Tribune : Contribution à une théorie des Gilets Jaunes

dimanche 3 février 2019
par  Jean-Pierre Lefebvre
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Peut-on rendre transparente l’économie mondiale ?

La psychologie égocentrique du XIXe siècle a institué un « homo oeconomicus » limité au calcul d’utilité, qui dénie toute dimension collective aux échanges entre les hommes. Il n’a guère émergé depuis un support incontestable à une science économique véritable. Elle a été remplacée par un édifice arithmétique abstrait, algorithmique, reposant sur le dollar, étalon de fait, sans autre justification que les souvenirs de son glorieux passé de domination politique. L’imprécision totale qui règne a empêché toute prévision de la crise de 2008, (à l’exception de Jorion, anthropologue de gauche radicale !) Les données statistiques du réseau des banques et des bourses annoncent cependant « régler » les échanges mondiaux, depuis l’action « spontanée » du marché. La donnée de base, la valeur d‘usage et d’échange en temps de travail humain, fût-il abstrait, est difficilement rationalisable, fondée davantage sur des réalités nationales dissemblables que sur une valeur-étalon partagée, unique. Seule variable de base, sa définition est introuvable rationnellement puisque fondée d’une part sur les critères de survie du Sud mais surtout sur ceux des pays développés du Nord qui fournissent la monnaie d’échange (dollar, étalon de fait, basé sur l’ancienne supériorité politique des USA). Le critère supposé de la subjectivité des besoins individuels équilibrés statistiquement par un marché autonome, organique, est en fait complètement biaisé par la manipulation publicitaire et la fuite en avant d’une croissance arithmétique creuse – l’accumulation oligarchique, comme un nouveau dogme dépourvu de contenu hédoniste réel sauf celui la jouissance sado-dominatrice (qui a remplacé le bon dieu). Passons sur le repérage douteux des données en monnaies disparates dont l’exemple chinois montre le caractère irrationnel. Plus que de leur équivalent physique en temps de travail abstrait, les salaires versés dépendent davantage des rendements nationaux moyens, disparates (différences Nord–Sud des forces de travail), des rapports de force entre salariés non violents, affrontés aux féroces Draculas oligarques, des prélèvements étatiques, des tricheries fiscales, argent sale blanchi, dettes privées et publiques trop grandes pour être jamais remboursées, taux de change déformés par une monnaie unique obsolète quand le Yen est en croissance exponentielle vers son statut de langage unique du Big Brother mondial définitif, à l’Euro encore majeur mais sous évalué. Les taux d’intérêt sont fixés politiquement. Le calcul des amortissements est mêmement douteux car un prix moyen de vente (par exemple pour l’automobile) incorpore des valeurs unitaires du travail humain complètement hétérogènes selon Nord et Sud, ce qui crée une rente aux financiers du Nord qui y ont expatrié leurs usines. Comment calculer l’amortissement d’une humanité globalement destinée à sous peu disparaître sous le réchauffement climatique et sa propre pollution ? Et à quoi bon ? Gigantesque bordel ! La robotisation émergente introduit à son tour un nouvel élément totalement perturbant : que devient l’ultime recours à la valeur de la force de travail qui fonde cependant toujours le marché, après sa quasi disparition dans le numérique ? Cependant, 92 % des actifs sont toujours des salariés ! La lutte de classe n’est pas prête de cesser.

Demandez aux Chinois : le marché ça marche !

