Et maintenant, on avance avec les citoyens, ou on revient au monde d’avant ?

mercredi 16 septembre 2020
par  Patrice Perron
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En ce début septembre 2020, nous sommes sortis du confinement total. Mais après un été durant lequel il semblerait que les jeunes se soient un peu lâchés, le pouvoir central a décidé de remettre en place des mesures ponctuelles et locales de protection en s’appuyant sur les préfets et les élus locaux. Tiens donc ! les maires seraient-ils devenus utiles ou vont-ils porter le chapeau du confinement new look ? Pour autant, même si le travail reprend peu à peu, nous ne sommes pas sortis de la confusion. Car il semble évident que le regard posé sur le déroulement des faits liés à la pandémie du covid-19, amène tout citoyen survivant et lucide à évoquer trois aspects (au moins) des choses : premièrement la gestion de la crise sanitaire, notamment le bide des masques (que soudain le gouvernement défend, soutient et cherche à imposer après l’avoir dénigré), deuxièmement cette éternelle vision centralisée des problèmes et des réponses quand il y en a, puis, troisièmement, la remise en ordre de la politique de santé, d’une façon plus systémique.

Si le drame des 31 000 morts ne prête pas à rire, il faut tout de même être capable de sourire, certes jaune, mais de sourire quand même, en dégustant la façon dont le pouvoir nous a parlé des masques. C’était du grand guignol. Au lieu de nous expliquer en toute simplicité, (quitte à judicieusement charger les prédécesseurs), que l’Etat central et centralisé n’avait pas de stocks suffisants de masques, le président en personne, puis toute la smala, (y compris le directeur de la santé), nous ont dit et redit à la télévision, avec le soutien du fameux comité scientifique, que le masque n’était pas utile, voire néfaste s’il n’était pas bien mis (J. Salomon). Et maintenant, les mêmes individus nous disent avec fermeté et menaces, que le port du masque est obligatoire dans les transports en commun et les lieux clos, fortement conseillé dans les lieux publics et dans certains quartiers, sous peine d’amende de 135 € ? Ces gens-là, nous prendraient-ils pour des lapins de trois semaines ? Cette stratégie relève de l’irresponsabilité politique et du mensonge d’état.

Et maintenant, pour la rentrée scolaire et socioprofessionnelle du 1er septembre 2020, ces mêmes personnes reconstruisent et officialisent des protocoles alambiqués pour les enfants en primaire et pour les cantines, ainsi que pour les employés travaillant en open space comme on dit quand on est branché ! Mais, tout dépend de la taille de l’entreprise, de la couleur de la zone où elle est implantée, du nombre de salariés etc…. De toute façon, l’initiative décisionnelle est quand même laissée à l’employeur !

L’amateurisme du pouvoir est tel, qu’en étant francs d’emblée, en disant à quand remontaient les choix de ne plus stocker de masques de façon centralisée, ces responsables ( !) s’en seraient sortis avec les honneurs, chacun de nous se serait débrouillé plus précocement à bricoler des masques artisanaux en tissu et les conséquences auraient été moindres. Tout faux les gars ! Et en prime, ils ont perdu la confiance des gens. Toutefois, il est juste de dire que maintenant qu’ils ont retourné leurs vestes à propos du masque, leurs décisions et leurs actes sont plus cohérents. Sauf, maintenant pour les cantines scolaires, car tout le monde a compris que pour retourner au travail, les parents doivent être déchargés de la gestion des repas de leurs chères têtes blondes, brunes ou rousses. Ce n’est pas en recommençant à pondre des protocoles ingérables pour les cantines que le ministre de l’éducation nationale va rassurer les dits parents. Et si le temps de repas dure une éternité, quid des heures de classe ? Maintenant qu’il est clair que le corona n’est pas un virus banalement saisonnier comme celui de la grippe, j’ose espérer que les élèves ne vont pas perdre un semestre supplémentaire d’apprentissages. Le pays ne peut pas se permettre de faire perdre une année scolaire à l’ensemble d’une génération. Imaginez un instant qu’il faille faire redoubler tout le monde au bout du compte : où mettrions-nous les enfants qui entrent à leur âge normal en maternelle. Le ministère annulerait-il la première année de scolarité d’une tranche d’âge pour avoir assez de salles de cours et compenser ? Il est temps de retourner à l’école, d’autant plus qu’il semble bien que les enfants ne soient que faiblement contaminants et rarement atteints.

