Ne pas oublier l’agriculture et l’alimentation

jeudi 11 juin 2020
par  Marc Mangenot
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L’agriculture et l’alimentation sont souvent traitées comme questions annexes, ou allant de soi, en tous les cas n’étant pas de la compétence des habitants. Après beaucoup d’autres épisodes, depuis le bœuf aux hormones à la vache folle ou la grippe aviaire, la pandémie du Covid-19 a cependant révélé qu’elles devaient être réorganisées et protégées. Certes, la vie est conditionnée par la qualité des éléments naturels qui constituent ce qu’on désigne couramment comme l’environnement (l’eau, l’air, la terre, les océans, la faune, la flore, la biodiversité, etc.). Or, l’agriculture industrielle et chimique promue par les gouvernements, les institutions et les traités internationaux, pilotée par les grandes firmes de l’agrobusiness, les gros agrariens, la finance, et la PAC (politique agricole commune de l’Union européenne), cette agriculture ne produit pas d’abord pour nourrir les populations en se souciant de leur santé et de celle des travailleurs qui la produisent, mais pour faire du chiffre et du profit. Nourrir les populations et les nourrir sainement n’est pas son souci premier, comme le montrent encore, en pleine crise écologique et pandémique, les revendications productivistes et anti-écologiques des syndicats majoritaires en France et ailleurs. De plus, l’agriculture industrielle fortement énergétivore, produit massivement des gaz à effet de serre, participe intensément à la destruction de la biodiversité, à la dégradation et à l’appauvrissement des sols et, abusive consommatrice d’eau, concourt grandement (ô combien) à la pollution des eaux de surface, souterraines et maritimes Mais, avant d’évoquer l’urgence et la nécessité de changer radicalement de modèle agricole, il n’est pas inutile de dire quelques mots sur l’évitement de questions aussi importantes dès lors que l’on se targue, plus ou moins, de penser l’après confinement dans la perspective d’une transition écologique et sociale.

Agriculture : l’évitement

Sur la sortie de crise, puisque crise il y a, les questions sont nombreuses. Beaucoup ne peuvent recevoir immédiatement de réponses valables, solides et immédiatement généralisables. D’abord, parce que demeurent incertitudes et inconnues sur la pandémie elle-même et sur l’après confinement. Ensuite, parce qu’émergent de fortes oppositions du côté des classes et groupes dominants, et de leurs soutiens publics et idéologiques. Puissamment orchestrées. S’il y a débat à gauche, et c’est tant mieux, il y a cependant aussi débat à droite. Il faut tenir compte de ce qui se discute dans le camp d’en face qui n’est pas forcément dénué d’intérêt, y compris sinon surtout du côté des verdisseurs du capitalisme et de la croissance, pas vraiment remise en cause. L’actuel ministre de l’économie (Bruno Lemaire), pour ne citer que lui, en pince pour un capitalisme plus humain et plus écologique. C’est vraisemblablement une conviction et non une pure couverture idéologique. Plus près de la gauche, se situant lui-même dans ce camp, s’inscrivant dans les thèses d’un aménagement du capitalisme indépassable, le mensuel « Alternatives Économiques » propose un dossier pour « relancer l’économie » et se « demander ce qui devra changer ». Se référer à ce mensuel est intéressant, car s’y trouvent posées des problèmes auxquels sera confrontée tout nouvelle politique, j’allais dire de gauche ou de droite, orientée vers un changement radical ou vers des solutions d’aménagement du capitalisme, qui ne renoncera pas à l’accumulation sans fin. « COVID-19, c’est par où la sortie ? ». Intéressante question qui fait la une de ce numéro de mai 2020. Une contribution non strictement univoque, qui repère des difficultés redoutables, tant politiques que sociales et économiques, s’interroge sur les impasses des solutions de relance habituellement adoptées par les gouvernants. Cependant, pas de remise en cause radicale du « modèle » dominant. Avec peut-être l’espoir d’un capitalisme « social », la volonté de le sauver avec ses vertus supposées l’emporte sur tout autre perspective.