Mais globalement à n’en pas douter, cahin-caha, câlin-cagnottes, le marché gère moins mal l’épouvantable imbroglio économique ! Tout autant qu’au dix-septième siècle ou sous les Romains, quand on parvenait à édifier des villes, tracer des routes, rouler carrosse en fondant l’effort technologique de l’époque sur la verste, la coudée, le pouce ou le muid, la pinte, le commerce sur l’écu, l’assignat ou l’or, aux inexactitudes indubitables. Pour la répartition du prix du travail, censé fonder tout l’édifice, tout reposait sur le rapport de force maître-esclave, tirant à hue à dia la valeur du temps de travail, lisez de la grivèlerie de celui des autres par les petits malins s’arrogeant au culot le monopole de l’utilisation de la violence au nom d’un foutu Droit reposant sur la sainte trouille, huilé d’un filet de mansuétude jésuitique. De nos jours, dans le domaine des biens sophistiqués, la vastitude évasive de la mesure s’est contractée, difficile d’ajuster et de lancer une fusée Ariane sans l’arsenal des étalons de toutes natures, désormais assis directement sur les lois physiques fondamentales, à la précision inébranlable, impérissables par nature, plutôt que les anciens mètre étalon en platine iridié du pavillon de Breteuil. Pour les étalons monétaires, on en reste à la traîne, à la terrifiante versatilité du dollar, même pas irridié, seulement ridé, dont l’impérieuse et stupéfiante inaltérabilité est maintenue par la trouille qui pince les fesses des hackers comme par l’invincibilité du corps des marines. Yes, sir ! Les uns et les autres mêmement resserrés du milieu postérieur, jusqu’à quand ? L’or a toujours un prix international mais sa référence est remplacée par les humeurs trumpistes de la banque centrale américaine, surveillée de près par la Banque de Xi, Chine, gigantesque créancier férocement attentif, qui, en deux décennies, a sorti, nous l’avons vu, 800 millions des siens de la pauvreté !

Sans doute la séparation du globe en nations, comme autant de startups, reprenant chacune des méthodes et éléments de gestion comparables, volapuks incohérents mais traductibles par les logiciels hyper sophistiqués des banques internationales, prouve bien que ce brouhaha indescriptible finit par ressembler à une gigantesque et molle coordination entre modèles comparables sinon identiques, certes totalement aveugles sur ses fondements et avenirs. Mais, à partir de l’unique critère commun qu’il y a forcément des hommes à la racine besognant comme autant de robots valétudinaires et mal dégrossis, les moyens de calcul algorithmique superpuissants autant qu’opaques des banques centrales parviennent à compenser les disparités brumeuses et monstrueuses, aplanir les mouvements browniens, planques d’argent sale, niches et paradis fiscaux, camouflage des glissements inflationnistes périlleux, produits dérivés et autres abus ghôsniens de pouvoir, finissent par harmoniser la défroque mondiale de l’incommensurable fatras de leurs repérages empiriques, que le génial gantier de Stratford avait dès 1600 pressenti déjà comme un magma concertant rempli de bruit et de fureur, orchestré par un chef idiot. Ce qui, après tout, constituait déjà une excellente définition de la science économique moderne. Sauf que l’invention de logiciels détectant comment, sur les conseils éclairés de Piketty, éviter la suraccumulation délétère et dystopique, est rigoureusement proscrite dans l’enseignement de nos Sup de Com et autres facultés économaîtriques !

Les hyper libéraux comme Thatcher (TINA, there is no alternative !) promettaient de dépasser l’autogestion généralisée de 1968 grâce à un marché capitaliste parfait, libre et sans contrainte, équilibrant l’offre et le demande par l’action spontanée de millions de consommateurs individuels seulement mus par leurs besoins, eux aussi libres et sans contraintes ! Formidable économie des ravages promis en cas de changement de logiciel ! Las, on n’a eu que la répétition en 2008 de la crise de 1929, et un système économique mondial sauvé de justesse, sans même un Roosevelt et son welfare, avec quelques cautères de réglementation des banques centrales sur la jambe de bois de l’oligarchisme obsolète. Contribuables de tous les pays, unissez-vous !... pour régler la note !

Diagnostic

A l’évidence, le marché sans contrainte est un leurre et il existe naturellement d’autres alternatives. Comme de tous temps, quand bien même les outils auraient gagné en sophistications opaques et illisibles, il est un mix de concurrence réelle et de truquages éhontés où, dans la loterie, ce sont toujours les mêmes qui gagnent, comme au loto démoniaque qui rafle les ultimes piécettes jaunes des plus démunis pour nourrir la surconsommation d’autres nababs !

