LA CGT RUINE-T-ELLE LA FRANCE ?

lundi 2 mars 2020
par  Jacques-Robert Simon
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Suivant une ‘tradition’ bien établie par une certaine presse de l’entre-deux-guerres, le magazine ‘Le Point’ afficha sur la quasi-totalité des kiosques de France une affichette montrant M. Martinez grimaçant avec comme légende ‘ Comment la CGT ruine la France.’ Est-ce exact ?

‘Le Point’ est un magazine d’actualité créé en 1972 par une équipe de journalistes proches de Claude Imbert. Depuis 1997, il appartient à la famille Pinault, qui détient la totalité du groupe Sebdo-Le Point via sa holding Artémis. Dans le cadre des aides de l’État à la presse écrite, ‘Le Point’ touche chaque année des subventions (environ 4,5 millions d’euros en 2012). Le magazine est coutumier des approximations. À titre d’exemple, Bernard-Henri Lévy, chroniqueur au journal, attribue au journaliste Bernard Cassen des propos antimusulmans tenus par le pamphlétaire Pierre Cassen. L’hebdomadaire refuse la publication d’un droit de réponse ; il est condamné à s’exécuter par la 17e chambre correctionnelle qui souligne « l’insuffisance de rigueur et la carence de fond », « la gravité et la virulence » de la diffamation. Dont acte.

La Confédération générale du travail (CGT) a été créée le 23 septembre 1895 principalement par la fédération du livre et celle des cheminots. En 1904 le Congrès de Bourges adopte la revendication de la journée de 8 heures. En 1906, la CGT met la lutte des classes au centre de ses préoccupations. La confédération souhaite la disparition du salariat et du patronat, ainsi que son indépendance vis-à-vis des organisations politiques. Des groupes de droite, des associations d’anciens combattants et des ligues d’extrême droite protestent en 1934 contre le limogeage du préfet de police Jean Chiappe suite à l’affaire Stavisky. La CGT appelle à la grève générale « contre le fascisme ». En 1936, la CGT négocie à l’initiative de délégués d’atelier, le relèvement des salaires, l’instauration de quinze jours de congés payés et la semaine légale de 40 heures. En 1937 la CGT compte 4 millions d’adhérents. En 1938, elle essuie un échec lors de la grève contre les « décrets misère » de Paul Reynaud qui instaurent la casse des conquêtes du Front Populaire. En 1939, le pacte germano-soviétique sème la consternation au sein de la CGT. Le 18 septembre 1939, juste après le début de la seconde guerre mondiale, le bureau confédéral de la CGT vote une déclaration excluant les militants qui refusent de condamner le pacte germano-soviétique ; ceci a pour effet de chasser beaucoup des communistes du syndicat. La CGT ne compte alors plus que 500 000 adhérents. Le 16 août 1940, le gouvernement de Vichy dissout les centrales syndicales ouvrières et patronales, dont la CGT. La CGT (réunifiée) participe à la constitution du conseil national de la Résistance (CNR) qui a lieu le 27 mai 1943. Le 18 août 1944, la CGT clandestine appelle à la grève générale pour promouvoir la Libération de la France. En novembre 1947, pour marquer son refus du plan Marshall, des militants CGT sabotent la liaison ferroviaire Paris-Tourcoing conduisant au déraillement d’un train (bilan : 24 morts). En 1953, une grande grève dans la fonction publique contre le recul de l’âge à la retraite comptera quatre millions de grévistes, ce qui contraint le gouvernement d’alors à reculer. Dès le début de la guerre d’Algérie en 1954, la CGT soutient « les revendications des Algériens et leurs aspirations nationales ». En 1962, une manifestation anti-OAS férocement réprimée fait 9 morts, pour la plupart membres de la CGT, au métro Charonne. La grève générale de mai et juin 1968 met sept millions de travailleurs en grève, quelquefois avec occupation des locaux. La prise en main par la CGT contribue grandement à éviter la chienlit prédite par ailleurs. La CGT appelle à voter pour François Mitterrand au second tour de la présidentielle de 1981. Le lien entre le Parti Communiste et la CGT ne peut pas être nié. À ce sujet, il est utile de rappeler les positions politiques de Georges Marchais telles qu’il les avait énoncées le 10 juin 1982 : (1) il est nécessaire d’avoir une gestion plus rigoureuse des entreprises publiques et de l’État lui-même ; (2) il faut reconquérir le marché intérieur ; (3) il faut faire payer les hauts revenus ; (4) il faut arrêter la course aux armements ; (5) il faut arrêter l’arrivée de la main d’œuvre immigrée. En 1988, les infirmières réclament une augmentation significative des salaires et de véritables moyens pour la formation. La CGT est seule à soutenir le mouvement. En 2005, le comité confédéral national, le « parlement » du syndicat, recommande le rejet de la constitution européenne. En 2006, la CGT initie un mouvement social contre le Contrat première embauche, disposition qui sera finalement abandonnée. En 2010, le syndicat est présent lors des manifestations contre la réforme des retraites. La CGT participe activement aux grèves et manifestations du printemps 2016 contre la ‘loi travail’ dite ‘El Khomri ‘qui élargit, entre autres dispositions, les conditions dans lesquelles un employeur peut procéder à un licenciement économique. Dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017, la CGT appelle à « faire barrage » à Marine Le Pen.