Mais pour le pouvoir, chaque jour qui passe, fait oublier à l’électeur ses revirements de ce qu’ils appellent pompeusement La Doctrine, sur les masques, les respirateurs, les tenues, les lits et autres matériels manquants, Cela lui permet surtout de faire oublier ses errements pour remonter dans les sondages, dans la perspective déjà évidente de la prochaine campagne présidentielle. D’ailleurs, les analystes politiques seront prompts à rassurer Jupiter et ses satellites, en disant que, habituellement, les français ont la mémoire courte, et que les sondages ne sont valables que pour ceux qui y croient. Bien sûr. Et il n’y a pas que les masques dans cette histoire : il faudrait parler des gants, de la solution hydro alcoolique, des sur tenues hospitalières, des respirateurs, des brancards et surtout des places dans les services hospitaliers, en nombre insuffisant.

Pour se rendre compte de la gravité des discours sans cesse contradictoires et confus, de nos soit disantes élites, (presque uniquement des parisiens), il est intéressant de regarder des montages vidéos pertinents et démonstratifs réalisés par des internautes, montrant des intervenants progouvernementaux, sûrs d’eux, affirmant une chose et son contraire à deux jours de distance, sans sourciller. Sans doute sont-ils frappés d’amnésies sélectives récurrentes sévères. Même le président de la République, dans son entretien sur BFM-TV, a sombré dans le déni en affirmant qu’il n’y avait pas eu de manque de masques, juste des tensions. Là, le propos est inquiétant pour l’avenir du pays et pour la fonction qu’il est censé exercer. L’histoire des masques aura été l’archétype, ou le point d’orgue, de la gestion calamiteuse de la crise sanitaire par ce gouvernement.

Et maintenant ? On s’est fait un petit Grenelle de la santé, heu, pardon, un petit Ségur. Un café convivial au ministère, en respectant la distanciation …. sociale ? Non, distanciation physique, a justement corrigé le premier ministre débarqué, Edouard Philippe. Et il sait de quoi il parle Edouard Philippe, car la distanciation sociale est la marque de fabrique du président des riches et des premiers de cordée. Comme elle est belle la théorie du ruissellement : je donne le paquet de la suppression de l’ISF et de la Flat Taxe aux riches et je pique les miettes des allocations logement aux pauvres. À chacun sa part du gâteau de la richesse nationale. Et tout d’un coup, il aurait fait sa mue ? Comme une chrysalide devenant papillon ?

Encourager les applaudissements à 20 heurs chaque soir, c’est cool, mais glisser un peu de monnaie dans les poches, et de façon définitive sur la fiche de paie, (une prime est une moquerie), par une renégociation des plans de carrière des agents des services publics de santé, c’est mieux, mais plus engageant. Cela fait maintenant au moins 18 mois, que les personnels des urgences sont en grève, 9 mois que les médecins chefs de service ont symboliquement démissionnés de leurs fonctions administratives, sans que le pouvoir n’écoute, n’entende ou ne réagisse. Il a donné des miettes pensant acheter les mécontents. Il aura fallu 30 000 morts au moins et une surchauffe de nos structures de soins, pour qu’enfin, ces gens, déconnectés de la réalité, commencent à se dire qu’il doit se passer quelque chose dans le pays. Pourtant, il y a déjà eu les gilets jaunes.