Le modèle général qui remplace toute valeur d’usage par la seule valeur d‘échange, qui remplace la coopération fructueuse par la compétition féroce permet le profit immédiat le plus élevé et l’accumulation privée la plus dangereusement scandaleuse pour le devenir de l’humanité (comme le montre l’étude de Piketty sur l’évolution de l’accumulation sur trois siècles !). Cela commence par l’urbanisation, système physique supportant la machine à surprofits. Hors toute rationalisation, c’est le même Dieu obscurantiste et additionneur : seule, la mathématique - la plus basique - règne : la Ville c’est l’entassement, seulement l’entassement. Celui des étages des gratte-ciel conditionne celui des profits ! Sous la justification fumeuse de la synergie jamais constatée, censée extraire miraculeusement l’invention et le progrès des hyperdensités polluantes et invivables, sans avoir rien d’autre à faire que d’empiler les niveaux d’étages, forcer la course vers l’apoplexie, l’épilepsie, la congestion ! Passons sur les conséquences psychologiques de cette étouffante surdensité : on peut difficilement y trouver un facteur d’épanouissement individuel sauf pour l’espèce des caïmans : il s’agit en fait d’une valeur d’usage profondément négative ! L’ urbanisation contemporaine détruit l’essence de l‘humain pour un standard de consommateurs-producteurs que Le Corbusier avait bien illustré sous le concept de son Modulor, cette pure abstraction d’homme standardisé, robot résultant des dimensions physiques moyennes de toute l‘humanité, qu’il est aisé de parachever par ses goûts moyens, une pensée répétitive, une absence de sensibilité, de liberté d’être, que des automates prêts à l‘emploi pour les machines à habiter (cités radieuses !), les machines à produire (chaînes de chez Citroën), les machines à consommer (hypermarchés, Auchan, par antiphrase) ! Outre que l‘imbécilité répandue engage par le réchauffement climatique, un processus de destruction physique de notre espèce déjà passablement atrophiée par cette croissance aveugle diffusant partout les autres moyens de la pollution : les médicaments, la malbouffe, les produits chimiques nocifs. Faut que ça raque ! Faut que ça saigne, disait Vian : le meilleur des mondes ! Comme si ce n’était pas suffisant pour vider l’institution du marché de tout son intérêt organique et d’indispensable évaluation des coûts, on a rajouté les moyens téléportés du numérique : le robot déshumanisé, nous, est désormais assiégé de partout, jusque dans son intimité par le téléphone, la télé et internet, manipulé par le mensonge publicitaire qui lui fait bouffer de la pin up pour masquer le goût exécrable du hambourger, du macdo, du coca ! Qui lui fait prendre le dernier gadget crétin d’Apple pour le nec plus ultra de la culture, sans le moindre effort critique ! Patience, laissez vous vivre encore un peu, la Chine de monsieur Xi va parfaire notre environnement irrespirable en vendant à nos Jupiters ses millions de caméras pour épier vos moindres mouvements et moduler vos moindres pensées et sentiments !

Impertinence et pertinence de Vaneigem (autogestion généralisée !)

