POURRA-T-ON CONTINUER A ENCULER LES MOUCHES ?

jeudi 12 septembre 2019
par  Jacques-Robert Simon
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« Oh hisse Enculé ! » est crié sur des stades engendrant une indignation aux quatre coins de la « médiasphère ». Les plus hautes autorités de l’État s’interrogent pour déterminer si ‘Enculé’ désigne une pénétration anale entre hommes ou si un certain nombre de femmes s’adonnent également à cette pratique. Si la seconde hypothèse se vérifie, il n’y aurait pas lieu de parler d’homophobie, seulement de grossièreté. Le même genre d’interrogations pourraient être formulées sur des expressions couramment utilisées au quotidien lors d’un mouvement d’humeur (mal maitrisé) ou de simples plaisanteries : « fils de pute, nique ta mère, tu pinailles, P.D., casse-couilles, tête de nœud, faux cul, je lui pisse au cul… ». L’homme qui n’a jamais lu, par exemple, Frédéric Dard, un immense auteur isérois, ne peut pas deviner qu’une riche culture populaire est associée avec ces expressions argotiques qui expriment souvent une réelle poésie, digne de Verlaine et Rimbaud. Passons…

Mais le plus important n’est pas ce puritanisme qui semble s’installer au beau milieu d’une société par ailleurs hyper-sexualisée. Chacun a compris que l’on tentait, grâce à l’imbibition totale rendue possible par les anciens et les nouveaux médias, de faire émerger un nouvel homme conforme à une typologie précise. Le sexe est l’arme qui permet d’écrouler le passé des habitudes, des privilèges, de terrasser les puissants. La philanthropie complète la panoplie. Elle a de tout temps était utilisée par les dominants pour se faire pardonner, ou au moins dissimuler, leurs innombrables passe-droits. L’Autorité et la Justice associées à la « mâlitude » de l’ancien monde laisserait la place à la féminitude et aux qualités qu’on lui prête.

Pour éviter des malentendus, il faut rappeler ce qu’est le « syndrome autrichien ». Une même nation peut faire cohabiter le meilleur et le pire. À un peu plus de cent ans de distance, le même « peuple », la même race, donna naissance au plus divin des artistes et au pire des dictateurs déments. Tout deux resteront dans l’Histoire pour toujours. La société quant à elle était incomparablement plus avancée du temps de Joseph II, le contemporain de Mozart, inspiré par l’esprit des Lumières que lors de l’accession au pouvoir du chancelier Hitler. Ni la nature humaine, ni les sociétés ne s’améliorent visiblement au fil des ans (mais elles plongent dans l’horreur avec facilité), ni au fil des siècles… peut-être des millénaires ou des millions d’années finissent-ils par terrasser les instincts les plus barbares pour rendre les hommes un peu plus humains et un peu moins bestiaux qu’au paléolithique.

Dans ce cadre, parler en les jugeant des autrichiens, des chrétiens, des juifs, des arabes, des femmes, des hommes, des homosexuels n’a strictement aucun sens : tout se retrouve dans tous, dans tout groupe il est possible de trouver les meilleurs comme les pires individus. Il n’en reste pas moins que l’on peut avoir des affinités électives ou des détestations ciblées envers une personne donnée quelles que soient sa religion, ses préférences sexuelles, sa couleur de peau. Cette relation réciproque permet de condamner des actes ou des propos qui ne seraient pas conformes aux usages ou à la loi.

La coalition d’intérêts, qui forme l’ossature de tout groupe, se produit uniquement pour augmenter sa propre puissance avec l’aide de semblables. Mais c’est au détriment de l’entendement qui immanquablement conduit aux doutes, aux incertitudes, aux nuances. Si un individu peut, à force de travail sur lui-même, faire quelquefois preuve de sagesse, ce n’est jamais le cas pour un groupe dont le « leader » prendra les décisions ou aura les postures indispensables pour augmenter sa puissance. Ne pas aimer les juifs, les homosexuels, les musulmans ne démontre donc pas que l’on soit antisémite, homophobe ou islamophobe, ceci démontre uniquement soit une immense imbécillité (qui toutefois s’exprime également par des lettrés ou des universitaires en quête de gloire), soit une très mauvaise plaisanterie qu’il faudrait corriger par une éducation adéquate. Reste qu’un groupe inévitablement avide de puissance veut à tout prix accroître son audience, son pouvoir d’influence, son aura. Utilisera-t-il les arguments les plus aptes à se rapprocher de la vérité qu’il ne recherche cependant pas ? Certainement pas ! Il mettra en avant ce qui est le plus simpliste, le plus spectaculaire, le plus ‘rassembleur’ afin de satisfaire le seul but qu’il peut avoir : écraser ses concurrents. Ce qui est dramatique c’est que le raciste comme l’antiraciste utiliseront toutes les armes à disposition pour abattre ‘l’autre’.