C’est pourquoi, je me méfiais un peu de ce Ségur de la Santé, que le nouveau premier ministre Jean Castex avait manifestement hâte de conclure. On a déjà eu le Grand Débat qui n’a débouché sur rien de concret, il n’aurait pas fallu de nouveau accoucher d’une souris. Jean Castex a compris qu’il fallait désamorcer le puissant mécontentement du personnel hospitalier qui a trempé la chemise depuis le début de la pandémie dans des conditions lamentables. Nous avons tous pu le constater. Le premier ministre a lâché du lest en termes de salaires et d’indices, mais ce n’est pas suffisant. L’univers de la santé est … malade. Il y a des sujets sérieux. Outre les salaires et l’attractivité des métiers de la santé, il faut parler des effectifs de soignants, du nombre de lits d’urgence mais aussi du nombre de lits dans les services de maladies chroniques (cancérologie, pneumologie par exemple).

Un autre aspect destructeur du système hospitalier est la Tarification À l’Activité (T2A dans le jargon administratif de la Santé). Ce système de financement conduit les hôpitaux et autres établissements de santé à être gérés comme des entreprises privées à but lucratif, pousse les établissements à prioriser les actes rentables au détriment de pathologies plus lourdes en soins, ou plus chroniques à faible valeur ajoutée pour parler comme eux. Il est plus rentable de s’occuper de chirurgie de traumatologie ou de rhumatologie programmées que de s’occuper des Accidents Vasculaires Cérébraux (AVC) ou des Traumatisés Crâniens (TC). Ce système pernicieux a réussi à classer dans la même catégorie d’établissements, dits de SSR, (Services de Suite et de Réadaptation,) des gros centres de rééducation prenant en charge des pathologies lourdes (comme les grands brûlés, les tétraplégies, les séquelles d’AVC et de TC) et des maisons de convalescence. Ce qui aboutit à pénaliser ces gros établissements ayant pourtant des besoins plus lourds. La réalité du terrain n’est pas prise en compte. De plus, cette T2A a mis en œuvre des pratiques perverses de codage des actes de soins dans le remplissage fastidieux du PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information), qui, en plus, prend beaucoup trop de temps au détriment des soins pour une utilité douteuse. Il faudrait minimiser et rendre plus simple, cette tâche administrative et informatique contraignante. En plus cette pratique a englouti des sommes considérables en achats renouvelés de logiciels peu aboutis, pour un retour sur investissement qui n’est toujours pas démontré. Le président de la République a fait une allusion à la T2A dans une intervention. Mais là, il y aura à convaincre les actuelles ARS (Agences Régionales de Santé) et à les convertir à des pratiques plus consensuelles et plus raisonnables.

Ce qui amène par voie d’enchaînement à reparler des ARS, ces usines à gaz technocratiques régnant en maîtres sur le monde de la santé. On se demande même parfois, si le ministre, quel qu’il soit, arrive à leur imposer quoi que ce soit. Il n’y a aucun contre pouvoir, ni même la moindre possibilité de contrôle de la part du Conseil Régional démocratiquement élu, sur ces antennes de l’Etat central. Elles n’ont qu’une conception technocratique de leur rôle, leurs organigrammes sont monstrueux et elles n’exercent qu’une pratique de comptable, certes gestionnaire de l’impôt, mais agissant de façon assez aveugle. Il serait utile de les remplacer par une structure présidée par un adjoint du Conseil Régional, dont ce serait une des responsabilités. Cette nouvelle agence fonctionnerait avec les départements de la dite région, comprenant des élus des Conseils Départementaux et les DDASS. Les choix budgétaires tiendraient mieux compte des besoins locaux et régionaux, le tout dans le cadre de la politique de santé du gouvernement. Les maisons de retraite, les Ehpad et les établissements médicaux sociaux s’inscriraient parfaitement dans ce schéma.

