La destruction de l’hôpital, d’après une histoire vraie, la mienne

samedi 11 juillet 2020
par  Jean-Louis Aguilar
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Le 19 septembre 1983, j’entre à l’Ecole d’infirmiers-ières du Centre Hospitalier Général de Béziers. Ce n’est que plus tard que l’Ecole est devenue un IFSI ! Tout ça pour vous dire que c’était dans l’ancien monde, dans un autre temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître...* A l’époque, j’avais la vocation, servir dans la fonction publique hospitalière et soigner les malades. Déjà dans ce vieil Hôpital Perréal, le discours du directeur était "l’hôpital-entreprise" comme un mantra magico-religieux. La gestion mise en avant comme remède à tous nos maux. La perversion de la doctrine néo-libérale à la place de l’humanisation des hôpitaux.

Puis le 10 juin 1986, j’obtiens le DEI et je suis embauché le 16 juin 1986 comme infirmier (IDE). Lors de mon entrevue au Service du Personnel, l’adjoint des cadres me dit qu’il y a pénurie d’infirmiers à l’hôpital ! On peine à embaucher des soignants en 1986. 1986-2020, 34 ans après qu’avons nous fait pour prévenir la crise ? Embauché en psychiatrie au service Grasset-Charcot, un destin prémonitoire m’attendait, puisque je vais y passer 30 ans de ma vie (en services de psychiatrie). Et là en psychiatrie, j’assiste à la destruction de notre hôpital et de notre système de santé. D’abord les restructurations de service qui s’accompagnent de fermetures de lits et d’une compression du personnel. Là aussi le leitmotiv des cadres-managers de l’hôpital-entreprise, c’est iso-moyens, ça veut dire gérer la pénurie avec le même personnel pour faire tourner le service. Les audits pleuvent, on nous demande de chronométrer les soins infirmiers pour toujours plus de rentabilité. Le travail relationnel est balayé, l’infirmier-thérapeute est supprimé au profit du technicien-exécutant.

Sentant confusément que quelque chose m’échappe, que l’on nous manipule, je devient syndicaliste et délégué du personnel. Je siège au CTE (Comité Technique d’Etablissement) qui n’a qu’un rôle consultatif. Je rencontre les gestionnaires de l’hôpital public. J’ai accès à des compte-rendus du la CME, du CTE, de la CDU, CLAN, CLIN, CLUD...des onomatopées barbares qui diluent l’humain à de simples numéros de matricules. Confrontés aux gestionnaires plénipotentiaires les médecins perdent leur pouvoir. C’est un déferlement de lois pour la nouvelle gouvernance des hôpitaux, HPST, T2A (tarification à l’acte), mise en Pôles et mise au pas du médical, le tout gestionnaire technocratique règne sans partage sur le système de santé français. C’est l’agonie de l’hôpital, les grèves se multiplient sans succès, les syndicats sont inefficaces face à la machine néo-libérale. Le personnel soignant essaye de quitter le navire-hôpital qui prend l’eau de toutes parts. Les médecins démissionnent mais rien n’alerte les politiques qui inexorablement votent la destruction de notre système de santé...etc...etc...

Tous, nous avons contribué à la mise à mort de l’hôpital, les cadres, les cadres sup, les médecins et les soignants. Avons-nous essayé de nous opposer à la logique comptable des directions hospitalières ?

Aujourd’hui, le coranavirus est le révélateur de l’incurie des hommes et des femmes politiques à gérer le pays, la santé, l’hôpital... Le temps de penser notre vie autrement est venu, mais auront nous la sagesse d’y croire et d’agir... Je termine en citant Stéphane Hessel : "Indignez-vous !"


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