Municipales, des résultats difficiles à extrapoler et finalement inquiétants pour la gauche.

Illustration glanée sur le net par José Robalo
dimanche 19 juillet 2020
par  Jean-Luc Gonneau
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Au soir des élections municipales, nous étions plutôt contents, quoique. Constater la raclée prise par le parti macroniste justifiait ô combien l’ouverture de quelques bouteilles de vinho verde à l’initiative de notre rédac’ chef Silveirinho. Pur moment de plaisir. Le fait de voir les deuxièmes et troisièmes grandes métropoles du pays et d’autres grandes villes échapper à la droite (ou aux traîtres socialo-macronistes dans le cas de Lyon ou plus modestement de Lorient) pour passer à diverses nuances de vert plus ou moins teintées de rouge ou de rose était loin d’être déplaisant. Et disons sans barguigner que nous avons préféré qu’Anne Hidalgo conserve Paris et, de justesse, Martine Aubry Lille. Bon, mais après ?

L’appareil d’état demeure aux mains de la clique macroniste. La droite « classique » demeure solidement implantée dans les territoires. Le Rassemblement national a pris globalement une piquette, en partie masquée par sa victoire à Perpignan, mais les sondages, qui ne sont certes que des sondages, semblent montrer que tant Emmanuel Macron que Marine Le Pen conservent à peu près leur socle électoral du premier tour des présidentielles, autour de 20 à 25% des sondés, ce qui suffit, en 2017, à l’actuel président de gagner l’élection, et lui suffirait, en 2022, pour probablement gagner contre la même adversaire. Avant l’élection présidentielle, devraient avoir lieu les élections régionales, conditionnel car Macron, qui n’en est plus à une entourloupe près, tente de faire repousser après la présidentielle, tant ce scrutin régional sent le roussi pour des marcheurs qui ne comptent plus leurs ampoules aux pieds. Relativisons : les élections régionales ne sont pas les plus prisées et un fort taux d’abstention, hélas possible, pourrait sinon masquer du moins atténuer un nouvel échec.

Mais il convient de ne pas réduire notre avenir proche aux cuisines électorales. Ce que nul ne peut prédire, même la Gauche Cactus, ce sont les conséquences sociales et par conséquent politiques, de l’aggravation de la crise économique, déjà menaçante avant la pandémie du coronavirus, et béante après celui-ci. Il est bien connu (ou devrait l’être) que ne sont jamais les organisations politiques, les « orgas » qui ont permis les grands changements sociaux et politiques, mais bien les mouvements populaires. Le rôle des « orgas » est de les comprendre, de les accompagner, de contribuer sans arrogance à leur donner du sens et des débouchés politiques en les y incluant. Sans les trahir, l’histoire étant riche de ce genre d’épisode. Le mouvement des gilets jaunes, les manifestations contre la réforme des retraites, le démantèlement de la santé publique, sévèrement réprimé.es, répression entraînant de nouvelles manifestations contre les violences policières, où la jeunesse, et pas seulement celles des « quartiers » populaires, est particulièrement présente, une jeunesse de plus particulièrement inquiète (mais pas seulement elle) devant la dramatique augmentation du chômage à venir, et à qui le gouvernement ne propose que des palliatifs fondés sur la précarité. Nous ignorons si ces mouvements pourront converger, s’ils peuvent déboucher sur des propositions concrètes susceptibles d’être portées dans un scrutin national tel que l’élection présidentielle, hélas alpha et omega d’un système politique qu’il convient de bouleverser.

Les orgas de gauche ne sont aujourd’hui pas en état de le faire. Si l’incontestable percée des écologistes d’EELV aux élections municipales est méritoire, il est visible que ce mouvement est toujours traversé par des tendances diverses, entre ceux qui ne remettent guère en cause les mécanismes globaux du marché mondialisé, et ceux qui compris que ce sont ces mécanismes qui sont à l’origine de l’explosion des inégalités et des dérèglements environnementaux. Tendances qui traversent aussi ce qui reste du Parti Socialiste, même si, au niveau des élections municipales, il parvient à sauver quelques meubles grâce à quelques unes de ses figures et au prix d’alliances avec EELV dans bien des cas. La France insoumise se remet-elle des remous autour des colères (pourtant souvent justifiées sur le fond mais pas toujours adroites sur la forme) de son leader et des questions sur son mode de fonctionnement ? Elle a adopté pour les élections municipales un mode de grande discrétion (d’une certaine façon, au même titre que LREM, la FI, d’implantation récente, n’a pas pu, ou su, se créer le maillage relationnel auprès de la population, et ne pouvait proposer qu’un projet politique certes abouti, mais conçu pour un niveau national et datant pour l’essentiel de 2017. Et trois ans, c’est hélas long). Le Parti Communiste a continué aux municipales, gagnant ou regagnant quelques fiefs.

Anecdote tragicomique vécue pour finir : citoyen albertivillarien depuis trois ans j’ai donc voté pour la première fois à Aubervilliers au premier tour des municipales pour la liste de la maire sortante PCF. A ce premier tour, six listes se réclamant de la gauche se présentaient, une seule de droite (LR, LREM, Modem). Celle-ci arrive en tête au premier tour, et les six listes de gauche totalisent… près de 75% des voix. Palabres avant le second tour : deux listes de gauche se présentent après quelques fusions. Sur chacune des deux listes figurent des candidats communistes, socialistes, écologistes, et même radicaux de gauche. Au final, la liste de droite passe. A Aubervilliers, en tout cas, la nécessaire union de la gauche pour se débarrasser de la « start up nation » a du chemin à faire !


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Commentaires

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dimanche 26 juillet 2020 à 17h43 - par  Budin

Mésaventure : recevant "la gauche cactus" depuis des mois sur mon email, j’ai voulu rencontrer Jean-Luc Gonneau. Soit je n’ai pas les yeux en face des trous, soit Jean-Luc soigne sa clandestinité... je n’ai vu nulle part une adresse. Passant à Paris la semaine dernière, je suis allé près de la bibliothèque Mitterrand au café où l’on peut écouter du FADO... hélas, là-bas, personne ne connait "La Gauche Cactus", ni Jean-Luc Gonneau.
Je souhaitais parler politique avec lui, à partir d’un essai que j’ai écrit et qui sera en librairie fin août : "...Ni Tribun", dont il y a une présentation ici : https://www.lautrelivre.fr/jean-pie....
Est-ce tout à fait impossible ?
JPB

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