Analyser les expériences passées est évidemment utile. Généralement, pour la France, on s’en tient à celle de l’après mai-juin 1968 (plusieurs semaines de grève quasi générale) et à celle de l’après 2007/2008. Le New Deal de Roosevelt revient aussi de temps en temps. Rien à dire, car les différences sont assez bien vues avec la situation actuelle. Néanmoins, comme le souligne les introductions au dossier, ça coince toujours du côté des dettes (notamment du secteur privé) et de la finance ; mais aussi, classiquement comme si ça allait de soi, du côté de l’offre ou de la demande, l’une dépendant de l’autre, en fonction des comportements des « acteurs » et des effets des politiques économiques et sociales. Je voudrais suggérer que l’on passe trop vite sur une autre période : la situation d’après la seconde guerre mondiale. Non pas que la situation soit semblable, elle ne l’est pas. Pourquoi ? Parce que, parmi les questions essentielles qui se posent aujourd’hui, il n’y a non pas celle de la reconstruction, mais celle qui a quelques égards pose des questions proches : l’abandon, la reconversion ou le changement de mode opératoire d’une grande partie de la production industrielle, agricole et de « services ». La reconstruction (en France en particulier) a été menée avec l’obsession de retrouver rapidement et de dépasser le niveau de production de 1938, ce qui sera rapidement réalisé, en remettant l’appareil de production industriel en marche selon un schéma proche de celui d’avant-guerre, sans revoir fondamentalement les méthodes et moyens qui prévalaient dans les industries traditionnelles (textile, mines, sidérurgie, etc.). Toutefois, il y avait la volonté de moderniser l’appareil productif et de rechercher une croissance soutenue par une plus forte productivité dans l’industrie d’abord, puis dans l’agriculture . Le niveau de vie moyen ne dépassera celui de 1938 que quelques années plus tard, vers le milieu des années cinquante. La reconstruction grosso modo terminée en 1958, le capitalisme est remis sur pied. Il y aurait évidemment beaucoup à discuter sur cette période, y compris sur les secteurs qui ont été privilégiés en France, comme l’aéronautique, le textile ou l’agriculture. L’agriculture justement qui employait directement plus de cinq millions de personnes en 1950, était peu modernisée sur le sol métropolitain, les rendements et la productivité y étaient relativement faibles. La chimie (intrants, herbicides, pesticides), la mécanisation, la spécialisation, le remembrement, la concentration foncière, la transformation, les chamboulements dans la distribution, etc., vont profondément transformer le secteur agricole (élevage, pêche et forêt, inclus).

Le calcul économique au service d’objectifs sociaux et culturels ?

Mettre l’économie, et plus spécialement ici l’agriculture et la distribution au service d’objectifs sociaux et culturels devrait conduire à ne pas faire de projections comme si de rien n’était. C’est une question éminemment politique. Bien sûr, on ne peut pas se passer d’évaluation ni de calcul économique. Il s’agit en effet et en premier lieu de comprendre la situation présente, celle d’où l’on part. Toute politique, de relance ou de changement, ne peut en ignorer l’état ni la force d’inertie. De ce point de vue, le numéro spécial d’Alternatives économiques, apporte des éléments importants de connaissance et de compréhension. Cependant, la partie introductive (pages 19 à 23) ne parvient pas à se dégager du carcan analytique dominant, tout en pointant des problèmes auxquels sera confronté tout projet. D’entrée, Christian Chavagneux pose la question de savoir si la crise affectera durablement « notre potentiel de croissance à long terme » (souligné par moi, mm), ou, plus simplement, « le début du déconfinement va-t-il permette de relancer l’activité ». Certains secteurs ne pourront pas « repartir, alors que d’autres seront en forte demande, comme l’agriculture par exemple . Il est donc nécessaire de prendre en considération que « la reprise de l’offre sera graduelle ». Mais quelle offre ? Quelles qualités et quelles quantités ? Car, on s’en doute, les investissements (des entreprises) dépendent des carnets de commandes, de la demande tributaire des habitudes de consommation longtemps conditionnées, a priori peu susceptibles de changer sans modification de la nature et des conditions de l’offre (cela revient à dire que l’offre influe sur la demande, ce qui n’est pas inexact surtout si on considère sa puissance de frappe, notamment avec la publicité). La question esquivée est reprise cependant plus loin par Antoine de Ravignan qui, avec d’autres, alerte sur le contenu écologique et social de la relance , sur le risque que les nécessaires investissements ne prennent en compte la solidarité et l’écologie. Ce qui devrait conduire à ne pas « ouvrir grand les vannes du crédit au profit de l’industrie automobile, du bâtiment ou du secteur aérien sans contrepartie pour la suite ». Sa crainte, justifiée et partagée par d’autres économistes, est que l’on prenne des décisions de court terme qui reproduisent, voire amplifient, les politiques jusqu’alors suivies et dont les conséquences pourtant sont aujourd’hui évidentes. Le potentiel de croissance est déjà et sera fortement affecté. Mais est-ce un mal ou une opportunité ? Le chômage inquiète, de même que la dégradation du tissu industriel commencée il y a quelque cinquante années. L’aide nécessaire à accorder à nombre d’entreprises en difficulté devrait être accordée sous condition de « verdir » leur activité. Pas de désaccord fondamental, malgré la timidité du propos qui ressemble fort à un vœu. Dans le papier suivant, Olivier Passet se demande comment sauvegarder toutes les capacités (de production), tous les emplois (quels qu’ils soient), tous les revenus (y compris les gros ?), alors que la demande ne sera pas intacte après le confinement et ses prolongements immédiats. Il conclut, ce qui dans le contexte présent n’est guère discutable d’une façon générale, « qu’il ne faut pas compter sur les effets de rattrapage du côté de l’industrie et de la construction », et craint une « reprise molle ». Or, ne faut-il pas penser une reprise réorientée quant à ses contenus, aux conditions de travail, au partage de la valeur ajoutée, au rehaussement immédiat des bas revenus et des revenus sociaux ? Ces remarques et questions valent aussi pour l’activité agricole et agroalimentaire.