Ce qu’il ne faut pas faire est défini par la Loi. La multitude des cas à traiter a conduit à légiférer dans les domaines les plus divers en privilégiant les mœurs tout en épargnant l’économie où la liberté est garante d’une efficacité optimale. Tous les actes accomplis lors d’un quotidien font l’objet d’interdictions, et en contrepoint de recommandations. La minutie des lois et décrets est simplement hallucinante. Pour l’amiante par exemple, les travailleurs exposés au risque de contamination, que des conséquences se soient manifestées ou non, doivent être indemnisées. Mais il a été ensuite possible de demander la réparation d’un préjudice d’anxiété sur le fondement d’un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité. Mais le bilan thermique de votre appartement, l’âge des premières sensations sexuelles autorisées, la modernisation de la distribution de la presse… font eux aussi l’objet de forts détaillés textes législatifs. On était, au moins prétendument, honnête, on peut maintenant se contenter d’obéir aux textes. Dont acte !

Tous les actes contraires à la loi doivent être punis selon les modalités prévues par la Loi. Mais qu’en est-il des comportements, des relations inappropriées, des gestes ou des paroles faits par dépit, dans un moment d’humeur, en d’autres termes doit-on punir les actes délictueux ou la nature de l’homme qui les commet ? Punir les faits antisémites, homophobes, racistes, va de soi… mais doit-on évaluer le caractère antisémite, homophobe, raciste d’un homme alors qu’aucun acte illégal n’a été commis ? Selon la définition le plus souvent retenue, « le terme homophobie désigne les manifestations de mépris, de rejet, de haine envers des personnes… L’homophobie englobe donc les préjugés… ». Il est ainsi possible ainsi de dénoncer voire de punir une attitude allant de l’hostilité à la répugnance vis-à-vis de personnes ressenties comme déviantes : les homosexuels, les juifs, les féministes, les noirs, les arabes, les musulmans. Par contre rien n’est prévu si l’on manifeste un mépris ostentatoire vis-à-vis des gens qui ne sont rien, les illettrées ou plus généralement des pauvres. Il s’agit donc de faire émerger un nouvel homme (de fait une nouvelle femme) en chassant du territoire des malappris qui n’ont pas le code de langage et de comportement qui correspond aux nouvelles normes : les plus démunis, les moins bardés de diplômes, les moins lettrés.

Pour ce nouvel homme, il sera permis d’être un prédateur, de se gonfler d’orgueil et d’égotisme, de pratiquer le libre échangisme sexuel ou économique, de gagner des sommes faramineuses sans utilité sociale, de jalouser toute personne qui possède ce qu’il n’a pas, de se goinfrer de mets délicats ou de hamburgers… à condition d’en avoir les moyens financiers. Pour lutter contre le nouvel homme encore enchâssé dans une caste ou une communauté, il faut abandonner tout objectif de puissance par l’alliance des insignifiances, il faut promouvoir l’homme seul. Ceci conduit à une analyse personnelle de toutes les situations au travers de sa propre vie sans ajout d’un dogme peut-être fédérateur mais forcément faux. On obtient ainsi virtuellement une collectivité de philosophes démunis devant des troupes organisés qui souhaitent eux le pouvoir pour la seule raison qu’il existe. Il faut donc tendre à supprimer les sources de pouvoir. Il est temps de se passer des « leaders » charismatiques qui ne cachent pour la plupart que la quête névrotique du pouvoir.


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