Dès juillet 68, il annonce (Bibliothèque rivage) la dystopie capitaliste et l’arrivée des gilets jaunes en reproposant son autogestion généralisée situationniste de mai 68 ! Mais se défend le CAC40, Marx d’où tout cela provient, serait lui aussi tôt largué car, chacun le sait, le coût des marchandises ne dépendra bientôt plus que des robots et donc, du temps et de la force de travail intellectuelle de leurs inventeurs et gestionnaires : comment dès lors calculer l’amortissement de cette quantité de travail à inclure dans la valeur d’échange (le prix de vente des marchandises) comme substitut à celle des salaires ? Comment mesurer la force de travail intellectuelle incorporée ? Sur quelle unité de base, le nombre de bits informatiques chaque fois produits ? Et comment la créativité, décisive dans le fonctionnement économique et humain, peut-elle se mesurer ? Comment distinguer le bluff mercantile des objets débiles de Jeff Koons de la vraie poésie, reconnaissable après la sanction de siècles ? Dans cette voie critique ? Vaneigem veut distinguer l’intelligence sensible de l’intelligence intellectuelle (plutôt algorithmique, substituable par celle des robots). Il revendique la multiplication des révolutions individuelles et de ses territoires autogérés, libérés de l’aliénation au profit d’une création généralisée, proche de la nature. Mais y a-t-il une place pour la créativité, la poésie libérée, sans un matelas productif suffisant, assurant l‘affranchissement des contraintes de survie, à l’échelle de 7 milliards d’humains, fondé lui-même sur la science exacte, les algorithmes, l’équilibre des comptes, la contrainte résiduelle du travail fastidieux en attendant la robotisation totale des productions matérielles de base, au moins celles-là ? Comme des productions intellectuelles de base, répétitives, dépourvues d’invention intuitive ? Faudrait-il en revenir sinon au statut de chasseurs cueilleurs comme semble le souhaiter l’excellent Vaneigem en ventant l’armée zapatiste ou la prolifération des zadistes ? Belle chimère, guère enthousiasmante : en l’absence de mes propres réparations corporelles qui dépendent étroitement du niveau technologique atteint par l’humanité (hélas encore capitaliste !), je serais privé de ces derniers rayons du soleil que j’apprécie tant, fut-ce en cet hiver radin. Toutes mes merveilleuses rencontres au-delà des mers, ces œuvres, ces architectures, ces jardins, ces peuples adorables, du lac Inlee au pays Dogon, mes frères Miaos, Massaïs, Touaregs, Palestiniens, Péruviens ou Ladakis me seraient restés invisibles, étrangers ! Vaneigem croit à la multiplication des ZAD et autres Chiapas, affranchis de la sujétion aux normes de la fétichisation marchande et de l’oppression étatique. Rêve généreux à encourager absolument dès qu’il en naît un par miracle mais, globalement, combien peu réaliste ! Comment gommer l’avancée industrielle et les bienfaits qu’elle nous a dispensés, au delà de ses tares, nuisances et calamités ? La solution d’avenir ne peut être le retour rousseauiste à la civilisation des chasseurs cueilleurs, quelles qu’en fussent ses joies antédiluviennes, perpétuellement menacées par une nature assez souvent hostile ?

Vaneigem depuis les ronds points de son imagination, sous son gilet jaune situationniste, a parfaitement raison de revendiquer avec force la primauté de l’être sur l‘avoir, le refus du travail spolié et de l’autorité étatique comme du culte de la marchandise, le rejet des aliénations du profit aveuglément additionneur, au profit d’un hédonisme partagé, de la primauté donnée à l’intelligence créatrice. Mais ne devrait-il pas combiner ce souci avec celui d’une rationalité opérationnelle, productive, débarrassée du profit, de l’accumulation stupidement arithmétique, de l’inégalité dystopique, mise au contraire au service d’une autogestion qui s’articule avec la robotisation et la diminution du temps de travail ingrat pour nous fabriquer du farniente, du sybaritisme et une activité créatrice mise au service du bon vivre d’humains enfin réconciliés avec leur être générique en devenir, apaisé, autogéré, cultivé, altruiste , poétique…

Son ouverture généreuse nous semble donc opposer à l’excès l’intelligence intellectuelle, réduite à l’addition profiteuse, à l’intelligence sensible, artistique poétique, organique, il peut ainsi ouvrir une voie dangereuse aux attaques contre la rationalité dans des diverticules obscurantistes. L’intelligence poétique nous est vitale, elle appuie la méfiance devant la sécheresse de la pensée mutilée, uniquement algorithmique des Harpagons. L’intelligence sensible, tout comme la découverte scientifique, procède de l’intuition, chemin rapide, raccourci, propre à susciter des concepts à l’essai mais qui ne vaudront, après le prime éblouissement, que vérifiés longuement par l’examen méticuleux du second hémisphère de la raison raisonnante. D’ailleurs la création artistique n‘implique-t-elle pas elle aussi un long travail, parfois fastidieux, de mûrissement, de vérification critique du jaillissement intuitif par des données disciplinaires, historiquement accumulées, rationnellement triées ?