Agriculture et alimentation, le grand défi

Or, il semble possible de réorienter rapidement les procès de production de l’activité agricole et agroalimentaire, ainsi que les circuits de distribution. Des mesures peuvent être adoptées sans attendre, accompagnées d’un calendrier de mise en application, le plus court possible. D’autres mesures demanderont plus de temps pour être formulées . Il faut pour cela de l’intelligence, du courage, de la volonté politique. Les assemblées élues, du local au national jusqu’à l’international (Union européenne) doivent s’emparer d’urgence du problème. Mais rien ne sera possible débat, sans de fortes incitations ni mobilisation populaire.

Car, les obstacles sont nombreux, à commencer par la coalition des firmes de l’agrobusiness, de la distribution et de la finance qui soutient l’agrandissement, la concentration, l’usage excessif de matériels agricoles surdimensionnés, d’intrants chimiques, de pesticides, d’insecticides, d’OGM, etc. Les syndicats agricoles, dominés par les gros agrariens, font idéologiquement et stratégiquement cause commune avec les firmes capitalistes de l’amont et de l’aval de la production agricole et alimentaire. En pleine pandémie, avec la caution d’organismes internationaux comme la FAO et la Commission européenne. La PAC (politique agricole commune) est en effet le cadre où les groupes de pression de l’agrobusiness agissent en permanence, tout comme ils ont pu le faire et continuent à le faire dans les autres domaines.

De quelques mesures urgentes à adopter

Nombre d’associations et les syndicats progressistes on déjà, depuis longtemps, élaboré des propositions qui pourraient être reprises. En premier car c’est d’une urgence absolue, l’arrêt immédiat des accords de « libre-échange » négociés par l’Union européenne. La France peut ne pas ratifier le CETA (accord entre le Canada et l’UE) ou l’accord entre l’UE et le Mexique . Le gouvernement a la capacité de prendre des mesures pour bannir ou réduire l’usage de pesticides ou insecticides, interdire toute nouvelle installation d’usines d’élevages bovins, porcins, de volailles etc. La bataille contre l’usine des mille vaches près d’Amiens, si elle n’a pas été gagnée en totalité, l’a été sur le fond . La mobilisation, qui s’organise un peu partout contre ces usines, montre que le combat difficile peut être victorieux en s’appuyant maintenant sur ce qu’a révélé la pandémie du Covid-19.

L’application de la PAC par les gouvernements peut aussi être différente de ce qu’elle est, en dépit de ses insuffisances et obligations retorses. Les marges de manœuvre ne sont pas nulles, bien que limitées. Par exemple, commencer à réorienter les aides vers le deuxième « pilier » de la PAC (développement rural, environnement et climat, agriculture biologique, etc.), ou, pour les aides directes, en accordant la priorité à l’emploi et à l’environnement, plutôt qu’à la surface ce qui avantage l’agriculture industrielle et désavantage l’agriculture paysanne, respectueuse de la santé des consommateurs comme de celle des paysans et salariés agricoles. Des modifications, insuffisantes mais réelles, ont d’ailleurs été obtenues sous la mandature précédente, par exemple, une majoration de l’aide pour les 52 premiers hectares. Les aide à l’installation peuvent être révisées à la hausse en même temps que l’accroissement et la qualité de la formation de nouveaux paysans ou paysannes.

