CRISTINA BRANCO "NEW LOOK" AUX BOUFFES DU NORD

vendredi 8 novembre 2019
par  Jean-Luc Gonneau
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Avant le concert...

Un concert de Cristina Branco à Paris est toujours un événement, surtout après presque deux ans d’absence. On connaît le parcours artistique un peu particulier de Cristina : révélée après un concert très réussi aux Pays-Bas, son second pays de cœur, elle s’est imposée sur les scènes internationales, sans passer par la case des maisons de fado lisboètes, à l’instar d’une Misia ou d’une Katia Guerreiro, qui ne les fréquenta qu’en amateur, et contrairement aux autres grands voyageurs du fado, les Mariza, Camané, Ana Moura, Antonio Zambujo, Gisela João, Ricardo Ribeiro ou Carminho.

Ses atouts : une voix cristalline assez rare dans le fado (assez proche de celle de Teresa Salgueiro, qui fut vingt ans durant la figure de proue du groupe Madredeus, ou plus loin dans l’histoire, la fadiste « pré-amalienne » Ercilia Costa), un répertoire choisi avec soin dans une large palette poétique d’où émergent, entre beaucoup d’autres les figures des portugais David Mourão Ferreira (l’un des auteurs préférés d’Amalia Rodrigues) et Zeca Afonso, du hollandais Jacob Slauerhoff, du brésilien Chico Buarque, du français Léo Ferré, et une grande musicalité, ce qui la conduit au cours de sa carrière à incorporer de plus en plus le piano aux côtés des traditionnelles guitares, et parfois aussi d’autres instruments. Elle a cherché, et trouvé, des accointances entre le fado, le tango (deux musiques en fait cousines) les rythmes brésiliens et cubains, le jazz parfois, ceci sans dévier de son style vocal bien identifiable. Cette curiosité musicale s’est amplement traduite dans ses enregistrements, puisqu’avec sa quinzaine d’albums en une vingtaine d’années, elle est probablement la plus prolixe des fadistes de notre temps.

Comme la plupart de ses consœurs et confrères du fado internationalisé, elle a su au long de sa carrière s’entourer de musiciens hors pairs, dont l’un des plus influents lors de ses premières années de carrière fut sans doute Custodio Castelo, l’un des plus brillants spécialistes de la guitare portugaise. Pendant ses premières années internationales, elle fut tout spécialement appréciée en France, où elle reçut deux années consécutive une distinction décernée par Le Monde de la Musique, pays où s’est produite depuis avec une grande régularité.

Dans la galaxie des grandes chanteuses de fado contemporaines présentes sur la scène internationale, aux côtés de la plénitude de la voix de Mariza, de l’ampleur de celle de Katia Guerreiro, du velours sensuel de celle d’Ana Moura, de l’impétuosité (grave mais sachant sourire) de Carminho ou (facétieuse mais sachant émouvoir) de Gisela João, de la présence de celle de Misia, le cristal de la voix de Cristina est, soyons poètes, même à deux sous, l’une des étoiles de cette galaxie, voix que nous retrouverons avec plaisir le 28 octobre dans le cadre chaleureux du Théâtre des Bouffes du Nord, haut lieu de la culture à Paris.

Après le concert...

C’était un soir de fin d’octobre, où les premières froidures mordillaient les visages, cinglés par une pluie fine et persistante, où l’on avait hâte de rejoindre la douceur de son foyer ou quelque auberge au charme rustique auprès de la chaleur de sa cheminée, ou encore, ce que nous fîmes, de trouver refuge dans ce bon vieux théâtre des Bouffes du Nord, amicalement aménagé, ou allait se produire Cristina Branco.

Finies les longues robes brodées ou pailletées dont se parent souvent les fadistes. C’est une nouvelle Cristina Branco qui se présente, jeans noir et t-shirt blanc floqué, à l’instar de beaucoup d’artistes pop/rock d’aujourd’hui. Entourée d’excellents musiciens, Luis Figuereido, aux claviers et parfois aux percussions, Bernardo Moreira à la contrebasse et Bernardo Couto à la guitare portugaise (les deux premiers ne sont pas issus de la sphère fadiste), elle va nous offrir un concert qui mêlera des chansons de son dernier disque, Branco, sorti au Portugal voici presque deux ans, et d’autres thèmes issus de son répertoire ou inédits.

On le pressentait en constatant l’absence de viola, on le savait si on avait écouté les derniers enregistrements de Cristina, on n’assisterait pas vraiment à un concert de fado. Elle s’en est expliquée lors de l’entretien que nous avons eu avec elle : « Branco est le disque qui me ressemble le plus aujourd’hui, c’est mon nom et c’est aussi la couleur qui est la somme de toutes les couleurs… Nous vivons aujourd’hui dans une époque mondialisée et c’est aussi vrai pour la musique. Nous avons la possibilité d’entendre des musiques venant de tous les continents et inévitablement, certaines nous touchent et touchent le public. C’est important pour un artiste d’être à l’écoute de ce que les gens écoutent ! ». Elle ajoute : « Pour autant, quand on vient du fado, on y revient toujours, c’est un peu une boussole ». Puis : « Je suis très attachée au Portugal, où nous avons une jeune génération de compositeurs, de poètes qui sont très créatifs et à qui je demande ou qui me proposent ce qui devient l’essentiel de mon répertoire. Moi : « Même le fameux Não ha so tango em Paris, dont la musique est un tango plus qu’argentin ? ». Elle : « Oui, je le dois à Pedro da Silva Martins (co-fondateur du groupe Deolinda, a écrit notamment pour Antonio Zambujo et le bien connu Desfado chanté par Ana Moura, ndlr) ».

Le concert, une vingtaine de titres, comprendra trois fados, dont un très réussi fado azenha, qui seront, tiens, tiens, les trois plus applaudis par un public pourtant peu avare en applaudissements. On y notera aussi, mais ça, c’est notre sélection à nous, le Não ha so tango déjà cité, une jolie chanson vénézuélienne, le très humoristique Aulas de natação, une belle version du Joana francesa de Chico Buarque, le slow jazzy Eu por engomar… On s’arrête là car on pourrait presque tout citer. Ce qui est nouveau aussi, pour nous qui avions déjà entendu Cristina plusieurs fois en concert ces dernières années, c’est le punch qu’elle sait mettre dans ses chansons, elle qui privilégiait peut-être un peu trop le cristal de sa voix par rapport à l’énergie qu’elle y déployait. L’équilibre est maintenant atteint : le cristal demeure, il est aujourd’hui électrisé.

Textes également parus dans Lusojornal (Lusojornal.com)


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