Pourquoi cette rationalisation scientifique des bases du calcul n’est-elle pas entreprise par la communauté « scientifique » de l’économie ? Ne serait-ce pas qu’un tel effort se heurte dès l’orée à la question insoluble : à qui profitera le crime critique ? La dichotomie totale des deux grandes hypothèses, marxiste ou hyper-libérale, n’a cessé de bloquer toute recherche objective. Les institutions tiennent solidement en main le dogme hyper-libéral en dépit des ses écroulements récurrents, quand les avatars russes des théories marxistes ont décrédibilisé pour longtemps cette voie pourtant incontournable, y compris dans ses nécessaire révisions : pas de théorie économique sans hypothèse de révolution du mode de propriété des moyens de production, on en est toujours là !

Dans cet ordre, la question de la définition d’un étalon de base du calcul économique - qui fonderait une indiscutable véracité - à l’aire de robots, reste donc entière. Par quoi remplacer l’ancienne définition marxienne bientôt obsolète (d’abord au Nord robotisé, puis rapidement sur la planète entière) de la valeur d’échange jadis évaluée en temps de travail manuel ? Comment introduire la mesure quantitative des bits incorporés par la création humaine initiale dans les marchandises, les services, la rémunération salariale, les impôts, etc., de la production numérique, transformables identiquement en monnaies échangeables, sans lesquelles il n’y a pas de production, d’échange ni de consommation possibles ? Réduire les rapports de revenus dans la proportion de un à vingt, faciliterait grandement le calcul de cet étalon du renouvellement de la force de travail intellectuelle des créateurs, outre l’essentiel : la diminution des confrontations dues à l’inégalitaire.

L’orchestre idiot du gantier

Pourtant me direz-vous, avec ou sans rationalité exacte, tout cela fonctionne tant bien que mal, les salaires sont payés, les dettes peu ou prou remboursées, les impôts prélevés, les gratte-ciel édifiés, les gilets jaunes gazés, les publivores gavés, les abeilles exterminées, etc., avec certes quelques crises imprévisibles quoique pressenties par l‘envol des produits dérivés si sophistiqués du bonneteau de l’économétrie algorithmique quasi instantanée. En l’absence de base rationnelle, globale, indiscutable, il y a certes un énorme appareil de calcul statistique d’une puissance considérable qui évalue à la seconde ces tendances létales pour lancer éventuellement des avertissements : danger de crise !(sauf celle de 2008, à part Jorion !)

FMI, banques nationales ou mondiale, Ministères des Finances, bourses principales, banques centrales, experts, universités, tout ce beau monde entrecroise ses données entachées d’erreurs (voire volontairement truquées), calculant sur des bases étalon complètement mouvantes. Pas vraiment rassurant, ce nuage de tendances pragmatiques, appuyées sur des mesures approximatives, confirmées ou contredites par la réalité du terrain, issues d’un conglomérat hétéroclite de hakers courant après le coup génial, l’énorme profit immédiat, après nous le déluge ! Mais jamais sur l’examen objectif par des communautés scientifiques incorruptibles, usant de langages communs vérifiés, supportant la critique rationnelle des pairs. Les anipulateurs de algorithmes sont incapables de justifier la rationalité de constructions apparemment logiques mais seulement à partir d’un poudingue hétérogène qui mêle concepts vérifiés, repérages exacts et approximations tendancieuses, charlataneries cyniques, ruinant ainsi par principe toute validité d’ensemble.