Les mesures d’interdictions des OGM (y compris dans les produits importés) peuvent être adoptées, de même en ce qui concerne l’usage des pesticides, sous la condition d’aider les paysans dans la période de transition en vue d’aboutir au niveau zéro.

La relocalisation des productions n’est forcément simple, mais des mesures immédiates peuvent initier un processus vertueux. D’abord en favorisant le retour de la production de fruits et légumes, là où elle a été délaissée au profit des grandes monocultures.

Contrer la contre-offensive

Les adversaires de toute réorientation un tant soit peu progressiste, ont compris qu’ils sont en difficulté dans l’opinion. Ils donnent de la voix, de façon maligne et subversive. Que veulent-ils ? Continuer les pratiques qui sont la cause, entre autres, de l’émergence de la pandémie du Covid-19. Il faut prendre au sérieux les déclarations qui masquent leurs responsabilités ou qui sont carrément mensongères, comme c’est le cas en ce qui concerne la souveraineté alimentaire ou la certification en « haute valeur environnementale ».

Sept organisations , considérant que « la crise du Covid-19 est un révélateur », énoncent en effet vouloir « rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française ». FNSEA, Crédit Agricole, Chambres d’agriculture, et les autres ne sont pas de simples pompiers pyromanes. Ils demeurent dans la logique productiviste et « libre-échangiste ». Dans la tribune publiée le 5 mai 2020 dans le quotidien « L’Opinion », n’affirment-ils pas que « pour être indépendant, il faut aussi savoir rester compétitifs ». Profitant de l’émotion qui s’est emparée de l’opinion publique aujourd’hui mieux éclairée, ils ne manquent pas d’air dans leur stratégie de contre-offensive productiviste. Ils vantent l’agriculture française qui « fournit chaque jour au monde entier des denrées diversifiées » en contrepartie d’importations de produits « que notre pays ne peut produire ». Ceux-là mêmes qui jouent les pères la vertu, ont été et sont toujours acteurs de la dégradation des sols et de la biodiversité, de la déforestation, de la pollution des eaux, de la croissance des émissions des gaz à effet de serre, de la disparition de centaines de milliers de paysans et de leur savoir-faire, de la destruction des cultures vivrières des pays du Sud (grâce à la politique extensive et agressive des exportations).

La certification « haute valeur environnementale », en cours d’élaboration, est-elle une démarche pour favoriser l’agroécologie ou un procédé de verdissage de façade pour donner une image (trompeuse), tant pour des produits agricoles que pour des produits transformés ? Telle qu’elle est actuellement envisagée, et si elle était appliquée scrupuleusement, elle pourrait engager des paysans ou des transformateurs sur des voies moins problématiques que celle suivies jusqu’alors. Mais, il n’est pas certain que cela modifie sensiblement les pratiques. D’une façon générale, la certification HVE proposée par les pouvoirs publics, sans prendre vraiment en compte les questions fondamentales, donne à croire que ce label serait quasiment identique (et peut-être mieux) que celui de l’agriculture biologique ! En l’état, le cahier des charges n’est pas très exigeant en matière d’utilisation des engrais chimiques ou des produits phytosanitaires. Les déclarations des impétrants se feraient sur des bases comptables ! Les indicateurs de réussite environnementale sont de faible niveau ou autorisent des moyennes, permettant d’avoir pour une même ferme des productions « soignées » et d’autres qui ne le seraient pas, afin d’obtenir la certification. Faut-il ajouter que les produits contenant des substances cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques ne sont pas interdits. En fait, cette certification en cours d’élaboration, voudrait répondre aux critiques faites à l’agriculture intensive. Critiques qui ne sont que dénigrements selon la FNSEA, ce qu’elle appelle « agribashing » . À la demande de ladite FNSEA, a été mis en place, par le Ministère de l’Intérieur une cellule de la gendarmerie chargée de surveiller les opposants à l’agriculture productiviste .

L’Union européenne vaste zone de libre échange

Depuis l’entrée de la Grande Bretagne dans le Marché commun en 1973, l’Union européenne est progressivement devenue une vaste zone de libre-échange. Le droit de la concurrence l’emporte sur les considérations sociales, sanitaires, environnementales. Le paradoxe apparent, c’est que le Brexit (sortie de la Grande Bretagne de l’UE) se produit alors le « libre-échange » et la liberté d’installation (des entreprises) s’imposent de droit et de fait au sein de l’Union européenne, contre les services publics, mais pas seulement, comme on peut le constater à propos de l’agriculture.

