DES MEILLEUR(E)S AUX MECS (OU FILLES) BIEN

dimanche 20 octobre 2019
par  Jacques-Robert Simon
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Chaque homme est unique avec une pensée et un ressenti qui lui sont propres. C’est aussi un animal social, il ne peut pas vivre à l’écart des autres. Comment allier la force des certitudes d’un groupe avec les fragiles incertitudes d’un être pensant ?

Depuis les temps les plus archaïques, et sans interruption jusqu’à nos jours, une hiérarchie pyramidale a régné en maître sans aucune alternative hormis des déclarations aussi péremptoires et vertueuses que fausses. Une minorité instituée en élite dirige les autres et une société des meilleurs est en place. Les temps modernes présentent cependant des différences notables comparées aux temps anciens. L’apport des énergies fossiles et des technologies révolutionnaires ont permis de faire émerger des systèmes dans lesquels il est permis à chacun de voter selon ses préférences. Les démocraties n’ont en rien aboli l’aspect pyramidal des structures de décision, mais elles ont permis la multiplication du nombre de pyramides : le talent, le savoir, les connaissances, les performances sportives, le degré de charité, l’investissement scolaire, une piété religieuse hors du commun… peuvent permettre l’accès à une cheffitude, l’émergence d’un responsable, d’un gentil organisateur, d’un porte-parole qui guidera, ordonnera, portera la voix d’un groupe d’individus plus ou moins importants.

Peut-on si facilement unir des différences au sein d’une même communauté ? Pour se convaincre du caractère unique de toute chose, il suffit d’observer attentivement des grains de sable. Leur taille varie de 0,05 mm à 5 mm (selon une des classifications possibles). Ils proviennent tous de la désagrégation de roches mais la nature de celles-ci est très diverse (quartz, feldspaths, mica, calcite, magnétite, rutile, corindon, pyrite, spinelle…) leur donnant ainsi des compositions chimiques très variées. Il y aurait 200 millions de milliards de milliards (2 2026) grains de sable sur notre planète et chacun de ces grains est différent par son aspect, sa couleur, sa nature chimique, sa forme. En particulier, l’air qui emporte les grains de sable soumet ceux-ci à d’innombrables chocs qui déterminent leur profil, leurs aspérités, leurs diverses faces.

L’homme, constitutionnellement, est plus complexe qu’un grain de sable et l’environnement le façonne de façon bien plus diverse que le vent. L’individu va en général s’évertuer à intégrer un groupe en cherchant des points communs, en minimisant les différences. Il va acquérir ainsi des certitudes, les propositions qui recueillent l’agrément des autres, et va abandonner ses doutes personnels.

Mais les certitudes d’un groupe n’ont que faire de l’intelligence individuelle (quel que soit le degré de maturation ou de culture de celle-ci). Un groupe n’existe que pour dominer et vaincre les autres communautés rivales et les axiomes qu’il propose tendent tous à conforter sa puissance. La force n’a rien à voir avec l’intelligence même si des spectacles outrageusement médiatisés sont mis en place pour faire croire l’inverse : consulter les militants, les supporters, les fans, la base, constituer des comités, des plateformes de discussion… Si l’on demeure en repos, dans sa chambre, il est possible d’élaborer une vérité, sa ‘vérité’. La vérité, une vérité acceptable par tous, seuls les groupes prétendent la proposer, mais elle n’existe pas. Par contre, les mensonges et la rouerie sont d’usage courant.

Il est possible de ne pas mentir, du moins sciemment, mais il est impossible de dire la Vérité. Une vérité ne peut pas être définie hors un référentiel fait de concepts cohérents les uns avec les autres. En d’autres termes, une vérité n’est définissable qu’au sein d’une idéologie ou d’une morale : ce que l’on doit faire ou pas selon des principes, selon le Bien ou le Mal indiqués par quelque entité supérieure. Au niveau de l’individu donc, ce qui est seule accessible c’est une conviction, qui peut toutefois être véhémente. Un groupe fonctionne différemment : il baptisera ce qui sert ses intérêts comme étant la vérité. Le corpus des idées communes lui permet d’étoffer cette assertion par des montages intellectuels plus ou moins raffinés, mais toujours mensongers : « Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont ». Alors doit-on faire fi de la volonté populaire puisque structurellement incapable d’intelligence et doit-on remettre son destin entre les mains d’un quelconque surhomme sage ou fou furieux mais indiquant une direction précise ?

Lorsque vous vous promenez dans un champ, vous cueillez les fleurs qui s’y trouvent mais seulement celles qui vous plaisent. C’est ainsi qu’un individu se bâtit une personnalité dont la richesse dépendra du nombre et du type de fleurs cueillies. Les informations, l’éducation, les lectures, les mots croisés, la belote, l’anisette, la sieste sont autant de types de fleurs que l’on peut choisir. Le seul piège à éviter c’est de vouloir faire comme son voisin, comme ‘on’ vous indique de le faire, comme il est à la mode de faire. Réfléchissez ou ne réfléchissez pas, c’est égal, mais seul ! Il faut avoir le courage d’être soi.

Alors la démocratie peut retrouver tout son sens : un homme, une voix exprimée dans le secret d’un isoloir. Les partis politiques, entre autres groupes constitués, ne sont là que pour tromper la confiance de gens pas assez défiants ou trop confiants envers l’âme humaine. La décision moyenne d’une multitude est à la fois plus juste et plus efficace que toute disposition prise par un cénacle de beaux esprits ou de puissants. Les seules propositions qui conviennent à un groupe sont celles qui assurent sa cohésion, ce qui revient à dire qu’elles doivent impérativement demander des efforts à tous, et non pas seulement à quelques uns. Mais les puissants essaient par tous les moyens de convaincre les gens du commun de leur ressembler ; il est inconcevable qu’un puissant puisse s’identifier à une autre image que la sienne propre. C’est la raison d’être des groupes ! Il faut souligner que les intentions ne permettent pas de se dédouaner de l’usage d’armes faites pour tuer ou au moins terrasser l’adversaire. Les organisations charitables, la plupart du temps, utilisent des contrevérités, des abus de langage, des assauts verbaux se voulant décisifs, de même nature que les groupes ou associations qui prêchent d’autres visions que les leurs.

Le sacré se définit par ce qui lie les dominants et les dominés. Et le seul sacré qui peut être proposé hors du divin découle des lois, des traités, des accords, des normes. On interdit certains actes mais on ne promeut pas la formation d’un nouvel homme, moins cupide, plus honnête, plus respectueux des autres, ce que faisaient les textes anciens. Les réseaux sociaux et les moyens technologiques de communication et de triage des informations permettent de tout savoir sur quiconque. C’est à l’aune de ce ‘tout’ que l’on doit évaluer si une personne est digne de confiance ou pas, en d’autres termes si c’est un ‘type (ou fille) bien’. Aucune faille ne peut être tolérée, ni dans la vie publique ou professionnelle, ni dans la vie privée, en particulier aucun ‘secret Défense’ et ‘secret des affaires’ ne peuvent être acceptées. Tous les aspects conjugaux, maritaux, toutes les orientations sexuelles ou philosophiques doivent être connus et examinés par tous. Il n’y a évidemment aucune définition précise de ce qu’est un ‘type (ou fille) bien’, chacun a ses propres critères personnels et seul l’agrément de la multitude permet d’espérer un choix judicieux, la moyenne annihilant les dérives. Le secteur public n’est plus financièrement attractif pour celles et ceux qui se qualifient eux-mêmes comme faisant partie des plus brillants, il faut donc que des sain(te)s leur succèdent (mais on risque ne s’ennuyer ferme, ndlr).


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