Un chapitre spécial sur les aberrations capitalistes devrait être consacré au bureaucratisme d’Etat, abrité des rugosités du marché, auto-producteur de lui-même, à l’exception de tous bienfaits humanitaires. En se référant peut-être à la comparaison médicale : tout pouvoir centralisé, délégué, semble inexorablement secréter des effets létaux analogues à ceux du cancer sur le corps humain par l’incapacité sous tous les climats, toutes les latitudes, à empêcher la prolifération des ses cellules parasites, sans utilité réelle qu’un leurre fournissant des emplois fictifs, en surnombre, accompagnant les lois inutiles, les dogmes crétins de l‘administration que seule une pratique de 40 ans me permet d’intégrer sans faille dans l’analyse. Cet immense parasitisme de l’activité humaine contemporaine n’est naturellement jamais pris en compte dans les calculs « scientifiques » de nos économistes distingués !

Le calcul économique, cette idéologie bâtarde, fonctionne comme la théologie ou le kantisme, en bricolant avec l’aplomb d’une méthodologie apparemment rationnelle, en fait totalement décalquée, usurpée et feinte, un édifice qui reprend l’enveloppe apparente du mécanisme de logique binaire de la science élémentaire, exacte, mais en y incorporant indifféremment aux côtés de notions rigoureuses, vérifiées, d’autres, des fake news avérées, des fables invraisemblables, des interventions cyniquement subjectives destinées à défendre le sacro-saint profit immédiat des possédants (par exemple grâce au fameux ruissellement dont Jorion a démontré qu’il ne touche par exemple avec l’ISF, que 1 % des investissements réels producteurs d’emplois nouveaux !), pour une construction globale purement hypothétique, viciée, promise à l’effondrement. Depuis Copernic, toute la philosophie, après le triomphe de la vérité scientifique sur l’obscurantisme religieux, a ainsi usé de tactiques défensives en bricolant ses leurres caviardés, amphigouriques, dans les deux siècles qui suivirent, marqués par la réaction intellectuelle et l’inféodation de l’université aux propriétaires des moyens de production et leur kantisme têtu. Jusqu’au nazi Heidegger, sacré plus grand philosophe du siècle !! Ainsi en politique aujourd’hui, des grivèleries des populismes fascisants aux thèses sociales de la gauche radicale.

Comme ils comportent un amas de constats pragmatiques, ces systèmes poussifs ne sont pas entièrement dépourvus d’une vague fiabilité globale, un peu à la manière du freudisme qui accumule des observations justes mais les met aussitôt au service d’une pseudo théorie psychologique, aussi invraisemblable que les mythologies les plus vétustes, du papisme au bouddhisme, appuyées cependant sur quelques milliards de croyants. D’où à la fois, le caractère indispensable de la tolérance aux croyances, mais parallèlement, d’un effort inlassable de diffusion des Lumières, d’un rationalisme matérialiste et critique conséquent !

Le caractère scientifique de la discipline économique ne pourra sans doute être atteint qu’à partir du moment où la propriété privée des moyens de production sera réellement supprimée (et non, bien entendu remplacée par son homologue aggravant ses tares, la propriété étatique de ceux-ci, marquée par on échec définitif au XXe siècle russo-chinois (autant que marchais-mitterrandien) ? Ce que ne semblent pas avoir encore parfaitement compris les Insoumis de monsieur Mélenchon, hélas ! Le serpent se mordrait-il la queue ?

