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lundi 25 novembre 2019
par  Les Effronté.es
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Ce matin Édouard Philippe a donné les conclusions du Grenelle contre les violences conjugales : alors que les associations féministes ont permis ces derniers mois de faire reconnaître l’ampleur des violences sexistes et sexuelles et alors que Nous toutes a réuni 150 000 personnes dans la rue samedi dernier, les mesures annoncées sont risibles et relèvent presque du mépris pour deux raisons principales. Premièrement, le gouvernement dit avoir entendu les victimes et parle d’un changement dans la prise en charge des violences, mais annonce peu ou prou le même budget que celui accordé jusqu’alors ; cette prise en charge sera donc nécessairement insuffisante comme elle l’est aujourd’hui. Deuxièmement, en annonçant des mesures déjà existantes depuis plusieurs années et qui restent inappliquées, faute de moyens.

Comment peut-on décemment et sérieusement prétendre appliquer des politiques volontaristes et efficaces sans réels moyens financiers ? « Il n’y a pas d’argent magique » avait déclaré Marlène Schiappa. « Je ne me place pas sur ce terrain » avait dit Édouard Philippe. Pourtant deux jours après le début du grenelle, la Tech française s’est vue gratifiée d’une annonce présidentielle de 5 milliards d’euros ! Pourtant le service universel bénéficiera d’un financement de 1,5 milliard ! Pourtant le budget des campagnes pour la sécurité routière s’élève à 12 millions par an, contre 2 millions pour les campagnes de prévention contre les violences sexistes et sexuelles, soit 6 fois moins.

Concernant les mesures adoptées, elles sont parfois déjà existantes comme l’interdiction de mettre en place des médiations entre conjoints lorsqu’il y a eu des violences, la levée du secret médical en cas de danger de mort ou encore la formation des professionnel-les de l’Éducation Nationale à la prévention des violences, prévue depuis 2010. Quant à la formation initiale et continue obligatoire de tou-tes les professionnel-les qui accueillent les victimes, dans la police, la santé, la justice, le travail social, les universités et le milieu scolaire, que nous appelions de nos vœux et qui est restée absente de toutes les déclarations gouvernementales tout le temps du grenelle, elle est aujourd’hui reprise plus que timidement dans la conclusion de ce dernier : 130 heures soit 5 jours et demi seulement de formation seront dispensées, uniquement aux gendarmes. On peut encore se demander avec quels moyens, en se basant sur le fameux document de politique transversale 2020 qui annonçait sur la police et la gendarmerie un faux budget correspondant en réalité à des mesures et programmes déjà existant-es et mis-es en place depuis plusieurs années.

L’annonce du budget 2020 n’est autre qu’une entourloupe faite de montages grossiers, de calculs farfelus, d’intégration de dépenses déjà existantes - voire de mensonges, comme le fait de comptabiliser sur 2020 des dépenses prévues sur trois ans, pour aboutir au final à 1,1 milliard et contrer ainsi les associations féministes sur cette exigence que nous martelons depuis des mois, prétendant ainsi y répondre (le document de politique transversale est sorti le 16 octobre, aussitôt débunké par Nous Toutes)...

Il en va de même pour la création de places d’hébergements annoncée par Marlène Schiappa avant l’été, qui n’avaient toujours pas été créées en septembre et ce malgré son assurance qu’elles verraient le jour en juillet-août.

Ainsi va la politique en matière de lutte contre les violences faites aux femmes depuis des décennies : effet d’annonce, empilement de mesures législatives, sans aucun moyen supplémentaire et donc sans résultat, restant inappliquées. Les groupes de travail du grenelle n’ont-ils pas reçu la ferme consigne de faire des propositions à budget constant ? En réalité, une augmentation d’à peine 5% est prévue en 2020 contre les violences envers les femmes, bien loin du milliard d’euros préconisé par le HCE et quatre autres institutions et ONG dans le rapport « où est l’argent contre les violences faites aux femmes ? ».

Certaines mesures tombent sous le sens comme le retrait du port d’arme chez un conjoint violent, ou la suspension de l’autorité parentale chez un père meurtrier. Il est bien étonnant qu’il ait fallu un grenelle long de trois mois pour en arriver à ces évidences.

Concernant l’éducation, aucune mesure : pour Jean-Michel Blanquer, la question des violences ne concerne pas l’éducation. C’est pourtant l’une des propositions clé des féministes : prévenir les comportements violents et machistes par des programmes scolaires ambitieux (et donc demandant des moyens), apprenant aux enfants le respect de l’autre, la non-violence, le consentement, l’assimilation de comportements non-sexistes.

Pour finir, le gouvernement continue sa stratégie consistant à encourager les femmes à porter plainte, alors que de nombreuses victimes avaient tout fait pour s’en sortir : divorce, main courantes, plaintes, mais la société n’a pas été en mesure d’organiser leur protection à l’issue de leur entreprise si courageuse. Le dernier rapport de l’Inspection Générale de la Justice est accablant sur ce point et sur bien d’autres.

Les effronté-es rejoignent l’indignation de Nous Toutes et ne cesseront pas la lutte pour les droits les plus élémentaires des femmes et pour leur sécurité, elles qui tombent tous les deux jours, sont violées toutes les 7 minutes, sont battues, agressées et harcelées, laissées pour compte d’une société dont les gouvernants se payent de mots.


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