D’ailleurs, le récent rapport des Sapeurs-pompiers met bien le doigt là où ça fait mal. Entre autres points, il met en évidence la lourdeur des ARS que tous les personnels de santé, directions comprises, subissent. Ces organismes technocratiques ne sont pas compétents pour organiser de la logistique, ce n’est pas dans leurs attributions de technocrates exerçant leur tutelle de façon uniquement comptable d’organiser des transferts d’un hôpital à un autre.

En dernier lieu, il faudra revoir l’organisation des soins de médecine générale. D’abord, l’absence de médecins dans les campagnes ne peut pas être ignorée. C’est l’Etat, (et surtout les hôpitaux), qui forme les médecins. Il ne serait pas injuste de demander aux médecins fraîchement diplômés, de contribuer en retour, à aller travailler dans les secteurs sans médecins pendant deux ou trois ans.

De même, les gardes médicales de week-end, ne sont pas couvertes par tous les médecins, loin s’en faut. Or les gardes font partie intégrante du travail du médecin. Ce refus, non sanctionné, nécessite d’organiser des maisons médicales de garde, entraînant des dépenses indues et des déplacements importants pour des malades qui atterrissent où ? Aux urgences.

Zones rurales sous dotées en médecins et absences de gardes médicales au plus près des patients le week-end, contribuent à augmenter les arrivées aux urgences. Il faut donc remédier aussi à ces deux problèmes peu évoqués en haut lieu. D’autant plus que chacun sait qu’il y a beaucoup plus de médecins pour mille habitants dans les villes et les communes littorales ou touristiques, que dans les petites communes situées, ne serait-ce qu’à 10 kilomètres dans les terres. En Bretagne, nous pouvons en faire la preuve tous les jours. Dont acte.

Espérons qu’après ce Ségur de la Santé, la réflexion et les décisions déboucheront sur du concret et des propositions à long terme, afin de redonner du sens à la politique nationale de santé, et à en rendre les métiers de nouveau attractifs. À lui redorer son blason.

Il s’agit ni plus ni moins, de sortir du monde d’avant qui s’est mis, dès l’élection de Jupiter, à ignorer le monde rural, les élus locaux, les corps intermédiaires, les départements pauvres, les personnes âgées, au nom de la rentabilité, et même de boycotter le congrès national des maires, en guise de suprême mépris des élus locaux. Espérons que les décideurs, cette fois, entendront ce que disent depuis un bon moment les personnels concernés. Espérons que le pouvoir comprendra que, là aussi, il est nécessaire de s’appuyer sur les élus des régions et des départements aux côtés de l’administration. Il s’agit aussi d’exprimer de la reconnaissance aux personnes, non pas par des primes arbitraires, mais par des revalorisation de salaires et de carrières et en définissant et en attribuant des moyens pour remettre en place des capacités de soins dignes d’un pays comme le nôtre. Nous avons sans doute d’excellents professionnels de santé, mais nous n’avons plus un très bon outil hospitalier. Les promoteurs du nouveau monde devront, à mon sens, en passer par là pour devenir enfin crédibles. Mais les riches et les puissants, vont réapparaître et vouloir reprendre les affaires en main pour maintenir le statu quo qui les arrange plutôt bien.

Alors, que va faire le gouvernement : changer de trottoir en agissant avec les citoyens et leurs représentants, ou retourner dans son monde d’avant, mondialisé jusqu’à en perdre son autonomie en matière de produits de soins et déconnecté des réalités de la société, d’avant le covid-19 ? Habituellement, nous disons : parole à la défense. Aujourd’hui, le citoyen pas encore vacciné contre le corona virus, mais vacciné contre les politiciens, a envie de dire : attendons les actes.


Commentaires

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mercredi 14 octobre 2020 à 14h54 - par  Camilla Renaud

J’ai eu cette même réaction, notamment sur l’utilité soudaine des autorités locales. La gestion de cette crise a toujours été pour moi un flou total. Tantôt, on est sortie d’affaire, tantôt on ne l’est pas encore. On dirait qu’il n’est plus question de la Covid-19, mais une tout autre histoire.

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