En attendant, l’économie demeurera un savoir faire empirique, basé sur des analogies entre des constats de faits non vraiment élucidés, rationalisés, mais seulement repérés à l’aide d’unités approximatives à base monétaire qui, statistiquement, fournissent cependant des analogies , des moyennes et écarts-types mesurant la dispersion aléatoire avec lesquelles, après consensus des utilisateurs et avec la bénédiction de l’Etat du CAC 40, on peut poursuivre des échanges concurrentiels qui, s’ils fonctionnent (hors crise, inflation, etc.), vérifient dans la pratique une fiabilité grossière de la méthode dans sa quotidienneté. Ce qui est décisif, c’est le consensus humain qui a peu à voir avec une quelconque mesure scientifique et qui est le plus souvent imposé aux dominés par les propriétaires abusifs du travail des précédents. L’échelle des salaires chez Renault est comparable, analogue, à celle de chez Peugeot car ils fabriquent des autos vendues à un même type de clientèle aux revenus comparables, pour les mêmes raisons d’identité, dans un rapport de forces sociale comparable. Dans l’abstrait, c’est un cercle fermé : les autos sont vendues à tel prix parce que les salaires de ceux qui les fabriquent - et peuvent aussi les acheter - permettent l’un et l’autre, ce qui fonde une véracité apparente des prix et des salaires, avec une variabilité limitée, masquée par le grand nombre « statistiquable ». Changez de marchandises, cela marche aussi sauf qu’il faut traduire des autos en complets vestons ou kilos de patates, et en expression monétaire du rapport de force exploitants/exploités dans les PME et dans les grosses boîtes. Il faut alors revenir à une unité de mesure comparable, celle de Marx (faute de mieux) pour passer de l’un à l’autre : le temps de travail nécessaire à la production et reproduction de la marchandise force de travail où on retrouve toujours in fine, hélas pour la mathématique pure, une part d’humanité non quantifiable : les besoins anomaux, le plaisir subjectif, qu’il soit spontané ou manipulé, l’organisation des luttes ouvrières, etc., où le coefficient de subjectivité est déterminant. On est reparti vers les horizons inextricables de l’incertitude déterministe, déjà à l’œuvre dans le domaine des particules élémentaires, de l’infini petit, ou grand. Seul dérangement à cette superbe horloge économique (très mal) autorégulée, c’est quand une cause forte de déréglementation intervient, par exemple, crise de 2008, robotisation sans RTT, recours aux bas salaires du Sud, augmentés du coût de transport, qu’on peu réduire en gigantisant les porte-containers, aucun compte n’étant tenu de la pollution induite. Ou bien encore augmentation générale des salaires (rares sauf évènements politique majeur (1936, 1945, 1968, 1981, Jospin, Gilets Jaunes), versus des profits patronaux (plus fréquents avec l’aide de l’Etat : suppression de l’ISF, Mitterrand 1983, Sarkozy, Hollande, Macron…) donc, lutte des classes, conflits, etc. On ne s’en sort pas. Sauf, loi d’airain, si dans ces conditions empiriques d’équilibre, la boîte fait sans cesse du déficit, quelle que soit l’approximation de son mode de calcul et les présupposés politiques, elle fermera : sanction bien réelle du marché. Ce qui tend à prouver dans la pratique l’adéquation globale du chiffrage avec une certaine réalité économique sous-jacente. En son absence, à l’échelle du pays, l’industrie recule, dépérit et la viabilité globale de l’économie nationale recule également. Ou encore, c’est le système tout entier qui disparait comme celui des soviets étatisés en 1989 ou la Chine de Deng à la même époque, pour restaurer le marché sauvage ! Depuis, en dépit de libertés restreintes, leur économie est repartie et a permis en Chine la sortie de huit cent millions de personnes de la pauvreté. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale : sans doute une approximation, mais tellement monstrueuse (et non démentie) qu’elle est en gros exacte sur l’essentiel, à la manière dont le brouillard de la pollution laisse entrevoir la forme vérifiée par temps clair de la tour Eiffel ! Supprimez ce monstre, l’économie deviendra transparente et la démocratie à portée de main.