Les événements actuels sont sous le feu des médias et chacun peut constater le rôle que peut y jouer la CGT. Son responsable indique que la France est devant un « choix de société », ce qui ne peut pas être nié. Quiconque a un tant soit peu fréquenté le milieu du travail où se trouvent des délégués syndicaux, devrait avoir constaté que ceux-ci constituent l’élite de la classe ouvrière, celle qui se coltine avec les problèmes concrets, celle qui essaie d’éviter le pire, celle qui tente de comprendre des dossiers écrits dans une sorte de jargon qui les rend difficiles d’accès, celle qui prend sur ses temps libres pour se former, pour batailler contre ceux formés dès leur prime jeunesse pour imposer leurs vues. Il n’est pas de bon ton de décrire la CGT comme une aristocratie ouvrière, pourtant c’est ainsi qu’elle se définit le mieux. C’est même ce caractère aristocratique qui fait de la CGT la première des cibles de ses ennemis. Ses adversaires ont affaire avec elle à des gens formés, déterminés et rompus aux négociations. La CGT possède à n’en pas douter une idéologie précise et circonscrite, mais peut-on proposer un avenir à des gens sans un tel cadre. Qu’un syndicat ouvrier veuille défendre les ouvriers présente une certaine logique. Que ce même syndicat n’adopte pas seulement des positions qui permettent d’alléger le poids du présent mais qu’il présente des solutions qui lui soient propres, chacune et chacun devraient s’en féliciter. Depuis 1983, la ligne qui conduisait vers un monde hypothétiquement meilleur mais plus raisonnable a été abandonnée au profit d’une mondialisation décrite comme nouvelle mais qui n’est rien d’autre qu’un nouveau type de colonialisme. Il eut été possible de se donner d’autres objectifs, d’aller ailleurs, comme le recommandaient maints scientifiques suite aux chocs pétroliers.

Pour en revenir à la ‘une’ du magazine ‘Le Point’ qui allie bassesse et besoin de vendre n’importe quoi à n’importe quel prix, le parallèle avec l’esprit de journaux comme ‘Je suis partout’ s’impose. Ce mode d’information représente la face sombre d’un journalisme haineux inspiré par la suffisance des puissants. Ce sont les mêmes qui ont concouru à installer le pire en Europe. Une des familles les plus riches d’Allemagne a reconnu récemment avoir eu des liens avec le régime d’Adolf Hitler. En fait la quasi-totalité des grands industriels fit de même. La connivence entre pouvoir politique et détenteurs des capitaux n’est pas à démontrer. On ne peut pas profiter du pouvoir sans en être proche, quelle que soit la nature de ce pouvoir. Et les convictions néolibérales ostensiblement affichées seraient prestement remplacées par d’autres plus adaptées à toute espèce de pouvoir, quelle que soit sa couleur, brune, rouge, noire.


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