CONFINEMENT ET PRATIQUE DU SPORT

dimanche 17 mai 2020
par  Patrice Perron
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Depuis que le corona virus m’a contrait à m’enfermer chez moi, je n’ai que des ennuis. Heureusement, le jardin me permet de prendre l’air, car vous le savez, depuis la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, l’envahisseur ne franchit pas les frontières, en l’occurrence, les limites du chez soi, jardin compris. Donc je peux faire du sport dans mon jardin et, en plus, bénéficier de l’intégralité de la permission de sortie d’une heure, une fois par jour pour prendre l’air. C’est la posologie prescrite par le pouvoir. Je suis d’ailleurs épaté par le niveau de réflexion des membres du gouvernement et de leurs brillants conseillers. Un pur émerveillement !

Soucieux de notre santé, le gouvernement recommande généreusement la pratique assidue du sport, ou du moins de l’exercice physique. Mais comme nous n’avons pas le droit de dépasser les limites définies c’est-à-dire un kilomètre autour de chez nous, et qu’en plus, la pratique du sport ne peut pas durer plus d’une heure, nous sommes astreints à faire preuve d’imagination, par exemple combiner la distance et le temps. La formule mathématique adoptée aboutit à faire deux fois le tour du village, ou du pâté de maisons ou du lotissement. Moi, je coche la case village, mais il n’y a qu’une seule route, donc je pratique l’aller retour, comme si je ruminais quelque chose.

D’ailleurs, en me voyant, et ne me connaissant pas, les nouveaux voisins m’ont sans doute pris pour un rôdeur. Ils ont appelé la maréchaussée, qui a débarqué illico presto, non pas matraque à la main, mais munie d’un carnet à souches de prunes et d’un stylo, et pire, sans masque ni gants. J’ai donc refusé d’ouvrir la bouche, de parler et de signer quoi que ce soit, puis j’ai opéré un retrait stratégique juste derrière la limite cadastrale de mon terrain. Déconfits et mécontents, ils sont repartis d’où ils venaient, à la recherche d’autres victimes, car les radars routiers ne rapportant plus rien, il faut se rattraper sur les piétons.

Dès lors devenu méfiant, j’ai modifié ma pratique du footing : elle s’est limitée à un aller retour de la rue du village, soit trois cents mètres, puis à l’enchaînement frénétique de dix tours de mon terrain en longeant avec ardeur les haies périphériques. Un vrai bonheur ! Mon terrain mesurant trente mètres sur vingt-sept mètres, cela fait cent quatorze mètres au tour, le footing totalise alors la distance remarquable de dix fois cent quatorze mètres plus les trois cents de la route, soit une distance totale de mille cent quarante mètres. En utilisant la table de conversion que vous utilisiez jadis à l’école si vous étiez des élèves sérieux, vous arrivez, comme moi, au résultat précis d’un kilomètre et cent quarante mètres. Distance insuffisante pour prétendre effectuer un footing crédible et digne de ce nom.

Le jour suivant, aux trois cents mètres de la route du village, j’ai voulu ajouter trente-six fois le tour du jardin, mais je n’ai pas eu le temps de finir, car des voisins ont du appeler à nouveau les secours. J’ai soudain vu débarquer une dizaine d’individus à la mine presque patibulaire et en blouses blanches, de surcroît armés de ficelles, de sangles et de bâillons. Il y avait même un type armé d’un fusil à seringues hypodermiques. J’ai juste eu le temps de m’éloigner du grillage près de la barrière et de me ruer dans la maison. J’ai repris mon souffle d’asthmatique grade trois, puis je me suis rendu à la fenêtre de la chambre donnant sur la barrière en question, où se trouvaient encore les tueurs. Je leur ai fait un signe de la main, et ils sont repartis la queue entre les jambes. À la suite de quoi, j’ai pris une bonne douche bien chaude après m’être soigneusement lavé les mains avec du savon, mais sans utiliser de solution hydro alcoolique, dont, de toute façon, je ne disposais plus.

Puis, comme il faisait très beau ce jour-là, j’ai sorti la chaise longue de sa remise, pour m’offrir une sieste méritée. La surprise fut alors de taille : au bout de quelques minutes, j’ai découvert et apprécié, pour la première fois de ma vie, ce qu’est le silence de la rue et des champs, quand le monde ne s’agite plus autour de nous. J’entendais les oiseaux pas encore confinés chanter à gorge déployée et je sentais la douce brise océanique, toujours libre, glisser sur mon visage. Encore un nouvel émerveillement, et de taille celui-là ! Depuis, je renouvelle l’expérience chaque fois que le temps le permet. Je ne peux que vous inviter à en faire autant. Pour l’instant, ce n’est ni taxé, ni imposable, mais méfions-nous, le risque est permanent, car le politicien en quête d’argent a de la ressource !


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