On est cependant très loin d’une régulation organique du fameux marché libre et sans contrainte promise par les hyperlibéraux, grâce à l’autodétermination supposée de consommateurs idéaux mus seulement par leurs besoins individuels, car c’est faire bon marché des multiples manipulations de la classe dominante qui influence les consommateurs par le mensonge publicitaire systématique, l’obsolescence programmée des marchandises, le gadgétisme parasitaire, la négligence des conséquences sanitaires, la non prise en compte des frais induits (écologie, frais de remplacement sous estimés ou mis à la charge de l’Etat comme dans les centrales nucléaires) ; dans le domaine de l’urbanisation, secteur décisif du mode de vie, la totale soumission des décideurs étatiques aux modèles de développement surdensifiés, standardisés, antivilles, inhumains, inurbains, de la promotion privée ou des marchands de pétrole aux dépens d’un hédonisme économe, artistique et partagé. Outre la tendance acharnée, inébranlable du patronat à rogner dès qu’il le peut sur la part de la plus value destinée aux salariés, même en deçà de la survie dans les cas extrêmes. En finir avec l’économie de luxe jusqu’à l’absurdité obscène de la spéculation sur les objets du faux art spéculatif pour les riches dont les « artistes » ont pour seul souci de maintenir les cours, en l’absence de tout contenu artistique véritable (Koons, Johny, Perrault, etc.) Non seulement à terme le capitalisme détruit la planète, aliène l’homme, la femme mais il corrompt leur intelligence même, qu’elle soit artistique (vulgarité publicitaire), intuitive ou rationnelle, mathématique ! L’une et l’autre essence de leur être !

Demandez le programme  !

Autogestion généralisée, politique et économique, d’accord avec Vaneigem. Sauf que, son addition de zones libérée petit à petit, basée sur l’activité maraichère fut-elle bio, est sans doute un leurre : les oligarques pourront continuer à prendre tranquillement du poids. Certes décréter : demain année zéro, tout s’arrête et on fait l’autogestion dans les villes et les campagnes, n’est guère plus convaincant. Serait bien utile un programme politique à fin autogestionnaires précisant ses étapes, partant de la situation concrète d’aujourd’hui, puisant aux meilleures traditions de luttes de la gauche radicale depuis un siècle, débarrassées du boulet communiste à couleur de goulag, ça devrait aller de soi. On ne va pas supprimer la délégation de pouvoir car la démocratie directe avec 70 millions de participants est un non-sens ; il faudrait donc inventer, mes gilets jaunes, un mixte de démocratie directe et de délégation contrôlée, dans une évolution progressive vers l’autogestion généralisée, qui soit à chaque étape acceptable par une majorité de citoyens.

La base politique a été remise à jour par l’explosion populaire des gilets jaunes, fondée sur la revendication de la démocratie directe : c’est l’activité permanente d’une institution pérenne de quartier où les gens se connaissent, des communes de pas plus de quelques milliers de citoyens, par exemple l’aire des bureaux de vote dans les grandes villes. Partout une même représentativité : un élu pour deux cents électeurs. Ce réseau de comité de quartier discute en permanence de tous les aspects de la politique : depuis le local qu’il gère directement, à l’urbain qu’il délègue en contrôlant continûment ses délégués révocables en cas de manquements et ainsi de suite pour le département, la région, l’Etat. Tout délégué des instances géographique supérieures doit d’abord être élu dans un comité de base.

En matière d’autogestion économique, on partirait de la cogestion, déjà appliquée plus ou moins parfaitement en Europe, ici par l‘extension des pouvoirs des comités d’entreprise. Une évolution vers l’autogestion devra être inscrite dans les statuts. La politique nationale diminuera progressivement la Propriété Privée des Moyens de Production par l’impôt sur les gros revenus (ISF !) et une échelle limitée de un à vingt. Elle instituera une généralisation de la robotisation pour une RTT comme but central de la production, plutôt que la croissance aveugle, remplaçant la publicité par des avis d’ONG spécialisée.

Les services publics deviendront peu à peu des entreprises autogérées auxquelles les comités d’élus confieront dans la concurrence, les tâches de coordination et de stimulation étatiques. La ville du XXe siècle sera écologique, reconstruite progressivement à une densité maximum de 2, selon une architecture de qualité (concours ouverts), contrôlée par les comités de quartier, elle sera piétonne, mixte socialement et fonctionnellement (emploi/habitat sur place). Une première esquisse d’une telle ville peut être trouvée dans les expérimentations de gradin- jardin du 94 et du 93 dans les années 70/80, que les philistins veulent démolir !


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