L’actuel commissaire européen à l’agriculture , Janusz Wojciechowski, déclare ne vouloir rien changer aux règles du commerce international qu’il estime devoir étendre, sauf, présentement, pour ce qui concerne la santé, pour tenir compte d’une mise en accusation de l’opinion maintenant mieux informée.

Empêcher toute nouvelle extension de mesures néfastes au sein de l’UE n’est pas impossible malgré la majorité « libérale » au Parlement européen. Cependant, d’une part, comme déjà souligné, les lobbies y sont plus que jamais actifs. Le Conseil des ministres et la Commission présidée par Ursula Von der Leyen ne sont pas des gages de changement, sauf à la marge, en faisant le minium de concessions. La politique agricole commune était censée répondre à l’objectif d’autonomie alimentaire du Marché Commun en favorisant la modernisation de l’agriculture et en instituant des règles tarifaires et autres entre l’Europe des Six et le reste du monde. Maintes fois modifiée, elle s’inscrit maintenant dans la stratégie de croissance des échanges à l’échelle mondiale . L’objectif est toujours de produire pour dégager du chiffre d’affaires et du profit.

Une nouvelle PAC devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2021 . Les orientations à définir divisent les États membres et suscitent de vives inquiétudes au sein d’une partie du monde associatif et syndical (Confédération paysanne, Fédération nationale de l’agriculture biologique, pour la France). La plateforme Pour une autre PAC , a été créée il y une dizaine d’années pour peser sur les discussions. Dans les faits, elle est écoutée mais peu entendue, sinon pas du tout. Toutefois, il semblerait que des possibilités nouvelles se présentent sous la pression des mouvements paysans, écologiques, pour le climat, dont les propositions sont aujourd’hui justifiées par ce que l’on sait de la pandémie du Covid-19. La plateforme pour une autre PAC a émis le souhait que ce soit une politique agricole ET alimentaire commune (PAAC), ce qui suppose changement radical du modèle agricole dominant, de la production à la distribution, en passant par la transformation. Le cadre européen actuel (principes et organisation de la PAC) ne le permet pas. La PAC n’est pas réformable. Elle doit être changée, pour répondre aux défis écologiques, sociaux et sanitaires. Ce dont ne veulent ni l’agriculture industrielle dominante, ni les lobbies de l’agrobusiness. Les gouvernements des États membres ou partenaires (USA, Canada, Japon, pays « émergents » et pas mal d’autres) ne sont pas d’un grand enthousiasme. Seule la mobilisation peut les faire céder ou les renverser.

Déshypothéquer le futur

Faire de l’agriculture et de l’alimentation une priorité, n’est pas un pas en arrière. Une pandémie s’est imposée. Une autre, ou d’autres, pourraient soumettre à nouveau l’humanité à rude épreuve si l’on en croit, non les prédictions, mais les risques dont nombre de scientifiques, de sociologues, de philosophes, etc., signalent la possibilité de nouvelles pandémies, mais aussi de catastrophes conséquences de la dégradation des écosystèmes ou du réchauffement climatique, mais encore -au nom de la sécurité ou du précautionnisme poussé jusqu’à l’absurde- l’installation de systèmes de surveillance généralisés, supports de nouvelles formes d’autoritarisme, sans que pour autant disparaissent les précarités ou soient atténuées, à défaut d’être éradiquées, les inégalités. Il y a urgence et nécessité. De l’agriculture et de l’alimentation, prises ensemble, comme question immédiate à prendre à bras le corps, il ne s’agit pas seulement de nourrir toute l’humanité sainement, en préservant, mieux en redonnant sens et réalité, aux équilibres écologiques. Car il en va aussi de la liberté, de la solidarité intergénérationnelle, de la solidarité internationale. Cela veut dire ne pas tarder, affronter le futur immédiat et le temps long, en prenant le temps. Ce qui peut paraître paradoxal. Le temps du confinement, temps de l’isolement relatif, de la coupure sociale, montre aussi que le temps de vivre peut être retrouvé, qu’il n’y a pas d’obligation de courir, de se soumettre aux ordres du capital. Que le temps pour soi, le temps pour l’amour et la démocratie, le temps pour vivre et faire ensemble, le temps du partage avec un renouveau du manger et boire, pour satisfaire les corps (ce qui n’est pas négligeable) et pour retrouver du plaisir dans les moments de repas, d’amitié ou de camaraderie autour d’un verre. Santé !


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