux, hors quelques minorités. Sentiment irresponsable avons-nous dit, mais qui est l’écho de l’irresponsabilité du pouvoir. Mal gouverner engendre le mécontentement. Gouverner par le mépris engendre la colère qui, selon la sagesse des nations, est toujours mauvaise conseillère. Encore qu’on dit aussi qu’il peut y avoir de saines colères.


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